L'interview d'Elie Cohen (CNRS) : « la nationalisation de Florange serait une absurdité »

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Nationaliser le site de Florange désorganiserait le processus de production d’Arcelor Mittal en France et coûterait trop cher à l’Etat. La seule justification est d’ordre politique et symbolique estime Elie Cohen, économiste au CNRS.

Quelle est votre réaction suite au bras de fer opposant Arnaud Montebourg à Mittal. La menace d’une nationalisation du site de Florange est-elle crédible selon vous ?

Elie Cohen : Non. Cette décision serait très dommageable. C’est pour cela que je pense que cette solution ne sera pas retenue. Légalement, nationaliser une entreprise est toujours possible. Juridiquement, les critères restent suffisamment larges pour motiver une telle décision. Le gouvernement peut théoriquement décider de nationaliser tous les sites d’Arcelor Mittal en France ou seulement le site de Florange, c’est-à-dire les hauts-fourneaux et l’activité aval de transformation (filière froide), qui dispose d’une entité juridique autonome. Ce serait une première depuis 1981 ! Certes, l’Etat a aidé depuis lors le secteur automobile ou Alstom en 2004 mais il s’agissait de secourir des entreprises en difficulté. Nous ne sommes pas du tout dans la même configuration...

Plus concrètement, quelles seraient les conséquences d’une nationalisation du site de Florange ?

E.C : Arcelor Mittal est un groupe intégré en France. Si l’on décidait de nationaliser Florange, on désorganiserait le processus de production du groupe dans l’Hexagone. Le site de Dunkerque travaille par exemple pour la filière froide de Florange. De même, cette opération s’apparenterait à une aide publique qui devrait être justifiée auprès de la Commission européenne. Or, comment justifier la création de capacités supplémentaires de production alors même que l’industriel en place avait engagé une restructuration ? Bruxelles ne l’accepterait jamais.

Arnaud Montebourg a toutefois évoqué une possibilité de « nationalisation temporaire ». N’est-ce pas une solution acceptable pour éviter une fermeture définitive ?

E.C : Mais comment cette nouvelle entreprise nationalisée, qui devrait verser des redevances à Arcelor Mittal pour l’utilisation de certaines technologies, pourrait être rentable ? Comment justifier que l’Etat, prié de faire des économies par ailleurs, accepterait de dépenser de l’argent, même temporairement, pour soutenir la filière sidérurgique ? En quoi cette activité est-elle stratégique du point de vue de l’intérêt industriel national ? Même Arnaud Montebourg a reconnu que l’Etat n’était pas le mieux qualifié pour gérer des entreprises du secteur concurrentiel. D’un point de vue juridique, économique, financier, et technologique, cette hypothèse de nationalisation est une absurdité...

Dans ce cas, pourquoi a t-elle été mise en avant selon vous ?

E.C : Pour des raisons politiques mais aussi symboliques. Depuis trente ans, les gouvernements successifs ont fait des promesses aux personnels de la sidérurgie et de l’industrie en général. Par leur échec, ils ont illustré cruellement l’impuissance du politique. L’idée est de restaurer le volontarisme politique, de montrer que l’Etat peut encore intervenir... Mais le coût serait trop élevé à payer. Dans le contexte actuel où le gouvernement est perçu à l’étranger comme hostile aux patrons, aux entreprises, à la mondialisation, une telle initiative serait désastreuse pour l’image de la France alors même que nous engageons un pacte de compétitivité pour restaurer notre crédibilité économique.

Justement, ce gouvernement n’est pas resté inactif suite à la remise du rapport Gallois. D’un strict point de vue industriel, les mesures annoncées vont-elles dans le bon sens ?

E.C : Les propositions du rapport Gallois synthétisent bien tous les rapports précédents sur les problèmes de compétitivité de la France. Mais qu’un gouvernement de gauche ait adopté ce programme et fait le constat qu’il existait un problème de compétitivité-coût est déjà un immense progrès en soi. Louis Gallois a été l’opérateur symbolique de la conversation de la gauche française à certaines réalités. Lors de sa conférence de presse, François Hollande a admis que la croissance continue des dépenses publiques ne pouvait plus durer. Avec la réduction annuelle de 12 milliards d’euros des dépenses au cours des cinq prochaines années, la dynamique est enclenchée. Elle va dans le bon sens même si l'on ne sait pas encore précisément où les dépenses seront réduites en priorité.

Propos recueillis par Julien Gautier

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  • M8637171 le dimanche 9 déc 2012 à 11:31

    Alors les intelleigences du PS décident d'augmenter encore plus les impôts des entreprises et des travailleurs ... ce qui accèlèrent les délocalisation et la destructions d'emmplois ...renchérissant enciore plus les aides sociales. On est dans une spirale du déclin et nos hommes politiques aveugles ne prennent aucune bonne mesure. Sauf dernièrement avec le crédit d'impôts qui est notoirement insuffisant par le montant mais aussi parce qu'il ne touche qu'une partie des entreprises!

  • M8637171 le dimanche 9 déc 2012 à 11:27

    Alors nos entreprises ne créent plus d'emplois et se délocalisent. Les entrepreneurs et les travailleurs créateurs de richesses se démoralisent et créent moins ou fuient à l'étranger. cela entraîne moins d'entreprises moisn d'entrepreneurs et de travaileurs donc moins de taxes à recouvrir. mais aussi plus de chômeurs et de RSA, de CMU, d'emplois aidés non productifs donc coûteux.

  • M8637171 le dimanche 9 déc 2012 à 11:23

    On augmente les minimas sociaux, les aides sociales en tout genre et on embauche sans réflêchir des fonctionnaires et assimilés. On a donc besoin d'argent. Donc on augmente les impots des entreprises, des créateurs de richesses et des travailleurs au delà de tout ce qu'on peut constater dans le monde entier. Nos entreprises sont donc pénaliser face à la concurrence.

  • M8637171 le dimanche 9 déc 2012 à 11:14

    Le libéralisme en france n'existe pas. Les syndicats et les partis de gauche refuse plus ou moins le capitalisme ou libéralisme aussi ils ne se donnent pas les moyens intellectuels pour comprendre et améliorer le capitalisme français afin qu'ils soit plus créateurs de richesse et d'emplois. c'est tout le contraire.

  • hubertfa le jeudi 29 nov 2012 à 14:52

    Elie Cohen ultra libéral ???? Durant la campagne présidentiel, c'est un des rares économistes à avoir défendu le programme économique de F. Hollande !!!

  • yabazoul le jeudi 29 nov 2012 à 12:43

    le fond du probléme est peut etre ailleurs , à savoir que le patron de MITTAL est au conseil d'ADMINISTRATIONDE GOLDMANSACHS ! la banque truqueuse des comptes grecs et de la crise actuelle de plus actuellement l'europe se sépare du monde anglo-saxon ,CA NE VOUS AURA PAS ECHAPPé ! et ils nous attaquent - car l'europe en a ras le bol de leur K0NNERIE ! l'europe s'en sortira pas ces abrutis d'anglo-saxon

  • JUFRABRE le jeudi 29 nov 2012 à 12:32

    On en attendais pas moins de l'intervention télé-commandée de monsieur COHEN, dont la réputation d'ultra libéral n'est plus à faire...Qui a dit qu'au CNRS il n'y avait que des gau-chistes ?

  • vince7 le jeudi 29 nov 2012 à 11:42

    Ne rien faire serait mieux? on donnerait le message que les boites peuvent venir prendre les aides d'état, ne respecter aucun accord qu'elles ont signé et repartir dès que ce n'est plus assez rentable. La nationalisation, ce n'est pas trop mon dada mais alors Mittal, ca l'est encore moins. D'ailleurs, on nationalise pour revendre tout de suite après à un repreneur.Je l'aimais bien au début Elie Cohen mais là, il me les casse. Le libéralisme a outrance a échoué et il en veut encore plus.

  • nono67 le jeudi 29 nov 2012 à 10:12

    ce qui est un non sens c'est de toujours questionner les mêmes personnes depuis 20 ans . Les journaleux ne savent " interviewer " qu'elie cohen et marc touati . De très grands spécialistes de renommée mondiale.

  • fquiroga le jeudi 29 nov 2012 à 07:58

    Montebourg n'est pas à une bourde près! Ce n'est pas son argent.