L'interview d'Alexandra Estiot (BNP Paribas) : "Le parti républicain ne tient pas ses troupes"

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Alexandra Estiot, économiste spécialiste des Etats-Unis chez BNP Paribas
Alexandra Estiot, économiste spécialiste des Etats-Unis chez BNP Paribas

Un accord a été trouvé in extremis à Washington. Le défaut de paiement des Etats-Unis n'aura pas lieu. Faut-il pour autant s'en satisfaire ?

Alexandra Estiot : Cet accord est tout de même positif car le vote a eu lieu avant la date limite du 17 octobre. Les Républicains les plus radicaux ont tenté le tout pour le tout et ont perdu la bataille. Au sein du camp républicain (majoritaire à la Chambre des représentants), les modérés l'ont emporté sur les éléments les plus radicaux. Même si le problème du plafond de la dette va se reposer d'ici le 7 février, le Tea Party a perdu son pari et n'a rien obtenu en échange. Barack Obama a intérêt à retarder les échéances et à gagner du temps en prévision des midterms l'an prochain car il n'est pas sûr que la stratégie dangereuse des Républicains se révèle payante auprès des électeurs.

Plus globalement, ce psychodrame vous a-t-il surpris par son intensité dramatique ?

A.T : Oui, on a franchi un nouveau palier dans la crise politique américaine. John Boehner, le speaker républicain de la Chambre des représentants a perdu en crédibilité sans réussir à faire plier l'administration Obama. Il s'est laissé totalement déborder par la frange la plus radicale du parti républicain. Ce parti ne tient pas ses troupes. Au final, le compromis voté était proposé depuis deux semaines par les Républicains modérés. Or, le forcing engagé n'a pas permis d'obtenir la moindre concession. Cette crise peut finalement pousser les instances dirigeantes du parti républicain à se débarrasser du Tea Party. Jusqu'à présent, ce réseau très efficace et disposant d'une bonne implantation populaire avait servi les intérêts du parti. Ce n'est plus le cas aujourd'hui.

Barack Obama sort-il vraiment renforcé ou affaibli de ce « shutdown » ?

A.T : Il est difficile de tirer des conclusions définitives. Aux Etats-Unis, on ne gouverne pas par décret et Barack Obama doit inévitablement composer avec des contre-pouvoirs forts. Contrairement aux précédentes crises budgétaires, il a fait preuve de fermeté en ne faisant pas de concessions majeures (la réforme de la santé était en ligne de mire des Républicains). D'autant qu'il doit aussi composer avec une partie des Démocrates qui lui reproche de chercher à réduire le déficit. Il faut savoir qu'au cours de cet exercice budgétaire, le déficit annuel des Etats-Unis sera revenu aux niveaux antérieurs à la crise des subprimes. Au final, le démocrate Obama est bien plus « vertueux » que le républicain Bush qui a creusé les déficits dans un contexte de croissance bien plus favorable, avant 2008.

L'économie américaine peut-elle être durablement impactée par ces soubresauts politiques à Washington ? L'agence Standard & Poor's évoque 0,6% de croissance en moins au quatrième trimestre à cause du « shutdown », soit l'équivalent de 24 milliards de dollars...

A.T : Ce sont des prévisions encore difficiles à vérifier. Une nouvelle dégradation des agences de notation serait en revanche assez probable, en particulier de la part de Fitch qui a mis la dette américaine sous surveillance négative. Une chose est sûre, l'impact du rythme de réduction des déficits aura bien plus d'influence sur le niveau de la croissance que deux semaines de « shutdown ».

La nomination de Janet Yellen réputée favorable aux politiques monétaires accommodantes est-elle une bonne nouvelle pour les marchés ?

A.T : Oui, c'est une bonne nouvelle pour les marchés et l'économie américaine. Economiste chevronnée, Janet Yellen s'inscrit dans la continuité de Ben Bernanke puisqu'elle est la vice-présidente de la Fed depuis 2010. Elle a été impliquée dans les principales décisions récentes et a défendu magistralement l'introduction des « forward guidance » (orientations prospectives). Sa réputation de « colombe » est plutôt salutaire pour atténuer l'impact des politiques de désendettement sur la conjoncture.

Propos recueillis par Julien Gautier

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  • elpoil le lundi 21 oct 2013 à 11:22

    Elle nous a offert son plus beau sourire

  • M4328752 le dimanche 20 oct 2013 à 11:49

    Le shutdown recommence d'ici 2 mois et demi. Désolé mais c'est un simple constat de l'état catastrophique dans lequel se trouve le pays le plus endetté du monde.

  • Abi04 le samedi 19 oct 2013 à 09:15

    Pour la France Hollande ne sert à rien car il n'y a que le pognon qui l'intéresse !! Quand à sa bande de singes ce n'est pas mieux... Et oui on a beau aller à l' ENA mais ont y apprend pas grand chose apparemment ?? Y qu'à voir le résultat = nada & Co..... A la prochaine élection présidentielle faudra bien choisir car sinon je nous vous explique pas la suite....

  • M4328752 le samedi 19 oct 2013 à 00:05

    Blablabla.....dans quelques jours, ça recommence.

  • D401650 le vendredi 18 oct 2013 à 10:44

    Et tu crois que tout va se résoudre tout seul aux USA?

  • idem12 le vendredi 18 oct 2013 à 07:12

    Et c'est clair que la nomination d'une personne qui n'a pas vu venir la crise de 2008 (de son propre aveux)et qui va contribuer à endetter les EU encore plus est une bonne nouvelle pour l'économie US. Ils sont forts chez BNP....

  • idem12 le vendredi 18 oct 2013 à 07:09

    Hé non Gaia2011 nous ne sommes pas en démocratie et oui nos institutions de la cinquième république se rapprochent plus d'une république bananière que d'une véritable démocratie.La démocratie ne se limite pas au fait que chacun puisse s'exprimer. je vous invite à parfaire votre culture sur le sujet. les conférences d'Étienne Chouard peuvent être un bon début...ou tapez "indice de démocratie" sur google, c'est assez édifiant...

  • Dinero75 le vendredi 18 oct 2013 à 03:22

    D'ou sort elle celle la? Ne comprends manifestement pas les US of A ! Bien sur la planche a billet c'est bon pour les banks ! et pour l'Amerique? elle s'en Fitch completement!Les republicains mettent en garde le pays du niveau eleve de la dette 17 gazillions de $, en particulier du danger d'ajouter par an 1 trillion de + d'ENTITLEMENTS avec Obamacare pour commencer, comment se fait il qu'elle ne comprenne pas cela? comme les low informations citizens..pure demagogue socialiste cette pov dame.

  • gaia2011 le jeudi 17 oct 2013 à 17:33

    Hollande est président, pas chef de troupe... on est plus dans l'ère Sarkozy où tous les membres du gouvernement étaient debout au garde à vous et répétaient tout ce que le chef disait. On est en démocratie, pas dans une république bananière... chacun peut s'exprimer et c'est très bien comme ça.

  • r.espic le jeudi 17 oct 2013 à 17:33

    Les commentaires de cette dame sont ridicules et surtout infondés. Elle doit préférer le système brejnévien.