L'intérêt de l'or en question après son plongeon inattendu

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LE PLONGEON DU COURS DE L'OR POURRAIT REMETTRE EN QUESTION SON IMAGE DE VALEUR REFUGE
LE PLONGEON DU COURS DE L'OR POURRAIT REMETTRE EN QUESTION SON IMAGE DE VALEUR REFUGE

par Veronica Brown

LONDRES (Reuters) - Les experts n'ont pas vu venir le plongeon de 13% des cours de l'or en deux jours, du jamais vu depuis 30 ans, qui suscite aujourd'hui des interrogations sur sa valeur dans les portefeuilles des investisseurs.

L'or, qui valait 250 dollars l'once il y a 12 ans sur le marché au comptant, a depuis augmenté chaque année pour atteindre 1.668 dollars fin 2012.

En janvier, 37 analystes et experts interrogés par Reuters le voyaient encore battre ses records pendant un an ou deux: des banques comme ANZ, BNP Paribas, Bank of America/Merrill Lynch, Deutsche Bank, Commerzbank, Macquarie, Morgan Stanley, Standard Chartered et Goldman Sachs avaient des prévisions supérieures à 1.800 dollars et National Australia Bank était la seule à voir le métal fin refluer sous les 1.600 dollars l'once à la fin 2013.

Si plusieurs banques avaient commencé à corriger leurs prévisions à la baisse, comme Goldman Sachs le 10 avril, la plupart continuaient de recommander l'or comme placement alternatif et comme protection contre l'inflation.

Puis est venu le sauvetage de Chypre.

Le 10 avril, un rapport de la Commission européenne suggérait que le pays vende une partie de ses stocks d'or, à hauteur de 400 millions d'euros, dans le cadre de son plan de renflouement.

Le même jour, le compte rendu de la réunion de mars de la Réserve fédérale américaine laissait entrevoir l'arrêt d'ici la fin de l'année de son programme d'assouplissement quantitatif (QE), ce qui serait de nature à réduire les pressions inflationnistes.

L'or, protection traditionnelle contre la hausse des prix, a cédé 1,6% ce jour là mais semblait ensuite s'être stabilisé, jusqu'à son plongeon de 5,2% de vendredi suivi lundi d'un décrochage de 8,4%, une baisse sur deux jours sans précédent depuis trois décennies.

L'once de métal fin se négociait mercredi autour de 1.380 dollars après avoir touché mardi un plancher à 1.321, contre plus de 1.560 vendredi avant la curée.

-20% DEPUIS LE RECORD DE 2011

Les investisseurs détenant des parts dans des fonds ETF (exchange-traded funds, des fonds permettant d'investir facilement dans le métal jaune) adossés sur l'or ont en particulier battu retraite.

"Je pense que personne n'avait prévu des variations et des volumes pareils. Tout cela a fait énormément de mal à la confiance des investisseurs", raconte Sean Corrigan, responsable des investissements chez Diapason Commodities Management en Suisse.

L'indice de volatilité des ETF d'or du Chicago Board Options Exchange (CBOE) a bondi de plus de 60% lundi alors que les cours tombaient à leur plus bas niveau depuis 2011, signe d'une extrême volatilité.

Les cours sont à présent en repli de quelque 20% depuis le début de l'année et de 28% par rapport au record de 2011 à 1.920 dollars, ce qui -d'après l'analyse technique- annonce une tendance désormais baissière pour le métal fin.

Bank of America/Merrill Lynch reconnaît que le catalyseur a été la crainte de nouvelles ventes d'or dans la zone euro à la suite du projet chypriote. Surtout, ajoute la banque, l'ampleur de la baisse montre que la réputation de valeur refuge de l'or a été durablement écornée.

"L'effondrement des cours de l'or est difficile à expliquer à l'aune de variables habituelles comme le niveau pondéré du dollar ou les taux d'intérêt, ce qui soulève des inquiétudes sur sa réputation de valeur refuge", estime l'établissement.

Nul ne sait combien de temps il faudra pour que la confiance revienne, d'autant que les anticipations de reprise de l'économie mondiale sont plutôt négatives pour les fondamentaux de l'or.

Les plus optimistes soulignent que les banques centrales restent attachées à leurs réserves d'or, dont l'exemple chypriote a justement démontré l'importance en temps de crise.

"Je ne pense pas que le rôle de l'or sera sérieusement remis en cause par ces trois jours d'extrême volatilité", dit Daniel Brebner, analyste de Deutsche Bank.

"Un certain nombre d'institutions vont certainement réfléchir au bien-fondé d'utiliser l'or comme un investissement, mais seul le temps nous dira si l'or est vraiment devenu une relique des temps barbares".

Avec les contributions de Clara Denina et Laurence Fletcher à Londres, Frank Tang à New York; Véronique Tison pour le service français, édité par Marc Angrand

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