L'Insee prévoit un rebond économique, insuffisant pour l'emploi

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LES PRÉVISIONS DE L'INSEE POUR 2015
LES PRÉVISIONS DE L'INSEE POUR 2015

par Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - L'Insee a confirmé jeudi le scénario d'un rebond de l'économie française alimenté par la chute des cours du pétrole et la dépréciation de l'euro, mais d'une ampleur insuffisante à ce stade pour enrayer la progression du chômage.

Si plusieurs clignotants sont repassés au vert après trois années de stagnation, l'institut ne voit dans sa dernière note de conjoncture aucune embellie sur le front de l'investissement des entreprises susceptible d'enrichir cette reprise en emplois.

Le gouvernement, qui doit annoncer des mesures de soutien à l'investissement la semaine prochaine, se trouve néanmoins conforté dans son scénario macroéconomique pour 2015.

L'Insee a revu ainsi en hausse de 0,1 point, à 0,4%, ses anticipations de croissance pour le premier trimestre 2015, et confirmé tabler sur un PIB en hausse de 0,3% pour le deuxième.

Avec une telle évolution, l'économie française afficherait à la fin du premier semestre une croissance de 1,1% en glissement annuel, un niveau qu'elle n'a pas connu depuis 2011.

Et des hausses de l'ordre de 0,2% à 0,3% du PIB suffiraient aux troisième et quatrième trimestres pour atteindre 1,0% de croissance moyenne sur l'ensemble de l'année, comme l'a prévu le gouvernement dans son budget.

"C'est quelque chose qui semble réaliste", a déclaré Vladimir Passeron, chef du département de la conjoncture de l'Insee.

Il faudrait en revanche 0,4% aux deux derniers trimestres pour que le rythme de croissance accélère à 1,5% en fin d'année, le niveau à partir duquel l'économie française crée des emplois, comme l'a appelé de ses voeux le Premier ministre Manuel Valls.

Dans l'immédiat, l'Insee estime que le pétrole moins cher et la baisse de l'euro contribueront pour 0,4 point à la croissance du premier semestre, légèrement plus que dans ses précédentes prévisions, grâce à leurs effets positifs sur le pouvoir d'achat des ménages et les marges des entreprises.

MARGES EN HAUSSE, INVESTISSEMENTS EN BERNE

Les particuliers bénéficieront aussi d'un recul attendu des prélèvements et de la faiblesse de l'inflation, ce qui fait que leur pouvoir d'achat devrait afficher une progression de 1,6% sur un an à la fin juin, un rythme plus que doublé par rapport à la même période de 2013/2014 et le plus élevé depuis 2010.

Cette hausse se reflétera dans l'évolution de la consommation, plus que jamais le principal moteur de l'économie française : après avoir stagné en moyenne pendant quatre ans, elle progresserait de 0,6% au premier trimestre puis de 0,3% au second, la différence tenant pour l'essentiel aux dépenses en énergie liées à la météo.

Pour les entreprises, qui profitent également des effets du Crédit d'emploi compétitivité emploi et des baisses de charges du pacte de responsabilité, l'Insee anticipe une nette hausse du taux de marge qui, sur sa lancée de la fin 2014, retrouverait à la mi-2015 son niveau de début 2011.

Mais les entreprises ne devraient pas pour autant augmenter leurs investissements, a indiqué Laurent Clavel, chef de la division synthèse conjoncturelle de l'Insee. "C'est ce qu'elles nous disent dans les enquêtes de conjoncture. Le climat des affaires s'est relativement amélioré mais reste bien en dessous de sa moyenne de longue période", a-t-il ajouté.

L'Insee escompte une stagnation de l'investissement des entreprises au premier trimestre suivie d'une maigre hausse de 0,1% au second, un léger mieux dans l'industrie permettant de compenser un secteur de la construction toujours déprimé.

A l'heure où le gouvernement prépare des mesures pour tenter de les relancer, l'institut rappelle que l'investissement n'a jamais été un moteur dans les phases de reprise en France et qu'il peut se passer "quelques trimestres" avant qu'il n'embraye derrière un regain de demande des ménages.

Dans ce contexte, le rythme de croissance restera insuffisant sur les six premiers mois de 2015 pour permettre des créations nettes d'emplois et absorber la hausse de la population active.

La conséquence en sera que le taux de chômage continuera d'augmenter au rythme de 0,1 point par trimestre pour atteindre au 30 juin 10,2% en France métropolitaine (10,4% en incluant l'Outre-mer).

(édité par Yves Clarisse)

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