L'injonction contre StanChart fâche le Trésor US et la Fed

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L'INJONCTION CONTRE STANDARD CHARTERED SUSCITE LA COLÈRE DU TRÉSOR AMÉRICAIN ET DE LA FED
L'INJONCTION CONTRE STANDARD CHARTERED SUSCITE LA COLÈRE DU TRÉSOR AMÉRICAIN ET DE LA FED

par Carrick Mollenkamp et Emily Flitter et Karen Freifeld

NEW YORK/LONDRES (Reuters) - La décision du régulateur bancaire de New York de poursuivre Standard Chartered, soupçonnée de transactions dissimulées avec l'Iran, a provoqué surprise et colère au sein du Département du Trésor et de la Réserve fédérale car les autorités fédérales américaines négociaient déjà à l'amiable avec la banque britannique, selon des sources proches du dossier.

La procédure lancée lundi a été décidée sans l'accord des régulateurs fédéraux par Benjamin Lawsky, directeur du Département des services financiers (DFS) de l'Etat de New York, qui menace de retirer sa licence bancaire à Standard Chartered.

Selon les sources, elle complique la tâche de la Réserve fédérale et du département du Trésor. Elle va à l'encontre de la gestion traditionnelle de ce type d'affaires impliquant des banques étrangères et des fonds liés à des pays frappés de sanctions. Des négociations à l'amiable entre ces établissements et les autorités financières évitent généralement de porter ces dossiers sur la place publique.

Selon Benjamin Lawsky, qui s'abstenait de tout commentaire mercredi matin, les agissements de StanChart, accusée d'avoir dissimulé environ 60.000 transactions pendant dix ans, "ont laissé le système financier américain en proie à des terroristes, des marchands d'armes, des barons de la drogue et des régimes corrompus".

La contrariété exprimée par certains responsables du Trésor et de la Fed pourrait donner du grain à moudre à Standard Chartered, afin de présenter le directeur du DFS de New York, récemment créé, comme un régulateur inexpérimenté et excessivement zélé.

CHUTE EN BOURSE

Dans un communiqué publié lundi, la banque s'est dite "surprise" par l'annonce de l'injonction formulée à son égard alors que des "discussions avec les agences fédérales concernées (...) étaient en cours".

Jay Carney, porte-parole de la Maison blanche, a affirmé que le gouvernement prenait "extrêmement au sérieux" d'éventuelles violations des sanctions, et que le Trésor restait en contact étroit avec les autorités fédérales et de l'Etat sur la question. Le Trésor n'a pas souhaité faire de plus amples commentaires.

Standard Chartered a perdu 17 milliards de dollars de capitalisation boursière (près de 14 milliards d'euros) mardi, l'action étant tombée à un plus bas de trois ans à la Bourse de Londres après l'annonce de l'injonction new-yorkaise.

Le titre StanChart regagnait quelque 7% mercredi, loin de compenser la perte d'un quart de sa valeur la veille.

L'un des principaux désaccords entre la banque et Benjamin Lawsky concerne l'étendue des transactions incriminées. Le régulateur new-yorkais les estime à 250 milliards de dollars (202 millions d'euros), alors que StanChart affirme qu'elles n'ont pas pu dépasser 14 millions de dollars.

Selon Benjamin Lawsky, Standard Chartered a fait transiter des sommes via son agence de New York pour le compte de clients financiers iraniens, dont la banque centrale iranienne et les banques publiques Bank Saderat et Bank Melli, soumises au régime américain de sanctions.

Au centre des accusations figurent les transactions dites "demi-tour", soit de l'argent déplacé pour le compte de clients iraniens de banques en Grande-Bretagne et au Moyen-Orient puis compensé par l'agence de Standard Chartered à New York, mais dont le circuit n'a ni commencé ni fini en Iran.

SUSPICIONS BRITANNIQUES

De telles transactions étaient autorisées jusqu'en novembre 2008, quand le département du Trésor les a interdites parce qu'elles étaient soupçonnées d'être utilisées pour échapper aux sanctions.

Les Occidentaux soupçonnent l'Iran de chercher à se doter de la bombe atomique sous couvert de son programme nucléaire, ce que Téhéran dément, affirmant que ses recherches ne visent qu'à maîtriser les usages civils de l'atome.

En Grande-Bretagne, les poursuites contre Standard Chartered, troisième banque britannique en quelques semaines à être visée par les autorités américaines, ont éveillé les soupçons de certains investisseurs et d'un député, qui accusent Washington de mener une série d'actions pour fragiliser la position de Londres comme place financière internationale.

Barclays a accepté en juin de payer 453 millions de dollars aux autorités américaines et britanniques pour mettre fin à l'amiable aux poursuites engagées à son encontre pour manipulation du taux Libor, un mois avant qu'une commission du Sénat américain mette en doute les efforts de HSBC contre le blanchiment, en particulier au Mexique.

"Je pense que c'est un effort concerté qui est organisé au sommet du gouvernement américain", a déclaré John Mann, membre travailliste de la commission des Finances du parlement britannique. "C'est Washington qui tente de gagner une bataille commerciale pour que le trading passe de Londres à New York."

Julien Dury pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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  • marshaka le mercredi 8 aout 2012 à 13:36

    Et oui, les banksters préfèrent magouiller en toute tranquillité, on ne sait jamais si les citoyens réclament des comptes !