L'inégalité des territoires nourrit le populisme

le
2
LES INEGALITÉS TERRITORIALES SE CREUSENT AVEC LA CRISE ET NOURRISSENT LE POPULISME
LES INEGALITÉS TERRITORIALES SE CREUSENT AVEC LA CRISE ET NOURRISSENT LE POPULISME

par Marc Joanny

PARIS (Reuters) - Les inégalités territoriales, qui n'avaient cessé de reculer en France, se creusent avec la crise et favorisent une montée des populismes dont les prochaines échéances électorales risquent de porter la marque, estime l'économiste Laurent Davezies.

Mais, pour ce spécialiste de l'économie régionale et urbaine, le creusement des disparités est inévitable.

"Le moteur de la redistribution et de la solidarité est dans les territoires les plus riches que sont aujourd'hui les grandes zones urbaines", a-t-il dit lors d'un entretien à Reuters.

"Le fait que ces métropoles s'en sortent, c'est un bon signe, cela veut dire qu'il y encore des secteurs sur lesquels on tient le coup et cela permet de maintenir, d'alimenter le système redistributif."

Dans un essai intitulé "La crise qui vient, la nouvelle fracture territoriale", il rappelait il y a un an que le système des transferts publics et sociaux avait contribué pendant 30 ans à réduire les inégalités de revenus entre les territoires.

Mais la crise des finances publiques remet en cause ces puissants mécanismes redistributifs, faisant exploser les inégalités territoriales et fracturant le pays en quatre France.

Une première France, marchande et dynamique, correspondant aux grandes métropoles et représentant 36% de la population, a réussi sa reconversion.

"Entre fin 2007 et fin 2011, la France a perdu au total 250.000 emplois mais il y a une dizaine de grandes villes françaises où l'emploi salarié privé a progressé", explique Laurent Davezies.

Un deuxième ensemble, situé à l'ouest d'une ligne Cherbourg-Nice, incluant la Bretagne, vit beaucoup d'une combinaison de tourisme, de retraites et de salaires publics.

Concentrant 44% de la population, cette France non productive, non marchande et encore dynamique est très vulnérable à une baisse des dépenses publiques et sociales.

LES QUATRE FRANCE

Une troisième France réunit des territoires productifs, marchands et en difficulté composés de bassins industriels fortement ralentis et spécialisés sur des secteurs en déclin chronique, essentiellement dans le nord et l'est du pays.

Ces territoires, qui représentent 8% de la population, ne peuvent guère compter sur l'effet d'amortisseur de budgets publics et sociaux appelés à se contracter.

Enfin, des territoires non marchands en difficulté situés principalement dans le nord-est du pays mais comprenant aussi des zones d'emploi comme Saint-Etienne sont si frappés par le déclin industriel qu'ils dépendent aujourd'hui essentiellement des transferts sociaux. Ils concentrent 12% de la population et sont particulièrement exposés à la baisse des dépenses publiques.

"L'objectif de ramener la dépense sociale et publique de 57% du PIB à la moyenne européenne qui est plus proche de 50% reste très acceptable, on va revenir au niveau des années 90 (...), on ne casse pas le système redistributif", dit Laurent Davezies.

DILEMME TRAGIQUE

Mais les territoires fragiles seraient les premiers touchés si on diminue le poids de la dépense publique et sociale dans l'économie du pays, alors que l'augmentation des impôts, qui revient à ponctionner les territoires riches, se heurte au plafond macroéconomique atteint en termes de prélèvements.

"C'est un dilemme tragique surtout pour un gouvernement de gauche", résume Laurent Davezies.

Dans ce contexte, l'égalité des territoires n'est selon lui plus un objectif raisonnable.

"Le territoire est un instrument, pas une fin en soi, la question posée aujourd'hui n'est pas celle de l'égalité des territoires mais d'abord celle de l'égalité des gens."

Pour lui, "alors que tous les chocs de la société ont été largement amortis par les transferts publics depuis 20 ou 30 ans, le changement de règle du jeu se traduit par un état d'incertitude qui peut dégénérer en actions violentes et favoriser la montée des populismes."

Les territoires sinistrés sont de plus en plus ceux où le Front national effectue une percée, relève Laurent Davezies, qui rappelle que Marine Le Pen était arrivée en tête dans pas moins de 6.000 communes au premier tour de la présidentielle de 2012.

Il note aussi l'enracinement de la formation d'extrême droite dans des territoires qui ont connu une très forte dynamique malgré la crise, en particulier la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et le Languedoc-Roussillon.

POPULISMES ET SÉPARATISMES

Mais en effectuant une analyse non pas à l'échelle des régions mais des cantons, "on voit effectivement se dessiner ces zones menacées que sont les petites villes moyennes et tous les territoires périurbains ruraux où pourtant la population immigrée est généralement sous-représentée," ajoute-t-il.

Au-delà de la montée des populismes, Laurent Davezies met aussi en garde contre les risques de fragmentation.

Dans d'autres pays européens, la traduction du dilemme français ce sont les appels à la fragmentation comme en Italie avec la Ligue du Nord, en Espagne avec le renouveau de l'indépendantisme catalan ou basque ou encore au Royaume-Uni avec les velléités sécessionnistes de l'Ecosse.

Pour Laurent Davezies, cette tentation n'existe pas actuellement en France mais elle pourrait venir et il dénonce par avance son potentiel destructeur.

"Il y a de vraies dérives en ce moment avec une complaisance conceptuelle et intellectuelle dangereuse sur la question des territoires qui contribue à donner droit de cité, ailleurs dans le monde, à des idées explosives", prévient-il.

Edité par Yves Clarisse

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • M8252219 le samedi 9 nov 2013 à 19:09

    La raison essentielle de la crise et de l'approfondissement de cette crise. c'est le coût de fonctionnement de l'état,qui ponctionne 57% de la production de richesse du pays. il faut: Réduire de moitié le nombre d'élus fiscaliser toutes leurs indemnités et avantages. Suppression du mille feuilles administratif.Suppression de tous les régimes et statuts spéciaux.La richesse produite doit aller à la production et à l'emploi

  • LeRaleur le samedi 9 nov 2013 à 17:23

    Sûrement pas, c'est autre chose, et tout le monde connaît la raison.