L?industrie minière au point mort

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Commodesk - Les compagnies minières cherchent à réduire leurs coûts de production et mettent un coup de frein au développement de nouveaux projets miniers. Une frilosité liée au contexte économique et financier, ainsi qu'à un renforcement des contraintes de production.

2012, année de l'attentisme ? Pour les compagnies minières, l'heure n'est pas à l'euphorie : ralentissement de la croissance mondiale qui remet en question les perspectives commerciales des métaux, hausse continue des coûts de production, difficultés de financement des projets...

Après un emballement ces dernières années, entraîné par la forte croissance des besoins en métaux des pays émergents, et tout particulièrement de la Chine (la production mondiale de cuivre a ainsi été multipliée par deux en un peu plus de 20 ans), le secteur semble à l'arrêt. En 2012, les entreprises se sont gardées d'investir dans de nouveaux grands projets miniers, un facteur pourtant essentiel pour assurer la production future en renouvelant les sites de production qui arriveront en fin de vie. De même, les fusions/acquisitions ont fortement ralenti par rapport aux records atteints en 2011. Si l'on excepte le projet de fusion entre Glencore et Xstrata, encore en attente, ces opérations ont été divisées par trois en valeur entre les premiers semestres 2011 et 2012.

Perte de confiance

Sur les marchés, la perte de confiance est flagrante. Après une hausse entre fin 2008 et début 2011, les actions des grandes multinationales minières sont lourdement retombées : -20% en deux ans pour BHP Billiton, -27% pour Vale, -29% pour Rio Tinto, -29% pour Xstrata... Sur la Bourse de Toronto, où sont listées plus de la moitié des sociétés du secteur (principalement des juniors), la capitalisation boursière des minières est tombée à 431 milliards de dollars en octobre 2012 contre 477 milliards un an plus tôt. De la même façon, les opérations d'introductions en Bourse et d'augmentation de capital y ont été divisées par deux sur la même période.

De fait, les minières font face à des difficultés multiples. Les perspectives incertaines de demande en métaux à court terme, en premier lieu, avec notamment un ralentissement plus important que prévu de la croissance chinoise, ont fait reculer leurs prix par rapport à 2011.

Parallèlement, les contraintes dans la production sont de plus en plus nombreuses. Alors que les cadres législatifs et fiscaux ont, dans le passé, souvent été exagérément favorables aux groupes miniers, de nombreux Etats cherchent désormais à rétablir la balance, en renforçant les contraintes environnementales, en cherchant à en tirer plus de revenus... Les géants miniers doivent composer avec davantage d'exigences de toutes parts, comme l'illustrent les événements de cette année : des grèves monstres dans les mines sud-africaines de platine et d'or ont réduit la production et obligé certaines entreprises à accorder des augmentations de salaire substantielles ; des soulèvements populaires au nom de la défense de l'environnement ont retardé des projets miniers au Pérou ; l'Australie a décidé d'augmenter ses taxes minières ; le Zimbabwe poursuit la mise en pratique de sa loi d' « indigénisation » des mines, qui oblige les sociétés étrangères à céder 51% de leurs parts à des Zimbabwéens... Les règles du jeu sont parfois révisées sèchement : le gouvernement bolivien a ainsi annoncé en juin dernier la nationalisation avec effet immédiat de la mine de zinc et d'étain de Colquiri... et donc le retrait, sans avertissement, de la concession dont bénéficiait une filiale de Glencore.

Par ailleurs, la diminution des teneurs en métaux dans les gisements oblige à creuser toujours plus profond ou dans des sites plus difficiles d'accès, ce qui augmente à long terme les coûts de production. Les prix de l'énergie progressent eux aussi, un élément crucial pour l'extraction et surtout le traitement des minerais (la production d'une tonne d'aluminium nécessite ainsi l'équivalent énergétique de 5 tonnes de pétrole).

Réduire les coûts à tout prix

Dans ce contexte, et compte tenu du manque de visibilité sur le marché, les grandes compagnies sont unanimes sur leur priorité : réduire les coûts. Ce qui passe par des diminutions de capacités de certains sites, des cessions à bas prix de leurs mines et usines les moins rentables et les moins stratégiques... Mais aussi par un coup de frein sur les investissements. Le groupe BHP Billiton par exemple, leader de l'industrie minière diversifiée, a annoncé qu'il n'engagerait pas de nouveau projet d'envergure au cours de l'année fiscale 2013. Il a même mis en pause ce qui était son projet phare : l'expansion de la mine d'Olympic Dam, en Australie, qui devait donner naissance à la plus grande mine d'uranium au monde.

Toutefois, les bénéfices engrangés en 2011 par les grandes minières diversifiées ont été plus que confortables et, s'ils seront en repli cette année à cause des prix des métaux moins élevés, ils resteront largement positifs. Un rapport de PwC paru en juin 2012 soulignait le profond décalage entre les profits record de l'industrie minière en 2011 et la chute de la valorisation des entreprises. Et, selon le cabinet, les compagnies minières qui possèdent des liquidités pourraient bien, le moment venu, utiliser cette phase descendante pour racheter des concurrents à bas prix.

Les compagnies chinoises sont déjà à l'affût des bonnes affaires, notamment en Afrique. Elles cherchent à multiplier les contrats d'approvisionnement associés à des participations financières, bien convaincues, de leur côté, que les perspectives de demande en métaux restent très importantes en Asie. Les minières occidentales, d'ailleurs, ne disent pas autre chose en affichant un certain optimisme sur les besoins des pays émergents à long terme. Mais elles - et leurs actionnaires - jugent préférables d'attendre un contexte plus rassurant avant de préparer l'augmentation future de leur production.

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