L?industrie australienne du charbon en crise

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(Commodesk) Rien ne va plus dans le charbon australien. Face à la baisse des prix et aux perspectives de croissance économique mondiale de plus en plus maussades, les grandes compagnies minières font part de leurs difficultés et de leur intention de réduire leurs coûts et leurs investissements.

Ces dernières semaines, les plus grandes compagnies minières ont annoncées les unes après les autres de futures réductions de personnel dans leurs mines pour faire face à des difficultés de marché : BHP Billiton, Xstrata, Rio Tinto, Ensham Resources, ou encore Peabody Energy. Ce 20 août, la compagnie Yancoal, à capitaux chinois mais basée en Australie où elle exploite sept mines, a encore annoncé qu'elle explorera tous les moyens de réduire ses coûts et qu'elle réétudiera ses plans d'expansion. Pour le directeur général de la compagnie, Murray Bailey, « les prochains mois seront difficiles pour la compagnie, les affaires étant touchées par un affaiblissement des prix du charbon et par un dollar australien fort ». Une double difficulté mise en avant par toutes ces entreprises.

Un manque de compétitivité du charbon australien

Michael Roche, directeur du Conseil des ressources du Queensland (QRC), dressait ce 20 août au matin, lors d'une conférence à Brisbane, un tableau particulièrement sombre de l'industrie locale. Selon lui, « aux prix actuels, de nombreuses mines de charbon thermique de l'Etat fonctionnent à perte », et « la contagion se répand rapidement dans les opérations de charbon à coke ». Les prix du charbon ont dans leur ensemble perdu 36% ces douze derniers mois, essentiellement en raison de l'incertitude économique mondiale, selon lui.
Plus spécifiquement, les prix du charbon thermique souffrent de l'abondance de gaz naturel sur certains marchés, notamment en Amérique du Nord, qui incitent les producteurs d'électricité à basculer du charbon vers le gaz ; et le charbon cokéfiable, d'une diminution de la production d'acier en Europe et d'un ralentissement de sa croissance en Chine.

Cependant, les difficultés vont bien au-delà des aléas conjoncturels : le charbon australien souffrirait d'un grave manque de compétitivité face à ses concurrents, avec des coûts de production beaucoup plus élevés.

Les mines australiennes, et en particulier du Queensland, avaient subi début 2011 de dramatiques inondations, et avaient dû fermer pendant plusieurs semaines. Des incidents qui ont grandement contribué à faire perdre à l'Australie sa place de premier exportateur mondial de charbon, toutes qualités confondues, au profit de l'Indonésie (le Queensland assure à lui seul près de la moitié de besoins des sidérurgistes mondiaux en charbon à coke). Or, d'autres inondations ont eu lieu cette année, et certaines mines n'ont encore jamais pu être mises au sec. Des problèmes qui obligent les compagnies à investir dans des systèmes de pompage et de traitement des eaux et, selon les économistes du QRC, les inondations auraient permis aux exportateurs américains de récupérer 6% des parts de marché du Queensland à l'exportation.

Pour Michael Roche, la compétitivité est surtout lourdement grevée par des coûts salariaux, fiscaux et d'achat de matériels beaucoup plus élevés que chez les concurrents.

Des incertitudes sur les débouchés

L'autre problème est celui de la demande. Le marché chinois était jusqu'ici le principal moteur de l'industrie australienne du charbon - la production australienne a augmenté d'un tiers entre 2001 et 2010 selon les chiffres de BP. La croissance phénoménale des besoins de la Chine avait offert des débouchés qui paraissaient assurés, mais elle ralentit. Selon Michael Roche, c'est principalement la chute des prix domestiques chinois qui a entraîné celle des prix mondiaux. Une situation qui risque de ne pas s'arranger, puisque la filière chinoise du charbon a récemment obtenu de nouvelles subventions et que le pays cherche à se fournir toujours davantage en Mongolie.

Toutefois, dans un document paru le mois dernier, le Bureau fédéral de l'économie des ressources et de l'énergie (BREE) tablait sur un doublement des exportations de charbon du pays à l'horizon 2025, en partie grâce à l'augmentation des besoins indiens... Michael Roche retourne la question en se demandant si les compagnies auront la capacité de profiter de ces opportunités de marché.

Pour les professionnels, ces annonces de difficultés sont aussi un moyen d'inciter le gouvernement, qui a instauré cette année de nouvelles taxes pour les compagnies minières, à être plus conciliant. Selon l'Association du charbon australien, cette filière compte pour 140.000 emplois (dont 40.000 emplois directs) et pour près de 4% du PIB du pays. Les exportations ont commencé à reculer sensiblement au cours de la dernière année fiscale dans les ports australiens, et plusieurs centaines d'emplois devraient disparaître dans les prochains mois.

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