L'Indonésie redoute la menace djihadiste

le
0
    * Le groupe Etat islamique disposerait d'un millier de 
partisans en Indonésie 
    * Entre 100 et 300 djihadistes indonésiens seraient passés 
par la Syrie 
    * Une série d'attentats ont été déjoués par les forces de 
sécurité 
    * Santoso, ennemi public numéro un, inspire la 
radicalisation 
 
    par Fergus Jensen 
    DJAKARTA, 26 décembre (Reuters) - Dans la jungle reculée des 
Célèbes, les forces indonésiennes se préparent à traquer 
l'ennemi public n°1 du pays, l'activiste islamiste Santoso qui a 
été le premier Indonésien à faire publiquement allégeance à 
l'organisation Etat islamique (EI). 
    Santoso a jusqu'au 9 janvier pour se rendre. Passé ce délai, 
l'armée passera à l'action.  
    Mais la menace véritable pourrait être bien plus proche du 
coeur politique et économique du pays musulman le plus peuplé de 
la planète.  
    La semaine dernière, une série d'opérations antiterroristes 
menées sur l'île de Java, la principale de l'archipel, sur la 
base de renseignements communiqués notamment par les Etats-Unis 
et l'Australie, a abouti à l'interpellations de neuf partisans 
de l'EI et déjoué, selon les autorités, plusieurs projets 
d'attentats. 
    Des substances servant à la fabrication de bombes et des 
"manuels du djihad" ont été saisis dans le centre et l'ouest de 
Java, selon le quotidien Jakarta Globe. (voir  ID:nL8N1490B9 ) 
    "Ce réseau terroriste préparait des attentats à la bombe en 
différent lieux en Indonésie. Certains sont membres de l'EI, 
d'autres des sympathisants", a déclaré le chef de la police  
indonésienne, le général Badrodin Haiti. 
    Plusieurs cibles, dont le président Joko Widodo, étaient 
dans leur viseur, a précisé la police, ajoutant que les suspects 
arrêtés n'étaient que des hommes de base de la mouvance 
islamiste. Leurs chefs, eux, sont toujours en liberté et 
pourraient continuer de préparer des attentats. 
    Signe de l'inquiétude, 150.000 membres des forces de 
sécurité ont été mobilisés en cette fin d'année pour protéger 
les lieux publics et les lieux de culte minoritaires (un peu 
moins de 10% des Indonésiens sont chrétiens, moins de 2% sont 
hindous). 
     
    TRANSFERTS DE FONDS EN PROVENANCE DE L'EI 
    L'Indonésie a été le théâtre d'une vague d'attentats dans 
les années 2000 qui a atteint son paroxysme en octobre 2002 dans 
le quartier des boîtes de nuit de Kuta Beach, à Bali. Plusieurs 
bombes avait fait 202 morts, dont 88 touristes australiens. 
L'attaque avait été attribuée à la Jemaah Islamiyah (JI). 
    D'autres attentats ont visé à cette époque Djakarta, comme 
l'attaque à la bombe contre l'hôtel Marriott en août 2003, qui a 
fait une dizaine de morts, ou l'attentat à la voiture piégée 
contre l'ambassade d'Australie qui a fait une dizaine de morts 
en septembre 2004. A Bali, une série d'attaques coordonnées 
contre des restaurants a fait une vingtaine de morts 
supplémentaires en octobre 2005. En 2009, deux hôtels de 
Djakarta ont été frappés par des attaques à la bombe. 
    Dans les années qui ont suivi, la Jemaah Islamiyah a été en 
partie démantelée et ses principaux chefs arrêtés ou tués. Mais 
les autorités redoutent une résurgence de la violence islamiste 
inspirée cette fois par l'Etat islamique.  
    Lundi, la police indonésienne a révélé que les suspects 
arrêtés sur l'île de Java avaient bénéficié de transferts de 
fonds en provenance de Syrie. "Ils sont liés à l'EI. Ils ont 
reçu de l'argent d'un haut responsable de l'EI qui travaille 
comme un coordinateur afin de lier l'EI et l'Indonésie", a 
déclaré Anton Charliyan, porte-parole de la police indonésienne, 
lors d'une conférence de presse. 
    Le gouvernement estime qu'il y a plus de 1.000 partisans de 
l'EI aujourd'hui en Indonésie. A l'image des djihadistes 
européens, entre 100 et 300 d'entre eux auraient séjourné en 
Syrie. 
     
    UN "CALIFAT ÉLOIGNÉ" 
    Le ministre australien de la Justice, George Brandis, qui se 
trouvait cette semaine à Djakarta pour renforcer la coordination 
bilatérale en matière de sécurité, a déclaré au quotidien The 
Australian qu'il ne faisait "aucun doute" que l'organisation 
d'Abou Bakr al Baghdadi, qui a proclamé un califat sur les 
territoires qu'elle contrôle en Irak et en Syrie, cherchait à 
établir un "califat éloigné" en Indonésie. 
    Pour Sidney Jones, spécialiste des groupes islamistes armés 
à l'Institute for Policy Analysis of Conflict de Djakarta, le 
risque d'assister en Indonésie à un attentat similaire aux 
attaques djihadistes du 13 novembre à Paris est limité, mais la 
menace progresse aux abords immédiats de la capitale, Djakarta. 
    "Tandis que la police et l'armée se focalisent sur la traque 
du terroriste le plus recherché d'Indonésie, Santoso, dans les 
collines de la province de Sulawesi Central, l'EI a réussi à 
construire un réseau de partisans dans les banlieues de 
Djakarta", écrit-elle dans une note récente. 
    Elle ajoute que les "djihadistes de l'intérieur", qui ont 
principalement visé ces dernières années les forces de sécurité, 
pourraient s'en prendre désormais à des "cibles plus faciles" - 
des journaux ont rapporté que les groupes démantelés la semaine 
passée visaient la minorité chiite - ou à des Occidentaux. 
    Santoso, même s'il vit dans la clandestinité à plus de 1.500 
kilomètres de Djakarta, peut jouer un rôle crucial dans les 
processus de radicalisation. Depuis la jungle du secteur de 
Poso, il est très actif sur les sites islamistes et, souligne 
Sidney Jones, il peut se targuer de liens avec la mouvance qui 
gravite autour de l'EI.     
    "Il est l'une de nos priorités parce qu'un grand nombre de 
réseaux dans d'autres régions sont affiliés à lui", confirme 
Agus Rianto, de la police indonésienne. 
    Santoso lui-même se présente comme un commandant de l'armée 
de l'Etat islamique en Indonésie. 
    "L'idée selon laquelle l'EI pourrait s'emparer de 
l'Indonésie est absurde. En revanche, qu'il puisse entreprendre 
des opérations terroristes en Indonésie pour la déstabiliser est 
entièrement possible", juge Hugh White, professeur d'études 
stratégiques à l'Australian National University. 
 
 (avec Kanupriya Kapoor et Randy Fabi à Poso, dans les Célèbes, 
et Colin Packham à Sydney; Henri-Pierre André pour le service 
français) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant