L'indispensable Monsieur Aulas

le
0
L'indispensable Monsieur Aulas
L'indispensable Monsieur Aulas

« Nous ne sommes pas un club de football mais une holding de divertissement », a asséné un jour Jean-Michel Aulas pour résumer ce qu'était devenu l'Olympique Lyonnais, club qu'il dirige depuis juin 1987, encouragé par Bernard Tapie. L'équipe était alors criblée de dettes et végétait en Divison 2. Elle est aujourd'hui nantie de sept titres de champions de France (2002-2008, on verra si le Paris Saint-Germain à la sauce qatarie fait mieux) et reste abonnée à la Ligue des champions, grâce notamment à 14 podiums sur les 15 dernières saisons. On peut penser ce qu'on veut de Jean-Michel Aulas, de sa mauvaise foi, de son cynisme et de sa faculté à jouer les Calimero : il est indispensable au football français. Le modèle économique bâti est le plus vertueux. Certes, il parle davantage business que de reprises de volée. Mais sa gestion est saine, son club est coté en Bourse et le futur stade des Lumières à Décines (un dossier lourd et complexe), qui accueillera l'Euro 2016, donnera un nouveau coup d'accélérateur à l'OL.

Aulas est une pointure. Maîtrisant tous les codes de la communication, il adore se muer en bouclier pour protéger Remi Garde et son groupe, quitte à en rajouter. C'est plus fort que lui. Son nouveau terrain d'expression : twitter. Déjà 743 tweets, à plus de 42 000 abonnés. Un stade de football complet ! Son dernier : « Je confirme le départ d'A. Martial, rendez-vous sur le site pour comprendre les motivations, merci à Anthony à qui je souhaite bonne chance. » Il évoquait la cession à l'AS Monaco de l'attaquant Anthony Martial pour 5 millions d'euros, afin de soulager les finances du club. Martial, 17 ans, avait signé son premier contrat professionnel pour trois ans en août 2012. L'OL percevra en outre les 5 % de taxe de solidarité FIFA au titre de la formation. Une belle vente pour un joueur n'ayant signé que trois apparitions en Ligue 1 et une en Ligue Europa. Si son départ a suscité une vague de critiques de supporters agacés, alors que l'OL affirme s'appuyer sur son centre de formation, Aulas reste droit dans ses bottes : « L'Olympique lyonnais rappelle qu'il devait effectuer un transfert avant la fin de l'exercice 2012-2013 (au 30 juin) pour respecter sa stratégie financière. »

C'est froid, clinique. Mais cohérent. Comme sa façon de demander à Gomis, débarqué de Saint-Etienne à l'été 2009 pour 15 millions d'euros, de partir maintenant sous forme de transfert plutôt que d'aller au terme de son contrat et d'être libre, sans indemnité pour Lyon. Evidemment qu'il joue la carte de la provocation en le piquant au vif, soulignant son manque d'entrain à célébrer ses buts. Gomis, international, encore 16 buts cette saison en championnat, est un élément de valeur. L'OL a reçu des propositions et Aulas lui montre la sortie avec plus ou moins d'élégance. Mais il est dans sa logique d'entrepreneur. Qu'il veuille obtenir de l'argent du transfert de Gomis me semble légitime. Alors il le fait à sa façon, impliquant de fait, en communiquant par twitter, les supporters de l'OL. « A aucun moment il ne s'est agi de critiquer un joueur qui arrive en fin de contrat une année de coupe du monde ...donc départ obligatoire ! », a-t-il écrit ces jours-ci. Ou encore : « Une dernière fois Bafé est placé sur la liste des transferts car il est en concurrence avec Licha, sans avoir voulu resigner. »

Pour l'heure, l'attaquant ne flanche pas. Il n'est aucunement obligé, même si Aulas prétend que parmi les propositions certaines lui permettraient d'obtenir une rémunération supérieure à celle qu'il a à l'OL. Mais le boss, fin politique (il a par exemple beaucoup ménagé l'AS Monaco et son président russe, fortement critiqué par la Ligue, a manqué de vendre Briand sur le Rocher au mercato dernier et a cédé Martial pour une belle somme), ne varie pas de stratégie. Le dernier communiqué du club ? à quand un best-of des meilleurs communiqués du club, où Aulas triture souvent la réalité avec talent ? ? mentionne d'ailleurs, histoire d'en remettre une couche : « A défaut d'avoir pu finaliser avant le 30 juin une opération avec un des joueurs pressentis pour partir, notamment Bafétimbi Gomis, il a étudié la proposition de Monaco qui lui avait manifesté son intérêt pour Anthony Martial il y a déjà plusieurs semaines. »

« Je n'ai pas l'impression de commettre un crime de lèse-majesté quand je dis que s'il part en fin de contrat, je vais tout perdre », s'est défendu Aulas. En attendant qu'il obtienne gain de cause, son recrutement est light, avec le seul Gaël Danic, de Valenciennes, pour 800 000 euros. Pas mal pour celui qui a vendu Dejan Lovren à Southampton pour 8 millions d'euros. Hormis Gomis, Aulas a d'autres chantiers et on vérifiera très vite s'il est aussi malin concernant les dossiers Lisandro, Gourcuff, Grenier et Gonalons. Mais, j'ose le dire : j'aime Jean-Michel Aulas. Ses joutes avec Pape Diouf étaient un modèle du genre. Sans JMA, la Ligue 1, déjà passablement aseptisée, ronronnerait. Son OL se porte ma foi plutôt bien, l'effectif professionnel compte 34 joueurs, dont 24 formés au club. Qui dit mieux ? Et puis comment détester foncièrement quelqu'un qui a osé dire : « J'avais dit que Luyindula n'était pas à vendre. Pas qu'il n'était pas à acheter? » Ou encore : « Benzema et Ben Arfa ne partiront pas avant d'avoir gagné une C1. »

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant