L'indépendance de la banque centrale turque à nouveau en cause

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    * Maintien des taux pour le 10e mois d'affilée 
    * Les économistes anticipaient un resserrement 
    * Le pouvoir politique continue de faire pression pour des 
taux plus bas 
 
    par Daren Butler et Nevzat Devranoglu 
    ISTANBUL, 22 décembre (Reuters) - La banque centrale turque 
a maintenu ses taux directeurs inchangés jeudi, une décision 
surprise qui ravive les inquiétudes sur son indépendance et 
remet la livre sous pression. 
    Les investisseurs et économistes s'attendaient très 
majoritairement à ce que l'institut d'émission relève ses taux 
pour contrer les pressions inflationnistes et contenir la baisse 
de la livre  TRYTOM=D3 , la devise turque affaiblie par 
l'escalade de la violence dans le sud-est du pays, à majorité 
kurde, et la montée des tensions avec la Russie. 
    La Banque centrale de la République de Turquie (CBRT) a 
pourtant opté pour le statu quo pour le 10e mois consécutif, 
malgré un taux d'inflation qui a atteint 8,1% en novembre, bien 
au-dessus de son objectif de 5%. 
    Elle a fait savoir toutefois qu'elle commencerait à 
"simplifier" sa politique monétaire à compter de sa prochaine 
réunion de janvier si les conditions le permettent - un signal 
aux investisseurs qui demandent le retour à un taux directeur 
unique plutôt que le système actuel de taux multiples, jugé trop 
complexe. 
    "Tout cela soulève à nouveau de sérieuses questions sur 
l'indépendance de la CBRT. Même des analystes comme moi très 
haussiers sur la Turquie en sont réduits à essayer de 
comprendre", concède Timothy Ash, chez Nomura International. 
    "La CBRT dit que la simplification pourrait commencer quand 
la volatilité aura cessé. Franchement, cela sonne comme un 
nouveau prétexte pour ne pas durcir la politique monétaire." 
    La livre a accusé le coup après l'annonce de la CBRT et se 
traitait à 2,9371 pour un dollar dans l'après-midi, une baisse 
de près de 1% par rapport à son cours de 2,9130 lundi soir. 
    L'indice Bist 100 de la Bourse d'Istanbul  .XU100  a cédé de 
son côté 0,29% à 73.102,10 points après avoir gagné 1,2% lundi. 
     
    PRESSIONS 
    Le pouvoir fait depuis longtemps pression sur la banque 
centrale pour qu'elle conserve une politique accommodante, le 
président Tayyip Erdogan n'hésitant pas à considérer 
publiquement une hausse de taux comme une trahison. 
    Peu après l'annonce du statu quo, un conseiller du chef de 
l'Etat a affirmé que la CBRT devait encore réduire ses taux. 
    L'institution avait laissé entendre par le passé qu'elle 
relèverait ses taux en tandem avec la Réserve fédérale 
américaine. Cette dernière étant passée à l'acte le 16 décembre, 
la réunion de mardi faisait office de test pour l'indépendance 
de la CBRT et de son gouverneur, Erdem Basci. 
    Les inquiétudes sur les pressions politiques expliquent en 
partie que les investisseurs aient vendu un solde net de six 
milliards de dollars (5,5 milliards d'euros) d'obligations 
turques cette année, après trois années de rentrées nettes. 
    "La simplification de la politique monétaire pourrait 
commencer avec la prochaine réunion, si la baisse de la 
volatilité observée depuis le début du processus de 
normalisation monétaire mondiale se confirme", a fait savoir la 
CBRT dans son communiqué. 
    Le taux des pensions, son principal taux directeur, reste 
inchangé à 7,5% alors que 14 économistes sur 16 interrogés par 
Reuters prévoyaient une hausse, d'un demi-point pour la plupart. 
    "Le gardien monétaire de la Turquie montre là son manque 
évident de crédibilité dans la lutte contre l'inflation", 
affirme Nicholas Spiro, du cabinet de conseil Spiro Sovereign 
Strategy.  
 
 (Véronique Tison pour le service français) 
 
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