L'Inde face à la mesure choc d'une démonétisation

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Des Indiens font la queue devant des guichets automatiques à Siliguri, dans le nord-est du pays, le 8 novembres 2016 ( AFP / DIPTENDU DUTTA )
Des Indiens font la queue devant des guichets automatiques à Siliguri, dans le nord-est du pays, le 8 novembres 2016 ( AFP / DIPTENDU DUTTA )

Les banques étaient fermées et les marchés décrochaient mercredi en Inde, au lendemain de l'annonce choc par le gouvernement d'une démonétisation des plus grosses coupures en circulation pour lutter contre l'évasion fiscale.

Lors d'un discours télévisé à la nation mardi soir, le Premier ministre Narendra Modi a annoncé que les billets de 500 et 1.000 roupies, plus importantes valeurs faciales en circulation, n'auraient plus de valeur légale à compter de minuit afin "de briser l'emprise de la corruption et de l'argent noir".

De nouveaux billets de 500 et 2.000 roupies devraient être mis en circulation dans le courant de la semaine.

Les consommateurs pourront échanger leurs vieilles coupures ou les déposer sur leurs comptes en banque, augurant d'une ruée vers les guichets dans les jours à venir. Les banques et les distributeurs automatiques restaient donc fermés pour préparer la transition.

En milieu de matinée mercredi, les marchés indiens étaient en baisse de 3,5% sous l'effet conjoint de la course en tête de Donald Trump à la présidentielle américaine et des répercussions de cette annonce, après avoir ouvert sur un plongeon de 6%.

La mesure décidée par le gouvernement nationaliste hindou "va affecter la consommation à travers toute l'Inde car les gens n'auront pas assez d'argent liquide pour effectuer d'importantes transactions dans les jours à venir", a déclaré à l'AFP Sujan Hajra, économiste à Anand Rathi securities.

- Files d'attente -

Des billets de 500 et 1.000 roupies, plus importantes valeurs faciales en circulation
Des billets de 500 et 1.000 roupies, plus importantes valeurs faciales en circulation ( AFP / PRAKASH SINGH )

De nombreuses files d'attente se sont formées mardi soir peu après la déclaration de Narendra Modi pour retirer de l'argent liquide des distributeurs avant que ceux-ci ne soient arrêtés à minuit.

"J'ai attendu vingt minutes dans une queue au distributeur près de mon bureau", a raconté à l'AFP Puneet Raheja, un habitant de Delhi.

"La personne devant moi a fait pas moins de 18 transactions avec plusieurs cartes de crédit, retirant seulement en coupures de 100 roupies", a-t-il témoigné.

Bien que l'usage des cartes bleues se soit développé en Inde au cours de la dernière décennie, notamment au sein de la classe moyenne, de nombreux petits commerces restent extrêmement dépendants de l'argent liquide.

Ashok Kumar s'est précipité à la station essence juste après l'annonce, où les vieux billets devraient encore être acceptés jusqu'à la fin de la semaine. Il y a trouvé une cinquantaine de personnes devant lui.

"Ca m'a pris presque 40 minutes pour pouvoir remplir mon réservoir" a-t-il raconté.

Quelque 439 milliards de dollars sont sortis illégalement d'Inde entre 2003 et 2012, selon une estimation de l'organisation Global Financial Integrity, basée à Washington.

De nombreux riches Indiens placent leur argent dans des paradis fiscaux ou achètent des bijoux ou des antiquités à l'étranger.

A l'intérieur du pays, temples et ashrams sont régulièrement la cible d'enquêtes, soupçonnés de servir de vitrine au blanchiment d'argent. Le secteur immobilier est lui aussi gorgé d'argent non déclaré.

Moins de 3% des Indiens déclarent leurs revenus, selon des chiffres officiels.

Bien que l'usage des cartes bleues se soit développé en Inde, de nombreux petits commerces restent extr&ec
Bien que l'usage des cartes bleues se soit développé en Inde, de nombreux petits commerces restent extrêmement dépendants de l'argent liquide ( AFP/Archives / DIPTENDU DUTTA )

Arrivé au pouvoir en 2014, le nationaliste hindou Narendra Modi a promis de réprimer les flux d'argent illégaux à travers une série de mesures, dont une peine de 10 ans de prison pour l'évasion fiscale.

Cette décision survient un mois après que le gouvernement a annoncé avoir recueilli quelque 10 milliards de dollars grâce à une amnistie fiscale accordée aux Indiens régularisant leur situation.

La démonétisation "est l'étape suivante logique de l'assainissement du système", a constaté Dhiraj Relli, directeur exécutif de la compagnie d'investissement indienne HDFC Securities Limited.

"Cela va nettoyer le secteur immobilier et diminuer le coût des affaires", a-t-il estimé. "Comme il n'y aura plus de motivation à générer de l'argent noir, l'économie connaîtra plus d'échanges et le PIB va augmenter."

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