L'Inde en quête d'un nouveau gouverneur de banque centrale

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 (Répétition sans changement d'une dépêche diffusée dimanche) 
    par Devidutta Tripathy et Suvashree Choudhury 
    BOMBAY/NEW DELHI, 19 juin (Reuters) - L'Inde se cherche un 
nouveau gouverneur de banque centrale après la décision surprise 
de Raghuram Rajan, en poste depuis seulement trois ans, de ne 
pas solliciter de nouveau mandat. 
    L'ancien chef économiste du Fonds monétaire international 
avait gagné l'estime des réformistes et investisseurs indiens et 
étrangers en réformant les statuts de la Banque de réserve 
indienne (RBI) pour graver dans le marbre son indépendance.  
    Mais les taux d'intérêt élevés pratiqués par la RBI en 
avaient fait une cible pour une faction du parti au pouvoir, et 
lui-même s'est prêté à la critique en sortant de sa neutralité 
pour dénoncer une montée du populisme en Inde. 
    Dans un message adressé samedi au personnel de RBI, Rajan 
explique qu'il ira jusqu'au terme de son mandat, le 4 septembre, 
puis retrouvera son poste de professeur à l'Université de 
Chicago tout en restant "toujours disponible" pour servir son 
pays. 
    C'est la première fois depuis 1992 qu'un gouverneur de la 
banque centrale indienne n'effectue qu'un mandat unique de trois 
ans. 
    De source gouvernementale indienne, on a précisé à Reuters 
qu'une première liste de sept candidats possibles avait été 
établie. Y figurent notamment Urjit Patel, vice-gouverneur de la 
RBI, et Arundhati Bhattacharya, président de la State Bank of 
India  SBI.N , première banque du pays.  
    Les cinq autres, moins connus -- Vijay Kelkar, Rakesh Mohan, 
Ashok Lahiri, Subir Gokarn et Ashok Chawla -- sont des hauts 
fonctionnaires ayant fait carrière à la banque centrale ou au 
sein d'institutions internationales comme le FMI ou la Banque 
mondiale. 
    Le ministre des Finances Arun Jaitley a, dans un tweet, 
rendu hommage au travail effectué par Rajan et assuré que son 
successeur serait rapidement nommé. 
    Malgré l'opposition farouche de l'aile droite du parti 
Bharatiya Janata du Premier ministre Narendra Modi, Rajan avait 
de bonnes relations de travail avec le chef de gouvernement qui, 
selon des sources gouvernementales, était prêt à le reconduire 
s'il le souhaitait. 
     
    "ROCK STAR" 
    A son arrivée en septembre 2013, sous la précédente 
législature, celui en qui les médias indiens avaient salué une 
"rock star" ou un "James Bond" de la finance avait rapidement 
été crédité d'avoir mis fin à la plus grave crise de changes que 
le pays ait connu depuis plus de 20 ans. 
    Il a ensuite réussi à imposer un objectif d'inflation pour 
la RBI afin d'en finir avec la forte volatilité des prix en Inde 
et s'est attelé à réformer la banque centrale en la dotant 
notamment d'un comité de politique monétaire de six membres, 
dont trois personnalités indépendantes, qui sera appelé à fixer 
le niveau des taux d'intérêt. 
    La loi sur les nouveaux statuts de la banque a été 
promulguée le mois dernier mais la composition du comité de 
politique monétaire n'est pas encore arrêtée. 
    Malgré son entente cordiale avec le Premier ministre, la 
politique économique de Rajan a été durement critiquée par 
l'aile droite du parti au pouvoir, notamment par le député 
Subramanian Swamy, un nationaliste hindou et ancien économiste 
de Harvard qui a accusé le gouverneur américanophile de ne pas 
être "mentalement complètement indien." 
    Pour Luke Spajic, responsable de l'Asie émergente chez le 
gérant de fonds PIMCO, le successeur de Rajan devra savoir comme 
lui allier expérience, charisme et diplomatie pour poursuivre 
son projet monétaire et faire durablement baisser l'inflation. 
    Le gouvernement, ajoute-t-il, ne devra pas traîner les pieds 
sous peine de décourager les investissements étrangers, qui ont 
totalisé plus de 60 milliards de dollars depuis la nomination de 
Rajan en septembre 2013. 
    "Les investisseurs ont horreur du vide, surtout quand il 
s'agit de banques centrales", conclut le gérant. 
    Une source proche du Premier ministre a indiqué que Modi 
prendrait lui-même la décision, et qu'il désignerait une 
personnalité indépendante "qui ne sera pas une marionnette aux 
mains du gouvernement". 
    Le vice-gouverneur Urjit Patel fait figure de candidat le 
plus sérieux et sa nomination serait probablement bien vue des 
investisseurs puisqu'il avait rédigé le rapport présentant les 
propositions de réforme des statuts la banque centrale. 
 
 (avec les contributions de Rupam Jain et Rajesh Kumar Singh à 
New Delhi, de Suvashree Dey Choudhury à Bombay et de Sujata Rao 
à Londres, Véronique Tison pour le service français) 
 
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