L'incertitude demeure en Ecosse, la campagne bat son plein

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INCERTITUDE EN ÉCOSSE À QUATRE JOURS DU RÉFÉRENDUM
INCERTITUDE EN ÉCOSSE À QUATRE JOURS DU RÉFÉRENDUM

par Guy Faulconbridge et Alistair Smout

EDIMBOURG (Reuters) - A quatre jours du référendum de jeudi sur l'indépendance de l'Ecosse, l'incertitude prévaut toujours après la publication de sondages contradictoires.

Si trois enquêtes d'opinion diffusées ce week-end ont donné le camp du "No" en tête des intentions de vote, une quatrième a estimé elle que les partisans de l'indépendance étaient majoritaires dans l'électorat.

En cet ultime week-end de campagne avant un vote susceptible de mettre fin à une union vieille de 307 ans, les deux camps ont mobilisé plusieurs dizaines de milliers de partisans à Edimbourg, la capitale, et à Glasgow, la deuxième ville du pays.

La campagne, qui se joue essentiellement sur les questions de l'avenir économique d'une Ecosse indépendante, a également pris un tour acerbe, l'ancien numéro 2 du Parti nationaliste écossais (SNP), Jim Sillars, avertissant les banques et les entreprises comme le groupe pétrolier BP qui ont exprimé leurs craintes qu'elles pourraient s'exposer à des mesures de rétorsion en cas de victoire du "Yes".

"Avec ce référendum, il est question de pouvoir. Par conséquent, lorsque nous aurons une majorité de 'Oui', nous nous en servirons pour réclamer des comptes à BP et aux banques", a-t-il dit dans les médias écossais.

"BP, dans une Ecosse indépendante, devra apprendre la signification du mot nationalisation, partielle ou totale"

Le camp nationaliste accuse le Premier ministre britannique David Cameron d'avoir orchestré ces derniers jours une campagne d'intimidation impliquant le patronat britannique sur le thème des incertitudes économiques et financières d'une Ecosse indépendante.

Les grandes banques, les compagnies pétrolières et les chaînes de supermarché estiment que la sécession de l'Ecosse créerait de l'incertitude. Les réserves de pétrole de la mer du Nord devraient notamment être partagées. On ignore aussi quelle monnaie serait utilisée par une Ecosse indépendante.

TEAM SCOTLAND

Alex Salmond, le Premier ministre écossais et dirigeant SNP qui incarne la campagne en faveur de l'indépendance, a calmé le jeu samedi soir.

"Il est malheureux qu'un certain nombre d'entreprises se soient laissées recrutées par David Cameron. Mais laissez-moi vous dire une chose: après la victoire du 'oui', il nous incombera de tendre la main à tout le monde et de bâtir cette atmosphère de la 'Team Scotland' (ndlr, l'équipe écossaise)", a-t-il dit.

Affiches, distributions de tracts, autocollants: dans toute l'Ecosse, les quatre millions d'électeurs continuent de débattre et chaque camp tente de pousser les indécis à se déterminer sur la question qui figurera jeudi sur les bulletins de vote. "L'Ecosse doit-elle devenir un pays indépendant ?"

"Ce samedi, c'était probablement le jour de campagne le plus important que l'Ecosse ait jamais connu", s'enthousiasme Calum Cashley, cadre du SNP qui a sillonné la circonscription d'Edimbourg-Est. "Nous avons tapissé de tracts toute la circonscription, des habitants mettent des affiches à leurs fenêtres, sur leurs voitures. C'est énorme. Cela fait du bien", dit-il.

Jusqu'au week-end dernier, et à l'exception d'un sondage paru en 2013, toutes les enquêtes d'opinion donnaient une large avance aux adversaires de l'indépendance.

Mais l'atmosphère a basculé depuis lors. Une enquête de l'institut YouGov pour le Sunday Times diffusée le 6 septembre a laissé entrevoir la possibilité d'une victoire des indépendantistes, poussant le gouvernement Cameron à promettre en catastrophe davantage d'autonomie. Sur les marchés financiers, la livre sterling et les actions de banques basées en Ecosse ont été chahutées.

Les derniers sondages que publie la presse dominicale sont contradictoires.

Les instituts Panelbase, Opinium et Survation donnent deux à huit points d'avance aux partisans du maintien dans de l'Ecosse dans le Royaume-Uni (respectivement à 51, 53 et 54%). Mais un sondage ICM indique de son côté que les indépendantistes l'emporteraient jeudi avec 54% des voix.

John Curtice, un spécialiste des sondages, souligne cependant que le sondage ICM pour le Sunday Telegraph a été réalisé par internet auprès d'un échantillon relativement étroit de 705 personnes. "Compte tenu de ces précisions méthodologiques, ses conclusions, si elles ne peuvent être rejetées en bloc, doivent être clairement analysées avec prudence", ajoute-t-il sur son blog.

(Henri-Pierre André pour le service français)

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