«L'immobilier va repartir encore plus fort en Tunisie»

le
0
INTERVIEW - Alors que se tient le Salon de l'immobilier tunisien à Paris, Ouissem Hamila, directeur commercial des réseaux Swixim Tunisia, note un retour des investisseurs dans le pays, cinq mois après la «révolution du Jasmin».

Ouissem Hamila, directeur commercial des réseaux Swixim Tunisia.
Ouissem Hamila, directeur commercial des réseaux Swixim Tunisia.

Le 14 janvier 2011, Ben Ali tombait après la révolution du Jasmin. L'économie toute entière s'est figée. Y compris dans l'immobilier. Ouissem Hamila, directeur commercial des réseaux Swixim Tunisia, explique au figaro.fr comment le secteur rebondit, après cinq mois de calme plat, et à l'occasion de l'ouverture, ce vendredi, du Salon annuel de l'immobilier tunisien à Paris.

LEFIGARO.FR. : Les révoltes de la fin de l'année dernière et du début 2011 ont-elle eu un impact fort sur le marché immobilier en Tunisie?

OUISSEM HAMILA. : L'impact a été fort et très brutal. Presque du jour au lendemain, l'activité du secteur s'est paralysée : dans notre société immobilière, on est passé de quinze à trente ventes par mois à zéro de janvier à avril. En mai, on comptabilise cinq ventes, et le mois de juin s'annonce meilleur. Au cours de la période de calme plat, des agences immobilières ont mis la clé sous la porte. Toutefois, la mise en place du fonds de secours pour les PME par le nouveau gouvernement a permis à certains d'entre nous d'obtenir de petits crédits sans intérêt nous permettant de survivre. De leur côté, les banques n'ont pas mis la pression concernant les remboursements de crédit par exemple. Projet Qatari Diar à Tozeur : 400.000 m², 63 chambres, un spa, un restaurant, un amphithéâtre en plein air dans le désert.
Projet Qatari Diar à Tozeur : 400.000 m², 63 chambres, un spa, un restaurant, un amphithéâtre en plein air dans le désert.

Quelles sont vos perspectives pour l'avenir?

Les professionnels de l'immobilier sont unanimes. Le marché repart, certes doucement pour le résidentiel, mais très fort pour les gros projets. D'importants investissements voient le jour un peu partout dans le pays, dans les grandes villes comme Tunis, Hammamet, Sousse, Tozeur et Djerba. D' anciens exilés bannis du pays sous Ben Ali et qui ont fait fortune en France, en Italie ou en Espagne, reviennent en force et misent sur de gros projets luxueux. De gros fonds étrangers parient aussi sur la Tunisie «libre» : par exemple, le fonds Qatari Diar a mis sur la table quelque 50 millions de dollars (35 millions d'euros) pour un projet touristique cinq étoiles dans le gouvernorat de Tozeur (aux portes du désert, NDLR). Ou encore le mégaprojet suisse lancé par l'investisseur Roland Zanotelli, le patron de Zanotelli AG. sans oublier les Lybiens qui viennent placer leur argent chez nous, alors que leur pays est en guerre. À Tunis, ils ont même fait monter les enchères à 6000 dinars (environ 3000 euros ) le mètre carré pour les locaux commerciaux bien placés. Avant ces emplacements ne dépassaient jamais 5000 dinars (l'équivalent de 2500 euros).

Pour les étrangers, comment acheter en Tunisie dans de bonnes conditions?

Il y a plusieurs règles à suivre, celles-ci n'étant pas exhaustives. Il faut veiller à ce que le terrain soit immatriculé : le mieux est de passer par un avocat (équivalent aux notaires en France, NDLR); Si le vendeur est un promoteur, exiger une caution bancaire pour les avances consenties : si le vendeur fait faillite, ou si les délais ne sont pas respectés, la banque est obligée de rembourser l'acquéreur; La promesse de vente doit être rédigée parun avocat. Il faut savoir aussi qu'un étranger qui achète en Tunisie, à moins qu'il n'habite dans le pays, devra recevoir une autorisation de la Banque centrale du pays, qui vérifie la situation pénale de l'acquéreur notamment. Or, celle-ci est livrée une fois que le cadastre est effectué. Autrement dit, si un acquéreur se voit refuser l'autorisation, il devra quitter l'appartement. Il sera évidemment reboursé.

La rentabilité est-elle si forte qu'on l'entend?

Disons que si on achète intelligemment, on peut facilement faire 7, 8 voire 10% de rentabilité pour un investissement locatif. Malgré la révolution, les promoteurs continuent de vendre des projets sans avoir à les brader. Sur les dix dernières années, les prix du neuf ont grimpé de moitié dans certaines zones du Grand Tunis (Marsa, Berges du Lac, Ennasr) et, dans les villes balnéaires comme Hammamet et Sousse. Aujourd'hui, les prix du foncier se trouvent déconnectés du niveau de vie moyen de la population. Les prix au mètre carré vont faire une pause maintenant. À Tunis, il faut compter entre 500 et 1250 euros; c'est à Sousse que les prix ont le plus augmenté, on ne trouve plus rien en deça de 800 euros le m²; à Hammamet, prévoyez dans les 600 à 1000 euros, et à Djerba, dans les 500 euros. En général, les Français investissent dans les 50.000 à 100.000 euros pour des appartements neufs.

Comment s'assurer de bien louer une fois qu'on a acheté?

Justement, c'est la partie la plus difficile, surtout quand on est loin. Souvent, les investisseurs choisissent de mettre le bien en gestion locative. Mais l'efficacité n'est pas garantie et c'est ce qui les refroidit. J'ai personnellement fait les frais de cette méfiance et c'est pour cela que je me suis associé avec Swixim, une société suisse de courtage en immobilier, qui inclut dans ses contrats une garantie de bonne fin - si le bien n 'est pas livré, l'assurance rembourse - et une garantie à la renvente - quand un propriétaire veut revendre, on a six mois pour le faire, sinon, c'est l'assurance qui paie.

LIRE AUSSI :

» DOSSIER SPÉCIAL - Les révoltes dans le monde arabe

» La révolte arabe et le péril économique

» Les pays arabes en manque d'investissements

» La Tunisie, arrière-cour des anti-Kadhafi

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant