L'immobilier se convertit au Web 3.0

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Avec les nouvelles technologies, les promoteurs et les agences immobilières changent leurs méthodes de vente.

Longtemps, l’immobilier, réputé pour son conservatisme, est resté à l’écart de la révolution technologique. Mais, aujourd’hui, il rattrape son retard à toute vitesse et se convertit avec gourmandise au Web 3.0. Un changement impulsé par les clients. «Aujourd’hui, plus de 90 % des ménages qui cherchent un logement neuf font leur première recherche sur Internet avec plus de 50 % de connexions effectuées sur smartphone ou sur tablette, affirme William Truchy, directeur général de Kaufman & Broad. Du coup, on ne peut plus vendre des appartements ou des maisons comme il y a vingt ans.» Première conséquence, tous les acteurs de la filière immobilière ou presque disposent d’un site en «responsive design». Traduction qui s’adapte automatiquement à tous les écrans (PC, tablette et mobile).

Par ailleurs, les gros promoteurs rivalisent d’imagination pour offrir sur les supports digitaux plus de renseignements. «Aujourd’hui, notre offre est mise à jour en direct. Nos internautes savent tout de suite quels sont les appartements disponibles, explique Nathalie Watine, directrice générale du logement chez Bouygues Immobilier. Par ailleurs, nous fournissons des informations sur le quartier où ils ont repéré un logement intéressant (le revenu moyen, la taxe d’habitation, le pourcentage de HLM…).»

Kaufman & Broad déploie actuellement un système de même nature qui permettra de connaître la réussite au bac dans les lycées avoisinants, la liste des restaurants sympa, la distance par rapport à la gare… Et la plupart des professionnels qui vendent des maisons et des appartements neufs ont un système de géolocalisation sur leur site qui permet de savoir à quelle distance se situent les principaux services (gare, école, commerces…).

Même chamboulement des méthodes de vente dans les agences immobilières qui vendent des appartements et maisons anciens. Quelques-unes, notamment dans les réseaux Orpi, ERA et Century 21, commencent à prendre des photos par drone. «Ces prises de vue aérienne ne présentent d’intérêt que pour des maisons haut de gamme avec jardin», tempère Bernard Cadeau, président d’Orpi. Mais cette approche devrait se développer si l’on en croit le fabricant français de drones, Parrot, qui va lancer une filiale spécialisée sur l’immobilier.

Nouveau aussi, quelques agences de Century 21, notamment celle de Maubeuge, envoient à des profils Facebook sélectionnés des petites annonces de biens qui peuvent leur convenir car ils sont dans leur ville et ont la taille adaptée à leurs besoins. «Nous croyons beaucoup à ces campagnes de pub ciblées, glisse Laurent Vimont, président de Century 21. Et nous allons en lancer aussi sur Twitter.» Les réseaux fondent également des espoirs sur les visites réalisées avec des casques de réalité virtuelle. «Nous proposons actuellement à nos franchisés de s’équiper de cette technologie, explique Éric Allouche, directeur exécutif d’ERA France. Cette approche permettra de gagner du temps. Et de faire visiter les biens uniquement à ceux qui sont vraiment intéressés.»

De nouvelles méthodes de vente qui ne remettent pas fondamentalement en cause l’utilité des agences immobilières. «Les propriétaires sont toujours contents d’avoir un lieu physique où ils peuvent passer pour savoir où en est la vente de leur bien et pas mal d’acheteurs découvrent encore dans la devanture de l’agence des appartements ou des maisons qui peuvent les intéresser», estime Laurent Vimont. En revanche, les bulles de vente où des commerciaux vantaient les mérites de programmes immobiliers neufs sont menacées par la digitalisation de l’offre. À la place, tous les promoteurs ou presque développent des lieux de vente plus grands où ils peuvent présenter plusieurs programmes à la fois avec les dernières technologies de pointe - notamment la visite immersive - et des experts en crédit immobilier. Bouygues qui en compte une quarantaine les a baptisés les B store, Kaufman & Broad les appelle les Boutik…

Grâce aux nouvelles technologies, les promoteurs font aussi évoluer leur offre, proposant de nouveaux services associés aux logements neufs qu’ils commercialisent. Les appartements de Bouygues sont connectés, permettant de piloter à distance le chauffage ou la lumière. «Sur certains biens, la serrure peut même s’ouvrir avec une empreinte digitale, ce qui évite aux enfants d’avoir leur clé autour du cou», résume Nathalie Watine. De son côté, Nexity propose de plus en plus souvent à ses clients des solutions d’autopartage. Ce promoteur teste aussi sur un programme immobilier neuf situé dans le XVIIIe arrondissement de Paris une plate-forme Internet baptisée Alfred qui jouera le rôle de majordome pour les propriétaires. «Cette appli permet notamment de suivre en temps réel la gestion de la copropriété, par exemple de savoir que l’ascenseur en panne ce matin est désormais réparé», illustre Jean-Philippe Ruggieri, directeur général du pôle logement de Nexity.

Le Web 3.0 peut aussi aider les promoteurs à boucler leur budget quand ils montent une opération. Grâce au financement participatif, des plates-formes Internet apportent aux promoteurs une partie des quasi-fonds propres indispensables pour lancer la construction d’un programme immobilier. Ainsi, Anaxago a collecté auprès de 50 particuliers 1,8 million d’euros qui ont permis au promoteur KaleLithos de construire 160 appartements à Montpellier et Toulouse. Avec des rendements importants (de 5 à 17 % pour ces investisseurs). Mais aussi des risques: si la commercialisation des biens prend du retard, les investisseurs doivent attendre pour toucher leur écot.

Les promoteurs, eux, y trouvent leur compte même s’ils doivent verser une commission assez importante - autour de 8 % des sommes apportées - à la plate-forme de « crowdfunding». «Cela permet de démultiplier le nombre d’opérations qu’on lance, explique l’un d’entre eux. C’est très utile dans la période de reprise de l’immobilier neuf que nous vivons.» Pour l’instant, seuls les promoteurs de taille moyenne recourent à ce système. Mais, là aussi, ce n’est que le début de l’histoire.

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