L'immobilier entrave la mobilité professionnelle

le
0
Une étude du Crédoc révèle que 70% des Français refuseraient une opportunité professionnelle si elle les obligeait à augmenter leur dépense de logement.
Le coût du logement est un critère déterminant pour les Français au moment d'accepter un emploi. Une étude du Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Crédoc) révèle que l'immobilier pèse si lourd dans le budget des ménage que «70% des actifs déclarent qu'ils refuseraient un emploi meilleur que celui qu'ils occupent actuellement si cela devait occasionner un déménagement conduisant à une hausse de leurs dépenses de logement (frais d'agence et de mutation, nouveau logement trop cher, etc.)».

Plus de la moitié (56%) des 2006 personnes interrogées à la demande du Medef -qui compte dans ses rangs des entreprises pénant à recruter - déclarent ainsi que ne pas être obligées de déménager est un critère «très important» dans le choix d'un nouvel emploi. Les experts du Crédoc soulignent à titre de comparaison que ces mêmes actifs ne sont que 48% à citer le montant de la rémunération comme un critère déterminant. «L'espérance de gain salarial ne semble pas compenser la crainte de devoir dépenser plus pour se loger et, finalement, beaucoup préfèrent ne pas bouger», affirme l'étude. Pire, Sur les 4,6 millions de chômeurs inscrits à Pôle Emploi, 500.000 - soit 11%- auraient renoncé à un poste ces cinq dernières années pour ne pas avoir à supporter un surcoût financier en matière de logement.

A l'origine de ce choix: deux réalités, intimement liées. La plupart des emplois est concentrée dans les grands centres urbains (77% selon l'Insee), tandis que les prix de l'immobilier explosent, du fait de la forte demande et de la pénurie de logements. «Une part croissante des salariés notamment au sein des classes moyennes — et des personnes en recherche d'emploi ne peuvent plus résider dans les centres-villes des grands pôles urbains parce que les loyers y sont trop élevés ou parce que les prix d'acquisition des logements dépassent leurs capacités financières», confirme l'étude. En conséquence, les temps de transport s'allongent, rendant difficile la conciliation entre vie privée et vie professionnelle. Ainsi, 7% des personnes en âge de travailler déclarent avoir dû renoncé à un poste en raison du temps de transport trop important.

L'obstacle de la propriété

Et la situation s'avère tout aussi difficile pour les ménages plus aisés, qui sont déjà propriétaires. L'enquête confirme que 80% d'entre-eux sont réticents à déménager. Une remarque déjà formulée dans les analyses macroéconomiques de l'économiste Andrew Oswald et de l'OCDE, qui montrent que les pays où le taux de propriétaires est plus important sont également ceux où le taux de chômage est plus élevé.

En conclusion, le Crédoc rappelle «la nécessité de prendre en compte la question du logement lorsqu'on s'intéresse à l'emploi», et que l'instauration de dispositifs d'aide au logement peut avoir un impact direct. A titre d'exemple, l'étude évoque l'aide d'Action Logement (anciennement «1% logement») financée par les entreprises pour leurs salariés. Si les experts du Crédoc affirment qu'une étude approfondie serait nécessaire pour évaluer précisément le dispositif, ils notent néanmoins que les résultats de l'étude montrent un effet positif sur la mobilité des salariés, et donc sur l'emploi. Une conclusion qui ne manquera pas de plaire au commanditaire de l'enquête. Le 18 juillet dernier, l'organisation patronale Medef se joignait aux syndicats de salariés pour dénoncer une ponction de 3,4 millions d'euros prévue par l'Etat sur les fonds d'Action logement.

 

LIRE AUSSI :

» Le rapport du Crédoc

» La hausse des loyers s'accélère

» Les logements neufs progressent moins

» À Paris, la barre des 8000 € le m2 en passe d'être franchie

» L'action de l'État sur le logement jugée insuffisante

 

 

 

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant