L'île de Jersey menace de prendre son indépendance

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L'île craint que Londres ne cherche à mettre un terme à sa fiscalité avantageuse. Mais être rattachée à la Couronne britannique lui procure une précieuse stabilité pour ses affaires.

Au large des côtes normandes, la petite île de Jersey compte au plus 98.000 âmes... mais aussi 45 banques et 33.000 sociétés selon les chiffres communiqués par son centre d'informations touristiques. Peut-être même jusqu'à 70.000 selon l'expert en fraude fiscale Eric Vernier. Le secteur financier représente plus de la moitié du PIB de l'île. Et Jersey y tient, quitte à menacer de couper les ponts avec le Royaume-Uni. Si l'île est dotée de son propre gouvernement et établit ses propres lois, son territoire appartient en effet à la Couronne britannique et elle est représentée internationalement par le Royaume-Uni.

Aussi, depuis que Londres, sous pression pour redresser ses comptes, cherche à maximiser ses recettes, Jersey s'inquiète. Sa fiscalité a fait son attractivité: un impôt à 20% sur les revenus réalisés sur le territoire et un autre, forfaitaire, de quelques centaines de livres pour les activités réalisés en dehors de l'île. Le manque de transparence de l'île est, quant à lui, régulièrement épinglé malgré des accords d'échanges d'informations signés avec de nombreux pays. L'île est même classée au septième rang mondial des paradis fiscaux selon le réseau Tax Justice Network.

Craignant que Londres décide d'agir contre la fiscalité avantageuse de l'île, des dirigeants de Jersey prennent les devants: «Je pense qu'on nous traite injustement», a déclaré Philip Bailhache, ministre-adjoint au premier ministre au Guardian . «L'île doit se préparer à se défendre et doit être prête à devenir indépendante, si cela était nécessaire dans les intérêts de Jersey.»

Le premier ministre prend ses distances

Dans le même temps, Jersey intensifie son lobbying à Londres, Washington et Bruxelles, rapporte le quotidien britannique. «Nous voulons instruire. Nous voulons expliquer ce que l'île fait, assure Philippe Bailhache. Nous comprenons que le Royaume-Uni cherche à percevoir autant d'impôts que possible, et ce n'est pas notre rôle d'aider les citoyens britanniques à éviter de payer leurs dûs.»

Jersey pourrait-il vraiment mettre fin à 900 ans de fidélité à la Couronne britannique? «Sur le papier, ils peuvent, note Eric Vernier. Leurs revenus sont suffisants. Mais ce ne serait pas logique, ils bénéficient des services publics du Royaume-Uni, comme la sécurité sociale et l'armée.»

Hier, le premier ministre de l'île Ian Gorst a pris ses distances avec l'hypothèse d'une indépendance: «Dépendre de la Couronne est très avantageux, a -t-il souligné, selon le Guardian . Cela sert à soutenir notre stabilité politique et juridique et ce lien avec Londres et les marchés est certainement utile au secteur financier.» Sur son blog, l'expert britannique en fiscalité Richard Murphy va plus loin: «sans le soutien de la Grande-Bretagne et ses garanties implicites, Jersey est juste une île de bandits où personne ne peut savoir ce qui va se passer. Et l'argent va ainsi repartir.»

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