L'Île-de-France arrête de financer les logements très sociaux

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L’objectif est de «lutter contre les ghettos». Elle concerne les communes qui ont déjà 30% de logements PLAI et PLUS (logements sociaux pour les classes moyennes et modestes).

Le Conseil régional d’Ile-de-France présidé par Valérie Pécresse (LR), a supprimé jeudi les aides aux logements «très sociaux» dans les communes qui en ont déjà beaucoup, pour «lutter contre les ghettos», une mesure controversée rejetée par l’opposition de gauche. Cette mesure dite «dispositif anti-ghettos», a été adoptée par 134 voix pour (la majorité LR-UDI-MoDem et le FN), et 63 contre (PS, EELV, FG, Radicaux de gauche).

Avec cette délibération, le Conseil régional met fin au financement des logements sociaux pour les ménages plus modestes (PLAI, dit logements «très sociaux») dans les communes qui ont déjà 30% de logements PLAI et PLUS (logements sociaux pour les classes moyennes modestes). Sur 1.300 communes franciliennes, 90 d’entre elles concentrent aujourd’hui 66% du parc social, a souligné Geoffroy Didier, vice-président chargé du logement, estimant «urgent de ne pas empiler de la pauvreté sur la pauvreté», et assumant «de vouloir briser la logique infernale des ghettos».

«70% des Franciliens sont éligibles à un logement social», a rappelé le PS, regrettant notamment l’usage du mot «ghetto» qui stigmatise les habitants. Valérie Pécresse a souligné que le Premier ministre Manuel Valls avait lui-même évoqué un «apartheid social, territorial et ethnique» dans les banlieues. «C’est à l’Etat de faire appliquer la loi SRU», a expliqué M. Didier, lors de présence de la ministre du Logement Emmanuelle Cosse, toujours conseillère régionale, dans l’hémicycle, après avoir brocardé son absence dans la matinée.

Avant même le débat, la mesure avait fait réagir hors hémicycle: pour Luc Carvounas, sénateur-maire d’Alfortville (Val-de-Marne) et vice-président de la Métropole du Grand Paris, «la construction de nouveaux logements repose déjà sur moins de 10% des communes franciliennes les plus populaires qui respectent les obligations légales». Il a appelé les maires d’Ile-de-France à la tête de ces communes à «se coordonner, quelles que soient leurs appartenances politiques, pour s’opposer à une décision totalement en décalage avec la réalité des habitants».

Pour Stéphane Troussel, président de la Seine-Saint-Denis, cette décision «risque surtout de diminuer encore plus le périmètre de logement accessible au plus grand nombre». Il estime qu’en Seine-Saint-Denis, cette suppression des crédits de la Région sur le PLAI dans les communes à plus de 30% de logement social correspond «à environ 1.500 logements construits en moins par an», et que «22 communes vont être punies par cette mesure». Geoffroy Didier a toutefois assuré que de nombreux maires des communes concernées réclamaient une telle mesure, citant notamment le député-maire de Sarcelles François Pupponi (PS), qui s’est dit, dans la presse, favorable à cette délibération.

La majorité du Conseil régional a salué de son côté une mesure «courageuse» et «attendue par les Franciliens». «Le trop plein de logement social est tout aussi répréhensible que le manque de logement social», a insisté Brice Nkonda, conseiller régional UDI. La Région a par ailleurs décidé de reprendre le financement, abandonné depuis 2014, du logement social intermédiaire (PLS, pour les classes moyennes moins modestes) et a ouvert aux enseignants d’IDF son contingent de logements sociaux, sous réserve d’une durée minimale de 5 ans en poste. Seule unanimité dans les débats, le Conseil régional a doublé le nombre de logements sociaux réservés aux femmes battues (de 50 à 100).

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  • ericlyon il y a 11 mois

    Bien sûr qui'il faut de la mixité sociale mais ce n'est pas une raison pour faire n'importe quoi sous ce prétexte.

  • ericlyon il y a 11 mois

    En même temps faire du logement social dans des quartiers où le m2 se vend entre 8000 et 25000 euros c'est du gâchis. Avec cet argent il serait possible d'en construire 10 fois plus.