L'idée d'une baisse de la production de l'Opep s'éloigne

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L'IDÉE D'UNE BAISSE DE LA PRODUCTION DE L'OPEP S'ÉLOIGNE
L'IDÉE D'UNE BAISSE DE LA PRODUCTION DE L'OPEP S'ÉLOIGNE

par Alex Lawler et Amena Bakr

VIENNE (Reuters) - L'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis (EAU) ont indiqué mercredi qu'elles n'interviendraient sans doute pas en faveur d'une modification majeure de la production de l'Opep lors de la réunion prévue jeudi, la Russie ayant refusé de participer à toute réduction des extractions.

Le baril de Brent a chuté de plus 30% depuis juin pour tomber sous le seuil des 80 dollars, victime de l'explosion de l'exploitation des schistes et du ralentissement économique mondial. Les marchés estiment que seule une révision des quotas de production pourrait enrayer la dégringolade des cours. De ce point de vue, la réunion de jeudi sera donc l'une des plus importantes de l'organisation ces dernières années.

Vers 16h20 GMT, le contrat de janvier sur le brut américain perdait 0,19% à 73,93 dollars et le Brent de la même échéance 0,14% à 78,22 dollars après avoir reculé de plus de 1%, en réaction aux derniers développements avant cette réunion.

Le ministre saoudien du Pétrole Ali al Naïmi a dit que Ryad s'attendait à une "stabilisation d'elle-même du marché à terme" mais a refusé de commenter les discussions qui ont eut lieu mardi avec l'Arabie Saoudite, le Venezuela et le Mexique et n'ont donné lieu à aucun accord.

Les Emirats arabes unis ont rejoint la position de l'Arabie saoudite en affirmant que les prix allaient bientôt se stabiliser et en invitant les pays non-Opep à prendre part à la régulation du marché.

"Ce n'est une crise qui nous oblige à paniquer (...) nous avons connu (des prix) bien plus bas", a déclaré à mercredi à Reuters le ministre du Pétrole des EAU Suhail bin Mohammed al-Mazroui.

Son homologue iranien Bijan Zangeneh a de son côté déclaré que certains membres de l'Opep, mais pas l'Iran lui-même, se préparaient à une bataille des parts de marché et a jugé nécessaire la participation des pays non-membres de l'Opep aux efforts de baisse de la production.

"La chose la plus importante pour nous tous est l'unité et la solidarité de l'Opep et dans cette situation, je pense que nous avons besoin de la contribution des pays non-membres de l'Opep pour réguler le marché", a-t-il dit à la presse.

Zangeneh a dit par la suite qu'il avait eu une réunion "excellente" avec son homologue saoudien. "Il y a unité au sein de l'Opep pour convenir que nous devons surveiller le marché attentivement et réagir en temps opportun", a-t-il dit, ajoutant que les positions de Téhéran et de Ryad étaient à présent "très proches".

BUDGET AVEC UN BARIL À $70

Le Premier ministre libyen non reconnu Omar al Hassi, qui entend envoyer son propre ministre du Pétrole à Vienne, a dit qu'il refuserait de se conformer aux décisions du cartel si l'accès à cette réunion lui était interdit.

Trois ans après la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye est plongée dans le chaos, avec deux gouvernements et deux parlements, diverses factions armées se disputant le pouvoir et le contrôle des ressources pétrolières.

De son côté, le ministre irakien des Finances Hochiyar Zebari a déclaré mercredi à Bagdad qu'il proposerait prochainement en conseil des ministres un projet de budget pour 2015 de 100 milliards de dollars sur la base d'un prix du baril de pétrole de 70 dollars et non plus de 80 dollars comme prévu le mois dernier.

"(...) Nous avons fondé nos projections (de budget) sur un baril à environ 70 dollars. Cela pourrait fluctuer; il n'y a pas d'assurances ni de garanties", a-t-il dit.

Parmi les membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, le Venezuela et l'Irak ont appelé à une réduction de la production. Le ministre saoudien du Pétrole Ali al Naïmi n'a fait aucun commentaire sur ce que ferait l'organisation.

La Russie, qui ne fait pas partie de l'Opep, produit 10,5 millions de barils de pétrole par jour (bpj), soit 11% de la production mondiale. Les participants de la réunion de mardi s'attendaient à ce que Moscou, qui souffre de la baisse des cours et des sanctions occidentales pour son rôle dans la crise ukrainienne, consente à réduire la production pour faire remonter les cours.

Mais Igor Setchine, à la tête du géant pétrolier russe Rosneft, a pris tout le monde de court en déclarant que Moscou ne baisserait pas sa production de brut même si le baril tombait à 60 dollars.

Le PDG de Rosneft a dit s'attendre à ce que les prix bas affectent davantage les pays producteurs aux coûts élevés, faisant allusion à l'explosion de la production de schistes aux Etats-Unis.

Beaucoup de membres de l'Opep ont été surpris par les propos d'Igor Setchine, semblant montrer que Moscou était prêt à une guerre de prix alors que la Russie a besoin d'un baril au-dessus de 100 dollars pour équilibrer son budget.

SCEPTICISME RUSSE

Mercredi, le ministre russe de l'Energie Alexander Novak avait déclaré que la production russe de pétrole serait l'an prochain à peu près du même niveau que celle de 2014. Il se disait également sceptique quant à l'éventualité de voir l'Opep réduire sa production jeudi.

Le délégué d'un petit pays de l'Opep avait dit également mercredi que la réunion de Vienne pourrait être prolongée de plusieurs jours afin d'arracher un accord. "Ils doivent s'entendre, même s'ils doivent rester ici pendant deux jours. C'est une question de vie ou de mort pour les budgets", avait déclaré le délégué.

Les pays de l'Opep produisent 30 millions de barils par jour (bpj), soit un tiers de la production mondiale. Les propres données de l'Opep montrent que l'offre dépassera la demande mondiale de plus d'un million de bpj au premier semestre de l'an prochain.

En privé, certains responsables saoudiens ont déclaré ces derniers mois que le royaume était préparé à résister à une baisse des prix jusqu'à 70 dollars le baril pendant une période prolongée.

Ces messages ont alimenté des théories du complot soutenant que l'Arabie saoudite cherchait à freiner l'essor du pétrole de schiste aux États-Unis, qui a besoin de prix élevés pour rester rentable, ou encore que Ryad voulait saper l'influence de Téhéran et de Moscou en raison de leur soutien à l'ennemi juré Bachar al Assad, le président syrien.

"Je pense que même l'Arabie Saoudite ne sait pas encore si une réduction peut être réalisée", a commenté Virendra Chauhan, analyste du think tank Energy Aspects.

(avec Rania el-Gamal et David Sheppard, Claude Chendjou pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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  • m.ramano le mercredi 26 nov 2014 à 18:10

    Avez vous remarqué quelque chose à la pompe