L'huile d'olive «made in France» menacée par une mouche

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Les oliveraies de Provence ont été infectées par la «bactrocera oleae» qui a détruit jusqu'à 80% des récoltes. Les producteurs étrangers devraient en profiter.

Une mouche a suffi à ébranler toute une profession. La «bactrocera oleae» dite mouche de l'olive, a ravagé les oliveraies du bassin méditerranéen cette année, menaçant la production d'huile d'olive. Alors que les prévisions faites au printemps atteignaient 5000 tonnes d'olives, les professionnels ne sont même plus sûrs de pouvoir récolter 1500 tonnes, selon l'Association française Interprofessionnelle de l'Olive (Afidol).

L'hiver doux et l'été pluvieux ont favorisé l'éclosion de la bactrocera oleae qui a détruit les fruits. Les olives infectées sont tombées au sol, laissant les arbres dépouillés. «Nous avons à faire à une situation de crise que nous n'avons plus connue depuis 1956», constate Olivier Nasles, président de l'Afidol. Cette année-là avait été marquée par un gel hivernal qui avait détruit la majeure partie des oliveraies.

Pour sauver la récolte 2014, les olives encore indemnes ou à peine piquées par la mouche ont été ramassées très tôt dans la saison (début octobre au lieu de novembre). Mais, n'étant pas alors à maturité, leur rendement est moindre. Même dans les oliveraies les moins touchées, la production d'huile est inférieure aux années précédentes.

«Peut-on imaginer, au XXIe siècle, perdre 80 à 90% d'une récolte nationale à cause d'une mouche bien connue depuis 50 ans?», s'indigne Olivier Nasles. Ce dernier met en cause la réglementation actuelle qui n'autorise que «deux traitements insecticides» alors qu'il en faudrait selon lui «six à huit sur la période» suivant l'attaque de la mouche.

La multiplication des traitements préventifs à l'argile blanche n'a généralement pas suffi à éviter la catastrophe. «Même ceux qui ont été traités ont été touchés», assure une responsable d'un moulin coopératif à Mouriès, dans les Bouches-du-Rhône. Aux Beaux-de Provence, où l'huile d'olive d'appellation d'origine protégée (AOP) est particulièrement réputée, Jean-Benoît Hugues, propriétaire du moulin Castelas fait le même constat: une récolte «catastrophique», passée de 150 tonnes d'olives en 2013 à 35 cette année malgré neuf traitements à l'argile blanche.

l'huile d'olive concurrente débarque

Par ricochet, la crise affecte l'activité des 250 moulins de la filière, privés ou coopératifs regroupant 30.000 oléiculteurs professionnels ou amateurs, concentrés dans le sud de la France. Tous envisagent une perte de gain conséquente car «on ne peut pas beaucoup jouer sur les prix qui sont traditionnellement élevés», selon le porte-parole de l'Afidol, Olivier Roux. Des moulins seront forcés de fermer en avance, entraînant des problèmes de trésorerie. «La mouche a ébranlé la profession, on a un accident, cet accident peut nous tuer», résume Jean-Benoît Hugues.

Les professionnels craignent surtout la concurrence. L'huile d'olive moins coûteuse, originaire de Tunisie, Maroc, Italie et Espagne, risque de remplacer l'huile française dans les rayons. «Faut-il encore que le consommateur soit assuré de son origine», prévient Jean-Benoît Hugues. «À partir du moment où l'étiquetage est conforme, il n'y a pas de problème», juge Olivier Roux. «Mais cela pose un problème pour l'image de la profession», concluent Katia et Frédéric Ratto, oléiculteurs à Cucuron.

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