L'horloger suisse Patek Philippe veut stabiliser sa croissance

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PATEK PHILIPPE VEUT STABILISER SA CROISSANCE
PATEK PHILIPPE VEUT STABILISER SA CROISSANCE

BÂLE (Reuters) - Patek Philippe, une des plus prestigieuses marques de montres en Suisse, prévoit d'augmenter sa production cette année, mais compte limiter les recrutements et les projets d'investissement, s'inscrivant à contre-courant de l'industrie horlogère, a dit mercredi son président.

Thierry Stern entend désormais stabiliser la croissance, après une année durant laquelle cette maison indépendante a consenti d'importants investissements et recruté 135 personnes, portant les effectifs à environ 2.000 employés au niveau mondial.

"Cette année j'aimerais bien calmer les choses. Je pense qu'aujourd'hui on est assez nombreux et que nous avons assez d'outils pour fonctionner sans avoir systématiquement à recruter une personne en plus", a-t-il déclaré à Reuters lors d'un entretien, à l'occasion du salon horloger qui ouvrira ses portes au public le 8 mars.

"Je veux m'assurer que la situation reste saine", a ajouté Thierry Stern, qui représente la quatrième génération aux commandes de cette société familiale.

Pour 2012, la société basée à Plan-les-Ouates, le coeur de l'industrie horlogère genevoise, n'a pas non plus de projets d'investissements "foudroyants", a-t-il précisé.

Cette stratégie s'inscrit à contre-tendance de nombre de concurrents au sein l'industrie horlogère, qui se voit forcés d'augmenter fortement les investissements dans les capacités de production depuis que les autorités de la concurrence suisses ont autorisé Swatch Group, le premier fabricant de mouvements et de composants horlogers, à réduire les livraisons aux tiers.

"Beaucoup de sociétés sont en retard dans leurs investissements et ont intérêt à renforcer les outils de production. Mais ce sont des choses que nous avons déjà fait", a-t-il expliqué.

Patek Philippe, dont les prix des montres débutent à 10.700 francs suisses mais peuvent se vendre au-delà d'un million de francs, fabrique ses propres calibres, mais dépend néanmoins de Nivarox, une filiale de Swatch Group, pour son approvisionnement sur certains composants.

Nivarox dispose d'un quasi-monopole sur l'échappement, un ensemble de composants incontournables à la fabrication de montres.

Dès 2005, la société avait déjà mis en place des solutions, s'associant à Swatch Group et à Rolex pour développer un nouveau type d'échappement en silicium.

"Aujourd'hui, nous pouvons produire environ un tiers des montres avec cette technologie", a ajouté Thierry Stern, qui s'est dit peu inquiet pour son approvisionnement sur les échappements standards.

PRUDENCE SUR LA CHINE

Le président de Patek Philippe s'est montré confiant pour sa marque en 2012, soulignant que la société produit des quantités relativement restreintes et ne parvient toujours pas à répondre à la demande.

Cette année, la maison prévoit de fabriquer 50.000 pièces contre 45.000 pièces en 2011.

Thierry Stern s'est néanmoins dit "vigilant" sur la Chine.

"Pour l'instant, la demande est toujours là mais on parle néanmoins d'un ralentissement qui pourrait affecter certaines marques", a-t-il déclaré.

Lundi, le Premier ministre chinois a ramené l'objectif de croissance de 8% à 7,5% pour 2012, afin de laisser à l'économie davantage de marge de manoeuvre pour ralentir si nécessaire.

Alors que nombre d'horlogers suisses ont multiplié les ouvertures de boutiques en Chine, Patek Philippe a toujours veillé à ne pas trop dépendre de ce marché, a rappelé son président.

Patek Philippe, qui ne dispose que de deux magasins dans le pays, réalise un tiers de ses ventes en Asie, contre 15% aux Etats-Unis et 44% en Europe.

Thierry Stern s'est néanmoins montré positif pour les Etats-Unis, "un marché où les ventes sont pratiquement revenu à leur niveau d'avant la crise", a-t-il indiqué.

Dans une note publiée lundi, Jon Cox, analyste chez Kepler Capital Markets a relevé ses prévisions de croissance pour l'industrie horlogère suisse, mettant en avant la bonne tenue du marché américain pour les montres suisses.

Le président de Patek Philippe s'est également montré rassurant sur l'Europe, où les ventes des horlogers ont pour l'instant bien résisté à la morosité du climat de consommation grâce aux flux de touristes des pays émergents.

"On a appris à être méfiant sur l'Europe. Mais pour une marque comme Patek Philippe, qui a une forte image, cela marche toujours", a-t-il déclaré.

Patek Philippe est la marque la plus appréciée des collectionneurs dans les salles des ventes. Le record absolu aux enchères se situe à 6,6 millions de francs pour une montre vendue en 2002 chez Antiquorum, une salle des ventes genevoise spécialisée sur l'horlogerie.

Non cotée, la société Patek Philippe ne communique pas son chiffre d'affaires. Selon les estimations de Vontobel, les ventes avoisinaient 970 millions de francs en 2010 pour une production de 42.000 montres.

Nathalie Olof-Ors, édité par Benoît Van Overstraeten

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