L'extra-financier est un bon indicateur avancé de la pérennité des cash flows d'une entreprise

le
0
(NEWSManagers.com) -

NewsManagers: OFI Private Equity Capital est la première société de private equity en France à avoir fait évaluer sa performance extra-financière sur la base des critères ESG. Pourquoi intégrer ces critères dans le private equity, plutôt tourné vers l' optimisation financière?

Olivier Millet:
Pendant de nombreuses années, la logique financière a dominé l' industrie du private equity. Les quelque transactions qui ont pu défrayer la chronique ces dernières années sont cependant les arbres qui cachent la forêt. Elles ne sont pas représentatives de notre profession et de l' univers dans lequel nous investissons, car il s' agissait surtout d' ailleurs de grosses opérations associant un fort levier de dette. On n' observe pas les mêmes dérives sur les small caps qui sont notre périmètre d' intervention. Payer cinq à six fois une entreprise qui fait des bénéfices ne me semble pas excessif. Notre environnement économique a beaucoup changé, de nouvelles règles de comportement émergent. Prendre en compte les critères ESG s' inscrit dans une démarche de progrès. Nous sommes convaincus qu' il est possible de combiner performance financière et performance extra-financière.

NM: Comment caractériser alors votre démarche?

OM:
En tant qu' actionnaire majoritaire, nous avons une vision sur cinq à dix ans avec une logique plus patrimoniale et industrielle que financière. Notre statut d' entreprise cotée, à l' image des holdings diversifiées, nous permet de déployer une stratégie industrielle de long terme. Nous sommes dans l' hypersélection des entreprises que nous accompagnons. Nous investissons dans des entreprises souvent leaders dans leur marché, avec peu d' endettement et qui souhaitent progresser en matière de développement durable. Depuis 2008, nous les accompagnons dans cette démarche en les sensibilisant dans un premier temps puis en quantifiant les enjeux au travers d'un premier bilan développement durable ou un premier bilan carbone, qui constitue souvent un point d'entrée pédagogique très efficace. Nous essayons ensuite de structurer leur stratégie de développement durable en encourageant les actions et la réflexion à travers la création d'un comité dédié au développement durable. Ultime étape, nous aidons les entreprises à intégrer le développement durable au c?ur de leur stratégie de croissance et nous les inciterons à faire évaluer leur performance extra-financière.

NM: Vous estimez donc que la dimension développement durable va concerner tous les acteurs économiques, y compris ceux les plus éloignés a priori d'une telle démarche ?

O.M. :
Parallèlement à mon métier de capital investisseur, j' ai lancé en 2006 " Capitalisme Durable" , une sorte de " think tank" dédié à la promotion d'un capitalisme tenant compte des enjeux du développement durable. Cet observatoire m' a permis de voir que les lignes bougeaient et que l' extra-financier avec les problématiques du développement durable allaient peu à peu occuper le devant de la scène. Ce temps d' avance nous a permis d' intégrer ces enjeux dans le déploiement de notre stratégie de développement au sein d' OFI Private Equity. En France, nous sommes le premier acteur du capital investissement à avoir signé l'an dernier les PRI, les principales de l'investissement responsable de l'ONU. Et tout indique que de nouvelles règles de comportement sont en train d' émerger pour devenir petit à petit la norme, sous la pression du législateur, des investisseurs institutionnels français et surtout étrangers, des associations de consommateurs et de l' opinion publique. Aux Etats-Unis, les grosses capitalisations sont en train de s' emparer du sujet. En Europe, ce sont plutôt les small caps qui poussent à la roue. L' Afic a d' ailleurs créé un groupe de travail sur l' extra-financier qui doit présenter à la rentrée de septembre, un Livre Blanc sur le sujet.

NM: Pour une petite société, l' intégration de ces nouveaux enjeux doit avoir un coût?

O.M. :
Le coût n' est pas un obstacle. Nous avons d'ailleurs systématisé cette démarche dans les entreprises dont nous détenons la majorité du capital. Certaines étaient sceptiques au départ mais elles ont bien compris l' intérêt de mettre en place une stratégie ESG dans une perspective de bonne gestion, de compétitivité et de motivation de leurs équipes. Faire du développement durable peut aussi consister à remettre de l' équilibre là où il y a des déséquilibres. Et là on voit bien que le financier n' est pas antinomique avec l' extra-financier. Bien au contraire. Sur le moyen terme, l' extra-financier est créateur de valeur. Je suis même persuadé que l'extra-financier peut constituer un bon indicateur avancé de la pérennité des cash flows d' une entreprise.

NM : Et les résultats sont au rendez-vous ?

O.M. :
L'an dernier, malgré la crise, notre ANR a progressé de plus de 8% à 17,5 euros par action. Sur les dix sociétés de notre portefeuille, qui représentent au total un chiffre d'affaires de plus de 450 millions d'euros, seules deux n'ont pas respecté tous leurs " covenants" bancaires et un cas a été résolu rapidement. Les entreprises affichent une marge d' Ebitda de 17% en moyenne. Les différentes sociétés de notre portefeuille emploient quelque 2700 salariés. Nous venons d' annoncer une augmentation de capital de 35 millions d' euros qui va nous donner les moyens d' accompagner les entreprises de notre portefeuille et de saisir de nouvelles opportunités d' acquisitions. Nous espérons doubler de taille dans les trois à cinq ans et dégager un rendement moyen de l'ordre de 20% tout en continuant de déployer notre stratégie de développement durable?

info NEWSManagers

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant