L'exode syrien s'intensifie, réunion à l'Onu

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LES SYRIENS DE PLUS EN PLUS NOMBREUX À FUIR LEUR PAYS
LES SYRIENS DE PLUS EN PLUS NOMBREUX À FUIR LEUR PAYS

par Tom Perry

BEYROUTH (Reuters) - De plus en plus de Syriens fuient leur pays, ont rapporté vendredi des agences humanitaires des Nations unies, alors que le conflit qui oppose les forces gouvernementales aux insurgés depuis près de 18 mois continue de s'intensifier.

L'ancien Premier ministre syrien Ryad Hidjab, qui a fait défection le 6 août, est arrivé au Qatar pour discuter des moyens d'unir les efforts de l'opposition et d'accélérer la chute du régime de Bachar al Assad, a dit son porte-parole.

Plus haut responsable de l'administration syrienne à avoir fait défection, Hidjab est un sunnite, comme la grande majorité des insurgés. Bachar al Assad est essentiellement entouré d'alaouites, une branche du chiisme.

L'Iran, chiite et principal allié de Damas, a pour sa part qualifié l'insurrection syrienne de conspiration fomentée par les Etats-Unis et ses alliés régionaux pour détruire un "axe de résistance" anti-israélien formé de l'Iran, de la Syrie et du Liban, où le mouvement armé chiite Hezbollah est au pouvoir.

"Vous voulez un nouveau Proche-Orient? Nous aussi mais dans le nouveau Proche-Orient (...) il n'y a aura plus de traces de la présence américaine et des sionistes", a déclaré Mahmoud Ahmadinejad à Téhéran, dans un discours prononcé à l'occasion de la journée d'Al Qods, organisée chaque année pour exprimer le soutien du régime islamique iranien au peuple palestinien.

L'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, qui sont comme la Syrie à majorité sunnites, sont les principaux soutiens régionaux des insurgés syriens.

DÉPLACÉS

Plus de 250 personnes, dont 123 civils, ont été tuées en Syrie au cours de la seule journée de jeudi, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), un groupe proche de l'opposition basé en Grande-Bretagne.

Les combats font notamment rage dans la seconde ville du pays, Alep, dont les insurgés tentent de prendre le contrôle. Les troupes loyales à Bachar al Assad utilisent de plus en plus leur puissance de feu aérienne pour faire reculer les rebelles.

En conséquence, les Syriens sont toujours plus nombreux à se réfugier dans les pays frontaliers. Plus de 170.000 ont déjà été enregistrés en Irak, en Jordanie, au Liban et en Turquie, dit le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), mais le chiffre réel est probablement plus élevé.

La Turquie est devenue ces derniers jours une destination privilégiée des réfugiés, où ils sont déjà plus de 65.000 à s'être fait recenser, disent les autorités turques et le HCR.

Près de 1,2 million de Syriens ont également été déplacés à l'intérieur du pays, trouvant refuge dans des écoles ou d'autres bâtiments publics. La responsable des affaires humanitaires de l'Onu, Valérie Amos, a estimé jeudi à l'issue d'une visite sur le terrain de trois jours que quelque 2,5 millions de personnes avaient besoin d'aide en Syrie.

La situation humanitaire se détériore à mesure que les combats s'intensifient. Des civils se retrouvent privés de tout ravitaillement en vivres, de soins ou de tout autre secours. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a fait état d'une épidémie de diarrhée dans les zones rurales autour de Damas, où l'eau courante a été contaminée par des eaux usées.

IMPASSE

Des diplomates de l'ensemble des grandes puissances mondiales, des gouvernements arabes les plus importants et de la Turquie devaient se rencontrer vendredi au siège de l'Onu, à New York, pour discuter de la marche à suivre après l'échec des efforts de paix entrepris par la mission menée par Kofi Annan.

Un porte-parole de l'Onu a confirmé la nomination de l'expérimenté diplomate algérien Lakhdar Brahimi à la tête de la mission en remplacement d'Annan, qui avait annoncé sa démission il y a deux semaines.

"Il est clair que les deux camps ont choisi le chemin de la guerre, du conflit ouvert, et que l'espace pour le dialogue politique et l'arrêt des hostilités est à ce stade très, très étroit, mais cela ne veut pas dire que nous ne devons pas y prendre part", a estimé le sous-secrétaire général aux opérations de maintien de la paix de l'Onu, Edmond Mulet.

Le Conseil de sécurité des Nations unies reste, lui, dans l'impasse, puisque la Chine et la Russie continuent de s'opposer à la volonté des puissances occidentales de mettre la pression sur Bachar al Assad pour qu'il quitte le pouvoir, ou d'ouvrir la porte à une intervention armée.

Plusieurs pays du Moyen-Orient craignent également de voir le conflit s'exporter au-delà des frontières syriennes, tel le Liban, où un clan chiite a capturé une vingtaine de personnes en représailles à l'enlèvement de plusieurs de leurs proches par des insurgés syriens près de Damas.

Baptiste Bouthier pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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