L'exécutif tente de déminer le débat sur la compétitivité

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par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Englués dans un débat potentiellement explosif sur la compétitivité de la France, François Hollande et Jean-Marc Ayrault s'efforcent de contenir une offensive patronale sans équivalent depuis la mobilisation contre les nationalisations de 1981 et la semaine de 35 heures à la fin des années 1990.

Le président a promis lundi des décisions dès novembre sur tous les aspects de la compétitivité, y compris le coût du travail, sur lequel les organisations patronales et les chefs d'entreprises concentrent leur feu.

"Tout est mis sur la table", a-t-il déclaré à la presse après une rencontre avec les dirigeants du FMI, de la Banque mondiale, de l'Organisation mondiale du commerce, de l'OCDE et de l'Organisation internationale du Travail.

Pendant ce temps, le Premier ministre déjeunait à Matignon avec cinq grands patrons membres de l'Association française des entreprises privées (Afep) : Jean-Pierre Clamadieu (Solvay), Gérard Mestrallet (GDF Suez), Benoît Potier (Air Liquide), Philippe Crouzet (Vallourec) et Gilles Michel (Imerys).

C'est de cette organisation, qui fédère les PDG d'une centaine de grandes sociétés françaises, qu'est partie ce week-end la dernière salve en date, à une semaine de la remise d'un rapport très attendu sur le sujet par l'ex-patron de la SNCF et d'EADS, Louis Gallois, le 5 novembre.

Dans un courrier aux chefs de l'Etat et du gouvernement, l'Afep propose un "pacte" pour relancer croissance et emploi et demande à l'Etat 60 milliards d'euros d'économies sur cinq ans et 30 milliards de baisse du coût du travail sur deux ans.

L'Afep propose de financer ce transfert pour moitié par un relèvement de la TVA de 19,6% à 21% - ce que ce gouvernement de gauche, qui a abrogé la "TVA sociale" votée in extremis par la majorité de droite précédente, refuse d'envisager à ce stade - et pour moitié par la baisse des dépenses publiques.

PAS D'ULTIMATUM

Réponse lundi matin du ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, sur Europe 1 : baisser ainsi, même en deux ans, le coût du travail en France, serait "socialement" impossible et "économiquement" injuste, alors qu'un effort de 30 milliards d'euros est déjà prévu en 2013 pour ramener les déficits publics à 3% du PIB conformément aux engagements européens de la France.

Une position également défendue à l'Elysée, où François Hollande envisage un transfert progressif de cotisations sociales, réparti sur le quinquennat et financé par un cocktail de prélèvements qui pourrait éventuellement inclure une hausse de la TVA réduite sur la restauration.

Le président et son Premier ministre, comme les chefs d'entreprises membres de l'AFEP, s'efforcent néanmoins de garder un caractère civilisé à leurs échanges.

François Hollande a ainsi refusé lundi de voir dans l'appel de l'association un "ultimatum".

"Je ne sais si ceux qui ont lancé cet appel voulaient le mettre sous le terme 'ultimatum'. Je ne le crois pas", a-t-il déclaré. "En tout cas, s'ils m'avaient demandé conseil, je ne leur aurais pas donné celui-là, parce que nous sommes dans un moment où seul compte l'intérêt général."

"Ce n'est pas un ultimatum, une protestation ou une pétition", a pour sa part déclaré à Reuters le directeur général de l'Afep, François Saulmagnon. "Ce sont des propositions que nous souhaitons discuter avec le président et le gouvernement."

Même tonalité des patrons invités à la table de Jean-Marc Ayrault, dont Jean-Pierre Clamadieu s'est fait le porte-parole.

"Le dialogue a été franc et pragmatique avec l'envie de trouver des terrains d'entente", a-t-il résumé pour la presse.

INQUIÉTUDE GÉNÉRALE

Une tonalité sensiblement différente de celle du Medef, dont la présidente, Laurence Parisot, a décrété l'entreprenariat "gravement en danger" et rameuté derrière ce slogan la majorité des organisations patronales dans la foulée de la fronde des "pigeons" qui a fait reculer le gouvernement sur la question de la fiscalité sur les plus-values de cession d'entreprises.

Avant de rejoindre ses invités, Jean-Marc Ayrault avait balayé d'un revers de main l'idée d'une offensive concertée du patronat français pour faire pression sur le gouvernement.

"Il y a une inquiétude générale sur l'avenir du pays", a-t-il expliqué. "Donc il y a la conscience de quelque chose qui doit être fait pour redresser notre économie, la renforcer, et puis réussir à remettre sur les rails ce que j'ai appelé le nouveau modèle français. Ça ne se fait pas en cassant tout (...) Moi je dialogue avec tout le monde."

Son entourage insiste sur les points de convergence, comme les propositions de l'Afep en matière de relance de l'innovation ou de gouvernance des entreprises, plutôt que sur ce qui continue à diviser, comme la réduction massive du coût du travail ou l'exploitation des gaz de schiste.

Une présentation angélique récusée par Jacques Capdevielle, chercheur à l'Institut de Sciences politiques de Paris.

"Il y a un affrontement capital-travail qui n'est pas nouveau, qui est récurrent et une partie du patronat en profite pour se faire entendre et essayer de faire entendre son point de vue", a-t-il déclaré à Reuters. "C'est peut-être nouveau dans les formes mais ça a déjà existé dans le passé."

Avec Julien Ponthus, édité par Yves Clarisse

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