L'exécutif français prudent et vigilant après la victoire de Trump

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L'EXÉCUTIF FRANÇAIS PRUDENT APRÈS LA VICTOIRE DE TRUMP
L'EXÉCUTIF FRANÇAIS PRUDENT APRÈS LA VICTOIRE DE TRUMP

par Marine Pennetier et Jean-Baptiste Vey

PARIS (Reuters) - L'exécutif français oscillait entre prudence et mise en garde mercredi face à la nouvelle période "d'incertitude" géopolitique ouverte par la victoire de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine, quatre mois après l'onde de choc du Brexit.

François Hollande, qui s'était dit convaincu ces dernières semaines d'une victoire de la candidate démocrate Hillary Clinton, a adressé des félicitations mesurées au candidat républicain qui succédera en janvier à Barack Obama à la Maison Blanche.

"Je le félicite comme il est naturel entre deux chefs d'Etat démocratiques pour sa victoire", a déclaré le chef de l'Etat lors d'une déclaration à l'Elysée.

"Cette élection américaine ouvre une période d'incertitude (...) et j'engagerai sans tarder une discussion avec la nouvelle administration américaine", a-t-il poursuivi.

"Mais je le ferai avec vigilance et franchise car certaines positions prises par Donald Trump durant la campagne américaine doivent être confrontées aux valeurs et aux intérêts que nous partageons avec les Etats-Unis", a-t-il dit.

Sur Twitter, le Premier ministre Manuel Valls a fait montre d'une même réserve.

"‏Le peuple américain a fait un choix souverain. Cette nouvelle donne mondiale, il faut la regarder en face en restant fidèles à nos valeurs", a-t-il dit.

L'arrivée de Donald Trump à la tête de la première puissance militaire mondiale survient dans un contexte géopolitique tendu, marqué entre autres par la lutte contre l'Etat islamique et le conflit en Syrie qui attise les tensions entre l'Occident et la Russie.

Promettant tout au long de la campagne de "rendre sa grandeur à l'Amérique", l'homme d'affaires a esquissé plusieurs pistes en matière de politique internationale sans pour autant dévoiler ses intentions quant aux relations qu'il entendait nouer avec la Russie et la Turquie notamment.

Dans son discours de victoire mercredi, il a fait savoir qu'il s'entendrait "avec tous les pays qui veulent s’entendre avec nous".

"SOUS LE CHOC"

A Paris, on est "sous le choc", confie un diplomate français. Pour autant, impossible de dire à l'heure actuelle dans quelle mesure les propositions émises par Donald Trump en matière de politique étrangère vont être mises en oeuvre, ajoute-t-il.

Au cours d'une campagne marquée par des déclarations au vitriol, l'homme d'affaires a notamment appelé à démanteler l'accord "catastrophique" sur le nucléaire avec l'Iran, à mettre "KO" l'Etat islamique (EI), ou encore à annuler l'accord de Paris sur le climat.

"Que va devenir l'accord de Paris sur le climat ? Que va devenir l'accord sur le nucléaire iranien que Donald Trump veut remettre en cause?", s'est interrogé Jean-Marc Ayrault sur France 2. "Ce sont des questions essentielles, que nous posons déjà", a ajouté le chef de la diplomatie, tout en appelant à "garder son sang-froid."

"Les Etats-Unis sont nos alliés (...) et nous continuerons à travailler avec les Etats-Unis, mais dans la clarté", a-t-il dit. "Peut-être que Donald Trump a fait des promesses qu'il ne tiendra pas."

Un avis partagé par la ministre de l'Ecologie Ségolène Royal qui a estimé que le nouveau président américain ne serait pas en mesure de dénoncer l'accord de Paris sur le climat.

"Il ne peut pas empêcher sa mise en oeuvre, rappelons que, à l'heure où je vous parle, 103 pays ont ratifié, représentant 70% des émissions", a-t-elle dit sur RTL.

DEFI POUR L'EUROPE

Partisan du Brexit, Donald Trump a déclaré à plusieurs reprises que c'était à l'Europe d'assurer et de financer sa propre défense.

Dans un entretien au New York Times en juillet, il s'était notamment interrogé sur l’engagement systématique de son pays dans la défense de ses alliés de l'Otan et avait prévenu qu'il dénoncerait des traités jugés "défavorables".

"C'est un défi pour l'Europe ce qui est train de se passer dans ce monde d'incertitudes", a souligné Jean-Marc Ayrault. "Il faut surtout que l'Europe ne flanche pas (...) que l'Europe soit plus solidaire, soit plus active, soit plus offensive, ne serait-ce que pour se protéger."

"Plutôt que de baisser la tête, de se recroqueviller, il faut relever ce défi d'une Europe qui soit capable de mieux défendre ses citoyens, de mieux défendre ses intérêts", a-t-il ajouté.

Quatre mois après le Brexit, qui va se traduire par la sortie de l'UE de la Grande-Bretagne, puissance militaire dotée de l'armée nucléaire, "il y a suffisamment d'éléments pour considérer qu'il faut renforcer la Défense européenne", a estimé le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll.

(avec John Irish et Simon Carraud, édité par Sophie Louet)

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