L'exécutif coincé entre rigueur et impopularité

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PARIS (Reuters) - Sanctionné pour sa politique d'austérité, le couple exécutif subit un effondrement de sa popularité, au risque d'être incité à freiner les réformes structurelles et de nuire à la signature de la France que la rigueur budgétaire a permis de protéger.

La volonté affichée par le gouvernement de réduire les déficits publics s'est jusqu'ici révélée payante sur les marchés financiers, lui permettant de bénéficier de coûts de financement à des plus bas record pour la France.

Le choix de recourir principalement aux hausses d'impôts pour respecter l'engagement de ramener le déficit public à 3% du produit intérieur brut fin 2013 se révèle en revanche coûteux politiquement.

"Il y a un vrai malus à l'austérité budgétaire dont souffre le gouvernement", note Pierre-Olivier Beffy, responsable des études économiques d'Exane BNP Paribas, en soulignant qu'avec une amélioration de plus de 35 milliards d'euros du solde budgétaire pour l'année prochaine, ce gouvernement est en train de faire davantage que le précédent.

"Le choc fiscal a aiguisé l'insatisfaction à l'égard d'un exécutif auquel l'opinion reprochait déjà de n'avoir pas répondu à ses attentes primordiales en termes d'emploi et de pouvoir d'achat" renchérit Frédéric Dabi, de l'institut de sondage Ifop. Il relativise toutefois sa chute de popularité, évoquant une phase de stabilisation après un fort recul.

CERCLE VICIEUX

François Hollande enregistre le taux d'adhésion le plus faible d'un président sous la Ve République après moins de six mois de mandat, sur fond de cafouillages gouvernementaux à répétition et de flottements autour du thème de la compétitivité en plein ralentissement de la croissance.

"Le gouvernement est un peu pris dans un cercle vicieux : d'un côté il met volontiers en avant ses faibles coûts de financement sur les marchés et justifie les hausses d'impôts par la nécessité de les préserver. Mais de l'autre, les augmentations d'impôt sont très impopulaires et risquent de l'empêcher de faire les réformes nécessaires pour la croissance", juge Nicolas Bouzou, économiste du cabinet Asterès.

A l'issue des dernières adjudications de dette à moyen et long terme de la semaine dernière, le taux moyen de financement (toutes maturités confondues) de la France est tombé à un nouveau plus bas record de 1,93% selon les dernières données de l'Agence France Trésor (AFT), qui gère la dette de l'Etat.

Les perspectives de croissance comme les réformes structurelles sont toutefois perçues comme déterminantes aussi bien par les investisseurs internationaux, qui détiennent près des deux tiers de la dette publique négociable française, que par les agences de notation.

"Si la France n'est pas capable de faire des réformes, les investisseurs vont commencer à s'inquiéter et c'est là qu'on pourrait avoir des problèmes, beaucoup plus que sur le 3% de déficit", prévient Philippe Gudin de Vallerin, chef économiste Europe de Barclays.

"Le 3%, c'est une question totalement annexe, c'est ridicule d'accorder autant d'importance à cela", souligne-t-il. Pour lui, la vraie question est de savoir si la France va renouer avec la croissance et conduire les réformes qui ne l'ont jamais été, notamment sur la compétitivité et le marché du travail.

L'écart de rendement à 10 ans entre la France et l'Allemagne tombé la semaine dernière à 51 points de base, au plus bas depuis la résurgence de la crise des dettes souveraines de la zone euro au printemps 2011, a repris depuis 10 points de base.

L'agence de notation Standard & Poor's, qui a abaissé jeudi la note à long terme de BNP Paribas et la perspective des notes de dix autres établissements en citant l'augmentation des risques économiques pour le secteur bancaire français, a explicitement évoqué la possibilité de le faire aussi avec la note souveraine de la France.

S&P avait abaissé début 2012 à AA+ la note de la dette souveraine de la France, qui conserve la note maximale "triple A" auprès des deux autres grandes agences, Moody's et Fitch.

Les trois ont toutefois une perspective négative sur la dette française et ont toutes souligné l'importance qu'elles attachent à la mise en oeuvre de réformes structurelles dans leur appréciation de la solvabilité à long terme du pays.

Moody's a signalé qu'elle conclurait "dans les semaines à venir" une évaluation de sa note de la France.

UN NOUVEAU SCHRÖDER ?

L'effondrement de la popularité de François Hollande peut-elle le transformer en nouveau Schröder qui, se sachant politiquement condamné, avait mis en place des réformes structurelles qui lui valent aujourd'hui d'être admiré, s'interroge Pierre-Olivier Beffy en référence au chancelier social-démocrate allemand battu aux législatives de 2005.

"La réforme n'est pas l'idéologie du gouvernement et, pendant sa campagne présidentielle, François Hollande n'avait pas annoncé de grande réformes", rappelle toutefois Nicolas Bouzou. S'y ajoute le fait qu'il est très difficile de faire des réformes quand il n'y a pas de croissance économique.

Trois obstacles se conjuguent selon lui à la mise en oeuvre de réformes en France : l'absence de croissance, la popularité très faible de l'exécutif et un président qui ne s'est pas fait élire sur un programme de réformes importante.

Le gouvernement a toutefois ouvert plusieurs chantiers, de la négociation sur l'emploi au renforcement de la compétitivité.

"La compétitivité des produits français à l'étranger, l' efficacité du système administratif, la taxation de la rente improductive comme l'immobilier plutôt que de la richesse productive comme les entreprises ou l'efficacité énergétique sont autant de sujet politiquement et socialement sensibles", reconnaît Pierre-Olivier Beffy.

"Difficile de les attaquer sans être mis à terme au pied du mur par les Français ou les marchés" ajoute-t-il. A moins, bien sûr, que ce ne soit par les deux.

Marc Joanny avec Jean-Baptiste Vey et Raoul Sachs, édité par Yann Le Guernigou

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