L'exécutif assume un risque de léger dérapage budgétaire

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par Jean-Baptiste Vey

PARIS (Reuters) - Le gouvernement français semble assumer le risque d'un léger dérapage budgétaire cette année anticipé par de nombreux économistes, qui ne redoutent pas de réaction violente des marchés financiers si des réformes pour doper l'économie et réduire les dépenses sont mises en oeuvre.

Les députés d'opposition de la commission des Finances de l'Assemblée nationale ont sonné l'alarme mardi, estimant que le déficit public sera d'"au moins 4%" fin 2013, au lieu de 3,7%.

"Le gouvernement refuse de dire la vérité sur l'évolution de nos comptes publics", a dénoncé le président de la commission des Finances, Gilles Carrez (UMP), lors d'un point de presse.

Pour éviter ce dérapage et le risque qu'il ferait peser sur la crédibilité de la France vis-à-vis de ses créanciers, ces élus demandent au gouvernement d'accentuer nettement la baisse des dépenses publiques dans le cadre d'un budget rectificatif.

L'exécutif a de nouveau exclu d'actualiser son budget et assuré que les dépenses étaient bien tenues, sans nier que les recettes fiscales pourraient être inférieures aux prévisions.

"Je m'étais engagé à un programme d'économies pour les dépenses de l'Etat, cet objectif sera atteint", a dit le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, en reconnaissant qu'"avec une croissance faible, les recettes sont moindres".

Le ministre des Finances, Pierre Moscovici, avait auparavant assuré que "la dépense de l'Etat a été maîtrisée en 2012, elle sera maîtrisée en 2013". Il a exclu des mesures d'urgence pour ramener coûte que coûte le déficit à 3,7% du PIB cette année.

Gilles Carrez a brandi la menace d'une perte de confiance des investisseurs qui se traduirait par une hausse des taux d'emprunt de la France. Un risque nuancé par des économistes, qui insistent plutôt sur l'importance de poursuivre les réformes.

RISQUE LIMITÉ SUR LES MARCHÉS

"Il est très probable que les marchés ont déjà pris en compte un déficit autour de 3,8%-3,9%", explique Fabrice Montagné, économiste chez Barclays, jugeant que "l'impact sur les taux dépend plutôt de la crédibilité des gouvernements que du niveau du déficit à un moment donné".

Pour Denis Ferrand, directeur de l'institut d'études économiques COE-Rexecode, "le risque d'avoir un déficit supérieur à 3,7% est déjà plus ou moins entériné. Ce n'est pas à partir de là qu'on peut avoir une pression supplémentaire sur les taux d'emprunt de la France".

Les économistes jugent cependant que l'exécutif doit encore faire ses preuves sur la maîtrise des dépenses et les réformes susceptibles d'accroître la croissance de l'économie française.

"La priorité doit être sur les réformes, en particulier sur les retraites. C'est là que le marché attend la France", estime Michel Martinez, économiste à la Société générale.

"L'absence de réformes pourrait selon moi avoir plus de conséquence sur la partie longue de la courbe de taux que le non respect des déficits cibles à court terme", ajoute-t-il.

La France a bénéficié ces derniers mois de taux d'emprunt les plus bas de son histoire récente. Le rendement des obligations à 10 ans a toutefois nettement augmenté après les déclarations du président de la Federal Reserve américaine sur le futur ralentissement des mesures monétaires exceptionnelles, pour retrouver, à près de 2,5%, son niveau de l'été 2012.

Fabrice Montagné n'exclut pas une réaction négative des marchés - mais pas un choc - si un dérapage venait de l'absence de maîtrise des dépenses, estimant que c'est dans ce domaine que le gouvernement "souffre d'un déficit de crédibilité".

Du côté des partenaires européens de la France, la pression sur les objectifs de déficit s'est calmée, avec le report de deux ans par la Commission européenne de l'obligation pour le pays de ramener son déficit sous les 3%, à fin 2015. La Commission a parallèlement pressé la France de mettre en oeuvre davantage de réformes.

"L'enjeu fondamental, c'est : est-ce qu'on reste les bras croisés sur les enjeux de marché du travail, de réforme des retraites et surtout le niveau des dépenses publiques ?", estime Denis Ferrand.

Sur les réformes, "concernant le rythme, on s'attend à plus. Concernant le contenu aussi", déclare Fabrice Montagné, en citant "les hésitations permanentes sur la réforme des retraites et l'absence d'agenda sur la réforme des marchés de biens et services".

Edité par Marc Joanny

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  • santus le mardi 25 juin 2013 à 18:42

    4.2 en 2013 puis 4.8 ou 5 en 2014 puis : voir la Grèce depuis 5 ans

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