L'"exception culturelle" française gagne du soutien en Europe

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L'"EXCEPTION CULTURELLE" FRANÇAISE GAGNE DU SOUTIEN EN EUROPE
L'"EXCEPTION CULTURELLE" FRANÇAISE GAGNE DU SOUTIEN EN EUROPE

PARIS (Reuters) - La France a obtenu le soutien de la moitié des Etats membres de l'Union européenne pour exclure la culture d'un éventuel accord de libre-échange entre l'UE et les Etats-Unis, au risque de torpiller les négociations avant qu'elles aient commencé.

Les Vingt-Sept doivent se mettre d'accord à la majorité qualifiée avant le 14 juin sur un mandat de négociation à donner à la Commission européenne, qui les représentera dans les pourparlers en vertu de la politique commerciale commune.

La France, comme dans toutes les négociations commerciales jusqu'à présent, entend y préserver son "exception culturelle", qui lui permet de fixer des quotas de diffusion d'oeuvres européennes ou françaises à la radio et à la télévision.

Le rapport de Pierre Lescure sur le financement des contenus culturels remis à François Hollande lundi, qui propose notamment un taxe sur les smartphones et les tablettes, insiste sur la nécessité de maintenir cette "exception".

La France, a dit mardi la ministre du Commerce extérieur, Nicole Bricq, a réussi à convaincre une masse critique de pays européens de la suivre pour exclure la culture des futures négociations avec les Etats-Unis pour la création d'une immense zone de libre-échange entre les deux grands blocs commerciaux.

"On n'est pas isolés", a-t-elle dit lors d'une conférence de presse. "On peut raisonnablement s'attendre à ce que ce soit sorti. En tout cas, si ce n'est pas sorti, c'est clair, la France ne donnera pas son mandat a la Commission europeenne."

De fait, 13 ministres de la Culture de l'Union l'ont rejointe, et non des moindres, puisqu'ils représentent les pays les plus peuplés de l'Union européenne.

"TOUT SUR LA TABLE", DIT CAMERON

L'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, la Roumanie, la Pologne, la Belgique, la Bulgarie, Chypre, le Portugal, la Slovénie, l'Autriche, la Hongrie et la Slovaquie ont envoyé une lettre en ce sens à la présidence irlandaise de l'UE et à la Commission.

Ils défendront donc lors de la réunion des ministres de la Culture vendredi prochain à Bruxelles une position qui est aussi celle de la commission du Commerce du Parlement européen.

La Commission européenne souhaite en revanche ne rien exclure a priori pour éviter de réduire le champ d'une négociation qui pourrait, selon ses promoteurs, stimuler la croissance en libérant des milliards de dollars de commerce entre deux géants de l'économie mondiale.

Sortir la culture du champ des pourparlers risque de donner des arguments aux Etats-Unis pour en exclure les transports maritimes ou la régulation financière.

Lors d'une rencontre avec le président américain Barack Obama lundi à Washington, le Premier ministre britannique, David Cameron, fervent partisan du libre-échange total, a demandé que "tout soit sur la table" pour permettre un succès.

La puissante association américaine des producteurs de films a elle aussi exigé que l'audiovisuel ne soit pas exclu, tout en reconnaissant l'importance de la diversité culturelle.

D'autres dossiers risquent de poser problème, comme la propriété intellectuelle, l'accès aux marchés publics et les règles sanitaires, l'UE interdisant par exemple l'importation de viande américaine traitée aux hormones de croissance.

Nicholas Vinocur et Yves Clarisse, édité par Gilles Trequesser

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