L'ex-président tchadien Hissène Habré condamné à la perpétuité

le
0
 (Actualisé avec contexte, déclarations, détails) 
    DAKAR, 30 mai (Reuters) - L'ancien président du Tchad, 
Hissène Habré, a été condamné lundi à la réclusion criminelle à 
perpétuité par une juridiction africaine ad hoc qui l'a reconnu 
coupable de crimes contre l'humanité, de torture et de viols 
lors de la répression menée lorsqu'il était à la tête de son 
pays entre 1982 et 1990. 
    L'ancien président, poursuivi pour crimes de guerre, crimes 
contre l'humanité et actes de torture, était jugé depuis le mois 
de juillet par les Chambres africaines extraordinaires (CAE), 
juridiction spéciale à caractère international créée en février 
2013 dans le cadre d'un accord entre l'Union africaine et le 
Sénégal. 
    Arrêté en juin 2013, Hissène Habré est devenu le premier 
ancien chef d'Etat à être jugé "au nom de l'Afrique" par une 
juridiction africaine pour des crimes de guerre et crimes contre 
l'humanité.  
    Le dirigeant, qui réfute les accusations portées contre lui 
et qui a choisi d'observer le silence devant une juridiction 
qu'il récuse depuis le début du procès en juillet dernier, 
dispose de deux semaines pour faire appel. 
    Le verdict met fin à une procédure de 16 années menée par 
des victimes et des associations de défense des droits de 
l'homme pour traduire en justice l'ex-dirigeant tchadien 
renversé en 1990 par un coup d'Etat d'un de ses anciens 
conseillers, Idriss Déby, actuellement président en exercice. 
    "La condamnation d'Habré pour ces crimes horribles 
vingt-cinq ans après est une immense victoire pour les victimes 
tchadiennes", a commenté Reed Brody, membre de l'organisation 
Human Rights Watch, qui a participé aux enquêtes sur les crimes 
commis sous le régime d'Hissène Habré. 
    "Ce verdict constitue un puissant message selon lequel le 
temps est fini où les tyrans pouvaient martyriser leurs peuples, 
piller leurs ressources et s'enfuir à l'étranger pour y mener 
des existences luxueuses", a ajouté Reed Brody. 
     
    JUSQU'A 40.000 VICTIMES 
    La procédure et le verdict rendu lundi démontre que 
l'Afrique est en mesure de juger elle-même les dirigeants 
accusés de crimes et que le continent n'a pas à s'en remettre à 
la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye. 
    Les audiences du procès se sont focalisées sur la 
responsabilité d'Hissène Habré dans l'assassinat et la torture 
d'opposants politiques et de rivaux appartenant à d'autres 
ethnies. 
    Une commission d'enquête, créée par décret en 1990, a rendu 
en 1992 un rapport dans lequel elle estimait que plus de 3.800 
personnes avaient été victimes d'exécutions sommaires pour des 
motifs politiques mais précisait que, selon ses estimations, le 
bilan pourrait atteindre 40.000 victimes. 
    Ces évaluations se fondaient sur des documents de la 
Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), police 
politique chargée du renseignement et de la surveillance 
intérieure. 
    En 2001, Human Rights Watch avait mené une seconde enquête 
et mis au jour plusieurs milliers de documents abandonnés au 
quartier général de la DDS montrant qu'Habré était régulièrement 
informé de la situation des détenus politiques. 
    Au cours du procès, un expert graphologue a confirmé que des 
notes manuscrites retrouvées en marge d'un de ces documents 
étaient de la main d'Hissène Habré.   
 
 (Diadié Ba; Pierre Sérisier pour le service français, édité par 
Tangi Salaün) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant