L'ex-Premier ministre israélien Ariel Sharon sera inhumé lundi

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ARIEL SHARON SERA INHUMÉ LUNDI
ARIEL SHARON SERA INHUMÉ LUNDI

par Dan Williams

JERUSALEM (Reuters) - L'ancien Premier ministre israélien Ariel Sharon, qui a marqué l'histoire de son pays comme chef militaire autant que comme dirigeant politique, est décédé samedi à l'âge de 85 ans après huit ans de coma. Ses funérailles auront lieu lundi.

Victime en janvier 2006 d'une attaque cérébrale, il n'avait jamais repris conscience depuis. Il a succombé au centre médical Sheba, près de Tel Aviv, où il était soigné. Ses médecins avaient déclaré ces derniers jours que son état se dégradait rapidement et de manière irréversible.

Il sera inhumé lundi après-midi près de sa résidence, la "Ferme des sycomores", située dans le sud d'Israël, a déclaré samedi soir un responsable israélien.

Sa dépouille mortelle sera exposée dimanche au parlement à Jérusalem. Une cérémonie funèbre aura lieu lundi matin dans le bâtiment de la Knesset.

Parmi les dignitaires étrangers attendus aux funérailles figurent le vice-président américain Joe Biden, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov ou encore l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair, a dit le responsable.

Le président Barack Obama ne sera en revanche pas présent, laissant à son vice-président le soin de conduire la délégation américaine. De même, le secrétaire d'Etat John Kerry n'ira pas aux obsèques, "en raison de réunions déjà programmées à Paris sur la situation en Syrie et sur le processus de paix proche-oriental", a dit Jen Psaki, porte-parole du département d'Etat.

Le président israélien Shimon Peres, employant le surnom sous lequel était connu Ariel Sharon, a salué la mémoire du disparu : "Arik était un soldat valeureux et un homme d'Etat audacieux qui a beaucoup contribué à la sécurité et à la construction de l'Etat d'Israël".

"Arik aimait son peuple et son peuple l'aimait", a ajouté le chef de l'Etat. "Il ne connaissait pas la peur et n'a jamais craint de poursuivre un idéal."

Barack Obama a adressé ses condoléances à la famille Sharon et aux Israéliens en évoquant "la perte d'un dirigeant qui a dédié sa vie à l'Etat d'Israël". "Nous réaffirmons notre engagement inébranlable envers la sécurité d'Israël et notre attachement à la longue amitié entre nos deux pays et nos deux peuples", a-t-il ajouté.

En France, le président François Hollande a salué en Ariel Sharon "un acteur majeur dans l'histoire de son pays", rappelant qu'"après une longue carrière militaire et politique, il a fait le choix de se tourner vers le dialogue avec les Palestiniens".

Le Premier ministre britannique, David Cameron, a estimé qu'Ariel Sharon avait été "l'une des figures les plus importantes de l'histoire d'Israël", ajoutant qu'il avait "pris des décisions courageuses, contestées, en vue de la paix".

Après avoir été l'un des principaux chefs de l'armée israélienne, dans laquelle il avait combattu dès la création du pays en 1948, Ariel Sharon était devenu l'un des chefs de file de la droite israélienne, et à ce titre un fervent défenseur des implantations de colons dans les territoires palestiniens annexés.

UN "TYRAN" POUR LE HAMAS

Mais il restera aussi dans l'histoire de son pays comme l'initiateur de la décision unilatérale de retirer les troupes et les colons de la bande de Gaza en 2005.

Surnommé le "bulldozer" et réputé pour son appétit, cet ancien officier parachutiste avait vu sa carrière politique couronnée en 2001 par son élection à la tête du gouvernement.

Pour le camp arabe, il reste cependant comme le chef de guerre dont les troupes ont laissé les miliciens chrétiens libanais massacrer plusieurs centaines de réfugiés palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila en 1982.

Une commission d'enquête israélienne avait cité l'année suivante Ariel Sharon, alors ministre de la Défense, comme l'un des responsables indirects de ces massacres, ce qui l'avait contraint à la démission.

Les Palestiniens l'avaient ensuite accusé d'avoir déclenché l'Intifada en se rendant à la mosquée Al Aksa de Jérusalem, qui surplombe le mur des Lamentations.

Le gouvernement israélien actuel, dirigé par Benjamin Netanyahu, participe à des négociations sous l'égide des Etats-Unis avec l'autorité palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas mais les chances de succès de ces pourparlers sont jugées très minces.

"Le peuple palestinien se souvient de ce qu'a fait Sharon et de ce qu'il a essayé de faire à notre peuple et à son rêve de créer un Etat", a déclaré à Reuters Wael Abou Youssef, un haut responsable de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), dont est issu Mahmoud Abbas.

"En dépit des implantations et des guerres qu'il a lancées contre nous, ici et au Liban, et des crimes de guerre de Sabra et Chatila, Sharon est parti et le peuple palestinien reste sur ses terres."

Le retrait de la bande de Gaza en 2005, 38 ans après son annexion par Israël, a contribué à l'accession au pouvoir du Hamas, le parti islamiste opposé à Mahmoud Abbas qui prône la disparition d'Israël.

"La disparition de ce tyran nous rend plus confiant dans la victoire", a dit Abou Zourhi, porte-parole du Hamas. "Notre peuple ressent aujourd'hui un bonheur extrême avec la mort et la disparition de ce criminel, dont les mains étaient tachées du sang de notre peuple et du sang de nos dirigeants, ici et en exil."

Avec Nidal al Mougrabi à Gaza, Ali Sawafta à Ramallah, Jean-Baptiste Vey à Paris; Marc Angrand et Eric Faye pour le service français

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