L'ex-majordome du pape condamné à un an et demi de prison

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par Philip Pullella et Naomi O'Leary

CITE DU VATICAN (Reuters) - Le Vatican a jugé samedi l'ancien majordome de Benoît XVI coupable de vol aggravé et de divulgation de documents confidentiels et l'a condamné à une peine de dix-huit mois de réclusion.

Un porte-parole du Vatican a précisé que "le plus probable" serait que Benoît XVI accorde sa grâce à Paolo Gabriele. Il a assuré que le tribunal avait rendu son verdict dans une "indépendance totale".

L'avocate de Paolo Gabriele a déclaré à Reuters qu'elle considérait ce verdict comme "juste" et que son client ne ferait probablement pas appel.

Le parquet a accepté que l'ancien majordome purge sa peine dans le cadre d'une résidence surveillée dans son appartement du Vatican et non dans une prison italienne, comme cela est prévu par les accords bilatéraux entre les deux Etats, a précisé Cristiana Arru.

Elle a ajouté que son client était "serein" et "prêt à accepter toutes les conséquences" de ses actes.

"C'est un homme qui place sa vie entre les mains de la divine providence en premier lieu, puis en la justice des hommes. C'est un homme qui ne connaît pas la peur", a-t-elle dit.

Vêtu d'un costume gris, Paolo Gabriele n'a pas manifesté la moindre émotion à la lecture du verdict.

Auparavant, dans sa dernière déclaration au tribunal, il a affirmé d'une voix impassible qu'il avait agi en raison d'un amour "viscéral" pour l'Eglise et ses représentants et répété qu'il n'était "pas un voleur".

L'accusation avait requis trois ans de prison contre Paolo Gabriele, mais le jury, composé de trois juges, a estimé que celui-ci bénéficiait de circonstances atténuantes, en raison notamment d'un casier judiciaire vierge et parce qu'il a "reconnu avoir trahi la confiance du Saint-Père".

La défense de Paolo Gabriele, pour sa part, avait demandé au tribunal d'ordonner sa libération et que le chef d'accusation de "vol aggravé" soit requalifié en celui, moins grave, de "détournement".

"AGENT INFILTRÉ DE L'ESPRIT SAINT"

Agé de 46 ans, père de trois enfants, Paolo Gabriele, qui reconnaît les faits, a expliqué aux enquêteurs avoir voulu "créer un choc" pour "ramener l'Eglise dans le droit chemin". Selon lui, le pape n'était pas "suffisamment informé" de ce qui se passait au sein de l'Eglise catholique.

Parmi les documents que Paolo Gabriele reconnaît avoir transmis à un journaliste italien figurent des lettres adressées à Benoît XVI. Dans celles-ci, l'archevêque Carlo Maria Vigano, ancien secrétaire général du Vatican, juge que les relations d'affaires de l'Etat pontifical ont entraîné des comportements répréhensibles, en particulier de corruption.

Carlo Maria Vigano a depuis été nommé nonce apostolique (ambassadeur du Saint-Siège) à Washington, malgré sa volonté affichée de rester au Vatican.

Cette affaire du "VatiLeaks", comme l'ont surnommée les médias, a déclenché une crise au Vatican, sur fond d'affaires financières et d'âpres luttes de pouvoir.

Paolo Gabriele, qui se voit comme un "agent infiltré de l'Esprit Saint" chargé de lutter contre la corruption dans l'Eglise, avait été arrêté le 23 mai.

Un chèque de 100.000 euros à l'ordre du pape, une pépite d'or et un livre du XVIe siècle avaient été retrouvés à son domicile au cours d'une perquisition. Paolo Gabriele a assuré qu'il avait l'intention de rendre ces objets.

L'homme, réservé, était l'un des rares habitants - moins d'une dizaine - de la Cité du Vatican à posséder la clé de l'ascenseur donnant accès aux appartements privés du pape.

"Paoletto", comme l'appelait affectueusement Benoît XVI, aidait le pape à s'habiller, lui servait ses repas et l'accompagnait notamment lors de ses déplacements officiels à l'avant de la "papamobile". Il possède la double nationalité italo-vaticane.

Julien Dury, Guy Kerivel, Bertrand Boucey et Agathe Machecourt pour le service français

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