L'ex-homme de confiance de Liliane Bettencourt reste en prison

le
4
PATRICE DE MAISTRE RESTE EN DÉTENTION
PATRICE DE MAISTRE RESTE EN DÉTENTION

BORDEAUX (Reuters) - Le maintien en détention de Patrice de Maistre, ex-homme de confiance de Liliane Bettencourt mis en examen notamment pour un possible financement frauduleux de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, accentue les tensions politiques.

La chambre de l'instruction de Bordeaux a rejeté vendredi matin sa demande de remise en liberté après un court délibéré d'une demi-journée, tout en ordonnant un examen médical du suspect par un cardiologue afin de vérifier la "compatibilité de son état de santé avec la détention".

Ecroué à Gradignan (Gironde) depuis le 23 mars, Patrice de Maistre est poursuivi pour "abus de faiblesse et abus de biens sociaux", notamment, dans une enquête portant sur les ponctions opérées sur l'argent de l'héritière de L'Oréal, quinzième fortune mondiale selon le classement de Forbes.

Elle est sous tutelle depuis octobre après qu'une expertise médicale eut montré qu'elle était démente depuis au moins 2006.

Incriminé notamment pour deux retraits de 400.000 euros en espèces effectués en Suisse juste avant le premier tour de l'élection présidentielle de 2007, Patrice de Maistre, son ancien gestionnaire de fortune, n'a jusqu'ici pas fait de déclarations aux juges sur les bénéficiaires de cet argent.

Lors de l'audience publique jeudi devant la chambre de l'instruction, il est apparu très fatigué et c'est en sanglots qu'il a évoqué un "système" de retraits d'espèces massifs sur la fortune Bettencourt dont il ne serait pas responsable.

"Je n'ai rien fait de ce qui m'est reproché. Ce que je n'ai pas fait, c'est d'arrêter un système qui existait depuis quarante ans. Je ne comprends pas, ni de près ni de loin, pourquoi je dois être incarcéré", a-t-il dit.

REMISES D'ARGENT

Cette enquête judiciaire démarrée en 2007 à Nanterre (Hauts-de-Seine) et transférée fin 2010 à trois juges d'instruction indépendants de Bordeaux a mis au jour de nombreux soupçons de détournement de la fortune Bettencourt au bénéfice de personnes privées de son entourage ou d'hommes politiques.

Une autre remise en 2007 de 150.000 euros à Eric Woerth, alors trésorier de l'UMP et de la campagne Sarkozy, a amené la mise en examen de ce dernier en février. Les juges ont saisi ensuite les comptes de campagne de l'actuel chef de l'Etat.

Une commission rogatoire en Suisse revenue dernièrement au dossier a fait apparaître des retraits en espèces ordonnés par Patrice de Maistre sur la fortune Bettencourt en Suisse de quatre millions d'euros au total entre 2007 et 2009, dont deux retraits de 400.000 euros chacun au premier semestre de 2007, le 5 février et le 26 avril, deux dates proches du scrutin.

Le premier retrait précède de deux jours une rencontre Maistre-Woerth, a écrit le juge d'instruction Jean-Michel Gentil dans une ordonnance quand il a demandé et obtenu l'incarcération de Patrice de Maistre la semaine dernière.

"J'AI DIT OUI"

Par ailleurs, dans un carnet saisi par la police, François-Marie Banier, qui a bénéficié des largesses de Liliane Bettencourt en tant que confident, rapporte à l'autre date du 26 avril une phrase de la milliardaire: "De Maistre m'a dit que Sarkozy avait encore demandé de l'argent. J'ai dit oui".

De nombreuses dépositions d'employés ou ex-employés de la milliardaire de 89 ans, notamment celle de son ex-comptable Claire Thibout, assurent que de l'argent liquide était ordinairement remis à des responsables politiques par Liliane Bettencourt ou son mari André, mort en 2007.

La police a mis au jour des retraits réguliers en France pour des montants de centaines de milliers d'euros. Le juge Gentil a remarqué en outre dans son ordonnance demandant la détention de Patrice de Maistre que ces témoins parlent d'une visite de Nicolas Sarkozy à la milliardaire en 2007.

L'opposition somme Nicolas Sarkozy de s'expliquer. L'ex-juge et candidate écologiste Eva Joly l'a accusé jeudi de vouloir se faire réélire pour éviter toute poursuite grâce à l'immunité accordée par la Constitution au chef de l'Etat en exercice.

"Cela pose les questions de la sincérité du scrutin de 2007. Nicolas Sarkozy est cerné aujourd'hui par les enquêtes judiciaires, il y en quatre en cours qui sont très proches de lui et il ne s'explique pas, il se cache derrière l'immunité judiciaire, c'est un scandale", a-t-elle dit sur RMC et BFM TV.

Dans une interview publiée jeudi dans Le Monde, François Hollande estime que si les faits de financement illégal étaient avérés, "le candidat concerné (Nicolas Sarkozy-NDLR) devrait forcément en rendre compte".

Claude Canellas, avec Thiery Lévêque, édité par Yves Clarisse

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • M6486201 le vendredi 30 mar 2012 à 16:11

    Quand c'est quelqu'un de gauche qui est concerné il faut d'après lagardo respecter la présomption d'innocence tant qu'il n'y a pas de jugement. Quand c'est quelqu'un de droite il est automatiquement coupable! On voit ce que serait l'état PS si Porcinet venait à gagner! Heureusement c'est loin d'être fait, les Français ont plus de jugeote.

  • CDECHAMB le vendredi 30 mar 2012 à 14:31

    Oui mais il n'avouera pas avant les élections ! Intéret d'état sarkosien oblige !

  • uran le vendredi 30 mar 2012 à 13:37

    Au moyen age les juges pratiquaient la torture pour obliger à avouer. Maintenant ils pratiquent la détention préventive.

  • M1531771 le vendredi 30 mar 2012 à 13:09

    Il a joué..il a perdu...comme beaucoup d'autres....Maintenant va falloir assumer...!!! MDR