L'ex-dirigeant de l'UIMM défend une gestion "discrète"

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L'EX-DIRIGEANT DE L'UIMM DÉFEND UNE GESTION "DISCRÈTE MAIS PAS SECRÈTE"
L'EX-DIRIGEANT DE L'UIMM DÉFEND UNE GESTION "DISCRÈTE MAIS PAS SECRÈTE"

PARIS (Reuters) - L'ex-président de l'UIMM a défendu mardi une gestion "discrète" mais en aucun cas illégale des comptes de la fédération patronale lors du procès pour détournement de fonds présumé de plusieurs millions d'euros au profit de syndicats.

Costume impeccablement taillé et fines lunettes, Denis Gautier-Sauvagnac a voulu préciser la présentation des faits par la présidente du tribunal correctionnel de Paris, Agnès Quantin, qui évoquait la caisse Epim.

Constituée à la suite des événements de mai 1968 et approvisionnée par des cotisations des entreprises adhérentes de l'UIMM (Union des industries et des métiers de la métallurgie), cette caisse d'entraide professionnelle des industries et des métaux devait aider les groupes industriels en difficulté, notamment en cas de grève.

Denis Gautier-Sauvagnac est soupçonné d'avoir détourné l'utilisation des fonds de cette caisse, dont le montant avoisinait les 600 millions d'euros fin 2006.

"Rien n'interdisait à l'UIMM de faire ce qu'elle voulait des surplus existants du compte Epim", a déclaré Denis Gautier-Sauvagnac, qui comparaît aux côtés de huit autres ex-cadres de l'UIMM. "On n'arrêtait pas les comptes, on n'en parlait pas."

"L'UIMM n'est pas une entreprise. Quand j'étais chef d'entreprise, je couchais avec mon compte de résultats, mais (à l'UIMM) les aspects de comptabilité étaient relativement secondaires dans une maison comme la nôtre", a-t-il poursuivi.

Un peu plus tôt, le tribunal avait rejeté quatre questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) soulevées par deux avocats de la défense qui mettaient notamment en cause la légitimité des poursuites pour abus de confiance et travail dissimulé visant les prévenus.

ZONE DE NON-DIT

L'avocat de Denis Gautier-Sauvagnac, Jean-Yves Le Borgne, avait notamment invoqué la loi Waldeck-Rousseau de 1884, en vigueur à l'époque des faits, relative à la création des syndicats professionnels et qui ne leur imposait aucune obligation en matière de tenue et de publication des comptes.

"Je suis le premier à avoir nommé un expert comptable en 1995 parce que j'étais étonné de la façon dont fonctionnait le système comptable", a fait valoir mardi Denis Gautier-Sauvagnac, brossant le portrait d'une organisation où les versements en liquide étaient monnaie courante.

"En 2006, 2007 lorsqu'il s'est agi d'acheter l'immeuble d'à côté d'une valeur de 11 millions d'euros, personne à l'Assemblée générale ne s'est demandé d'où (ces millions) sortaient", a-t-il dit.

"Tout cela faisait partie d'une zone de non-dit mais ce n'est pas parce que l'on ne dit pas que ce n'est pas connu", a-t-il ajouté, citant son prédécesseur: "Ce n'est pas secret, c'est discret."

Ouverte en 2007 à la suite d'un signalement de la cellule anti-blanchiment de Bercy Tracfin, l'enquête porte sur la destination de 16,5 millions d'euros retirés en liquide entre 2000 et 2007 des caisses de l'organisation, l'une des plus puissantes fédérations du Medef, le patronat français.

Les enquêteurs ont cherché à savoir si ces fonds avaient pu servir à financer des confédérations syndicales et des organisations étudiantes mais se sont heurtés au silence des principaux protagonistes qui sont jusqu'à présent restés discrets sur la destination des fonds.

Pour justifier son silence, l'ancien "patron" de l'UIMM, qui a démissionné en octobre 2007 moyennant une indemnité de 1,5 million d'euros, a indiqué vouloir éviter "un grand déballage qui ne serait pas utile à notre pays".

Le procès doit durer jusqu'au 22 octobre.

Marine Pennetier, édité par Yves Clarisse

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