L'ex-directeur de la prison pour femmes de Versailles condamné

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DEUX ANS POUR L'EX-DIRECTEUR DE LA PRISON POUR FEMMES DE VERSAILLES
DEUX ANS POUR L'EX-DIRECTEUR DE LA PRISON POUR FEMMES DE VERSAILLES

par Marine Pennetier

VERSAILLES, Yvelines (Reuters) - L'ancien directeur de la prison pour femmes de Versailles (Yvelines) Florent Gonçalves a été condamné mercredi à deux ans de prison dont un ferme et 10.000 euros d'amende pour des relations intimes avec une détenue et des faveurs qu'il lui avait accordées en 2009-2010.

Après une journée d'audience et un délibéré immédiat, le tribunal correctionnel de Versailles l'a déclaré coupable de ces liens illégaux et de remise d'argent, de correspondance et de puces de téléphones portables à son amie.

Le tribunal lui a également interdit à vie l'exercice de toute fonction publique avec effet immédiat, même en cas d'appel.

Un gardien impliqué dans l'affaire, Olivier Pinson, a été condamné en outre à 18 mois de prison avec sursis dont neuf mois fermes, toujours avec une interdiction définitive identique de l'exercice de toute fonction publique, avec également effet immédiat.

La détenue, qui était mineure au moment des faits lui ayant valu son incarcération, a été condamnée à un an de prison dont quatre mois fermes.

Les trois personnes sont ressorties libres du tribunal, dans l'attente d'un éventuel appel, aucun mandat de dépôt n'ayant été prononcé.

Pascal Garbarini, avocat de l'ex-directeur, a estimé que le jugement était "particulièrement dur", du fait que selon lui son client avait ressenti un "amour sincère pour la détenue". Il se prononcera plus tard sur l'appel éventuel.

Au moment des faits, la jeune fille était incarcérée après avoir été mise en cause dans une affaire ayant suscité une vive émotion en France, l'enlèvement en 2006 en région parisienne d'une jeune homme de confession juive, Ilan Halimi, et sa mise à mort par le chef d'un groupe qui s'était baptisé le "gang des barbares".

La détenue, qui avait servi d'appât pour attirer Ilan Halimi dans un piège, a été condamnée à neuf ans de prison en première instance, comme en appel en 2010, peine qu'elle a purgée à la faveur de remises de peine. Elle comparaissait libre.

GONCALVES ADMET LES FAITS

A l'audience, l'ex-directeur et l'ancienne détenue se sont assis côte à côte avant que le président ne les sépare après avoir vu Florent Gonçalves adresser quelques mots à son ex-amie.

A la barre, l'ex-directeur, révoqué depuis juin de ses fonctions, a parlé d'une voix claire pour expliquer qu'il avait agi par amour pour la détenue.

"C'est une relation sentimentale qui s'est nouée dans un endroit où elle n'aurait pas dû se nouer", a-t-il dit. Le président l'interrogeait sur les raisons qui l'avaient poussé, selon son expression, à "passer de l'autre côté".

"Je considère avoir servi cette institution avec loyauté pendant près de 20 ans. Sur un élément qui n'a pas la portée qu'on a pu lui donner, j'ai été traité comme un paria, j'ai tout perdu", a-répondu l'ex-directeur.

Il a admis avoir eu des relations sexuelles avec la jeune détenue au sein de la prison à deux reprises et lui avoir transmis des puces de téléphones portables.

Sa liaison avait débuté en décembre 2009 lorsque la jeune détenue était venue dans son bureau lui avouer son amour, racontent les deux protagonistes. L'affaire avait été révélée par deux détenues à un représentant du Contrôleur général des lieux de privation de liberté venu en visite en novembre 2010.

Le procureur Naïma Rudloff avait requis trois ans de prison dont un an ferme contre l'ex-directeur, estimant que les faits dépassaient le cadre d'une relation sentimentale.

"On est loin de l'histoire d'amour comme les autres (...) Vous avez une autorité vous ne pouvez pas commettre de telles infractions", a-t-elle dit au prévenu.

Le parquet a estimé que la liaison avait mis en danger la maison d'arrêt en raison de l'influence que la jeune fille, surnommée par certaines détenues "madame la directrice" ou "la favorite" avait sur le directeur.

A l'audience, l'ex-détenue, en sweat-shirt noir, les cheveux en chignon, a déclaré : "je n'ai jamais cherché à séduire le directeur". Elle a refusé d'en dire plus, expliquant que les faits relevaient de sa vie privée.

Son avocate a estimé qu'elle n'avait rien d'une manipulatrice, comme le disait l'accusation, puisqu'elle était arrivée en France à l'âge de onze ans d'Iran et avait ensuite connu une vie difficile.

Marine Pennetier, édité par Thierry Lévêque

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