L'ex-chef de la sécurité chinoise arrêté pour corruption

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par Ben Blanchard PEKIN, 5 décembre (Reuters) - L'ancien maître de la sécurité nationale chinoise, Zhou Yongkang, a été arrêté par les services de police et exclu du Parti communiste pour des faits présumés de corruption et de diffusion de secrets d'Etat, rapporte l'agence de presse Chine nouvelle. Dans un communiqué diffusé par l'agence vendredi à minuit (heure locale), le polituro du PCC précise que la justice a été saisie des infractions reprochées à Zhou, ouvrant la voie à un procès. Zhou, 71 ans, est le plus haut dignitaire du régime chinois à être poursuivi depuis le début de la campagne de lutte contre la corruption lancée par le président Xi Jinping. Jamais depuis l'arrivée des communistes au pouvoir en Chine, en 1949, un responsable de son rang n'a été impliqué dans un scandale de corruption. L'enquête, qui a débuté en juillet dernier, "a révélé que Zhou avait gravement enfreint la discipline politique, structurelle et de confidentialité du parti", ajoute Chine nouvelle. "Il s'est servi de ses fonctions pour engranger des profits au bénéfice de tiers et a accepté personnellement ou par l'intermédiaire de sa famille d'énormes pots-de-vin", poursuit l'agence. Des membres de sa famille, des amis, des maîtresses auraient ainsi profité de cette manne au détriment de l'intérêt public. Reprenant une accusation fréquemment utilisée pour discréditer d'ex-responsables tombés en disgrâce, Chine nouvelle affirme que Zhou Yongkang a multiplié les adultères avec de nombreuses femmes et qu'"il a échangé son pouvoir contre du sexe et de l'argent". "Son comportement a nui gravement à la réputation du parti, provoqué des dégâts considérables pour la cause du parti et du peuple", dit encore Chine nouvelle. Les faits qui lui sont reprochés portent aussi sur la diffusion de secrets d'Etat ou de documents confidentiels du parti. "ZHOU VOULAIT ÊTRE CIXI" Zhou Yongkang, qui fut l'un des plus puissants dirigeants chinois dans les années 2000, a siégé au comité permanent du bureau politique du PCC, le plus haut niveau de pouvoir en Chine, et tenait les rênes de l'appareil de sécurité, l'un des postes les plus puissants du pays, jusqu'à sa retraite en 2012. Durant ses cinq ans à la tête de la sécurité intérieure, il supervisait les forces de police, les services de renseignement civils, la police paramilitaire ainsi que les juges et procureurs. Les dépenses de sécurité intérieure dépassaient alors celles de la défense. "Zhou voulait être Cixi", affirmait au printemps une source politique, en allusion à l'impératrice douairière qui exerça la réalité du pouvoir durant la majeure partie du XIXe siècle. (voir ID:nL6N0OB02Y ) Sa position s'est affaiblie durant le grand remaniement de la direction chinoise fin 2012 qui a propulsé Xi Jinping à la tête du pays. Depuis 2013, plus de 300 proches, alliés politiques, associés en affaires, subalternes ou employés de Zhou ont été arrêtés, placés en détention ou interrogés. Lui-même, d'abord assigné à résidence, n'a plus été vu en public depuis octobre 2013 à l'occasion d'une cérémonie d'anciens élèves de l'université chinoise du Pétrole à Pékin. A ce stade, rien ne dit que son procès sera public. Des experts judiciaires notent qu'un procès public comporterait, pour le PCC, le risque que Zhou dévoile des secrets d'Etat à l'audience. (Jean-Stéphane Brosse, Pierre Sérisier et Henri-Pierre André pour le service français)

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