L'évacuation de civils a commencé à Homs

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DÉBUT DE L'ÉVACUATION DES CIVILS À HOMS
DÉBUT DE L'ÉVACUATION DES CIVILS À HOMS

par Khaled Hariri

HOMS, Syrie (Reuters) - Des civils ont commencé vendredi à être évacués du centre assiégé de Homs, où une trêve de trois jours a été décrétée afin de permettre l'acheminement d'une aide humanitaire pour les habitants de cette ville parmi les plus dévastées de Syrie après quasiment trois ans de conflit.

Cet accord sur Homs, assiégée depuis plus d'un an par les forces de Bachar al Assad en raison de la présence de rebelles, est le premier résultat concret des discussions qui se sont ouvertes fin janvier à Genève entre le régime et des représentants de l'opposition.

Des autocars ont amené des dizaines d'habitants au visage marqué par l'épuisement, accompagnés de responsables du Croissant-Rouge arabe syrien, à des points d'accueil situés à l'extérieur de la ville sous la vigilance de militaires et de policiers.

Aux termes de cet accord, les femmes, les enfants et les hommes âgés sont autorisés à quitter Homs tandis qu'une aide humanitaire va pouvoir être distribuée aux habitants restant dans la vieille ville.

Le Programme alimentaire mondial (Pam) a précisé que ses camions étaient prêts à apporter samedi un mois de nourriture aux 2.500 personnes affamées piégées depuis des mois dans le coeur de la ville tenu par les rebelles.

Les autorités syriennes et les organisations humanitaires s'attendent à ce qu'environ 200 personnes fuient les quartiers contrôlés par les rebelles. Environ 80 personnes avaient été évacuées vendredi après-midi, a déclaré un responsable de l'Onu à la télévision syrienne. C'est la première fois depuis le début du siège que le Croissant-Rouge a pu se rendre dans le centre de Homs, a précisé cette organisation.

CENTRES D'ACCUEIL

Homs a été l'une des premières villes de Syrie à se soulever contre le régime de Bachar al Assad en mars 2011. A partir du moment où les manifestations et la répression du régime se sont transformées en conflit armé à travers le pays, le centre de Homs a été détruit, rue après rue, par les combats entre forces gouvernementales et rebelles cherchant à renverser le régime.

Le conflit a fait plus de 130.000 morts et six millions de déplacés ou réfugiés, soit le tiers de la population du pays.

Le gouverneur de Homs, Talal al Barazi, a déclaré que le premier groupe de personnes évacuées était composé d'enfants de moins de 15 ans, de femmes et d'hommes âgés de plus de 55 ans.

Il a précisé que des centres d'accueil avaient été installés pour leur prodiguer des soins, mais que les personnes évacuées étaient libres de leurs mouvements.

"Nous sommes prêts aujourd'hui à recevoir un nombre (de personnes) illimité, même s'il est supérieur à 400. Mais selon les déclarations des Nations unies hier, 200 personnes sont attendues, ça pourrait être moins", a dit Talal al Barazi.

"Nous espérons que cette première étape aboutira et se poursuivra demain et après-demain et ainsi de suite, pour assurer la sécurité de tous les civils qui souhaitent quitter la vieille ville", a le gouverneur à la télévision syrienne.

Un activiste présent dans la Vieille Ville de Homs a cependant déclaré que les personnes évacuées étaient amenées à Al Waar, un quartier à la limite nord-ouest de la ville où ont déjà fui de nombreux sunnites.

"Nous craignons fortement que certaines personnes qui arriveront à Waar aujourd'hui soient ensuite arrêtées par le régime", a dit Hassan Abouzaïn via Skype. "La nuit dernière, le régime a bombardé la vieille Ville et ce matin il a bombardé Waar, le lieu où ils placent ces gens en sécurité."

LA RUSSIE SATISFAITE, L'OCCIDENT PERPLEXE

Selon lui, un homme s'approchant du premier autocar permettant l'évacuation des habitants a été blessé par un tir de sniper issu des forces du régime.

Le gouverneur de Homs a précisé que des habitants chrétiens tentaient aussi de fuir la ville mais que les autorités n'étaient pas encore parvenues à leur ouvrir une voie de passage sûre pour quitter les quartiers de Hamadiya et de Boustane al Diouane.

La Russie, qui a soutenu et armé le régime syrien depuis le début du conflit, a qualifié l'accord sur Homs de "jalon". Des responsables de pays occidentaux hostiles à Bachar al Assad ont en revanche exprimé leur scepticisme, jugeant que le régime avait une obligation inconditionnelle de venir en aide aux civils sans en passer par des semaines de négociations.

"Le régime devrait laisser passer les convois d'aide humanitaire. Ensuite, la population décide de rester ou de partir", a déclaré Jon Wilks, représentant de la Grande-Bretagne auprès de l'opposition syrienne.

L'accès humanitaire à Homs et l'évacuation des habitants de la vieille ville ont été l'un des premiers thèmes abordés lors de la première séance de discussions à Genève fin janvier. L'objectif du médiateur international Lakhdar Brahimi est d'établir un minimum de confiance entre les deux camps avant de passer à une tentative de règlement politique du conflit.

Cet aspect politique, sur lequel les positions des rebelles et du régime sont pour l'instant inconciliables, doit être abordé à partir de lundi lors de la deuxième session des pourparlers à Genève. Le gouvernement de Bachar al Assad se rendra bien sur les rives du lac Léman lundi, a annoncé vendredi le vice-ministre des Affaires étrangères, Fayçal Mekdad, cité par les médias officiels.

Avec Alexander Dziadosz et Erika Solomon à Beyrouth, Stéphanie Nebehay et Tom Miles à Genève, Steve Gutterman à Moscou; Clémence Apetogbor, Tangi Salaün et Bertrand Boucey pour le service français

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