L'évacuation d'Alep au point mort, poursuite des négociations

le , mis à jour à 18:56
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    par Laila Bassam et Lisa Barrington 
    BEYROUTH/ALEP, Syrie, 17 décembre (Reuters) - Des 
négociations se poursuivaient samedi entre les rebelles syriens 
et le gouvernement de Damas sur l'évacuation des civils 
d'Alep-Est toujours suspendue en raison des demandes de milices 
chiites liées à l'Iran qui exigent la levée du siège de deux 
villages de la province d'Idlib. 
    Les organisations humanitaires, inquiètes du blocage 
provoqué, ont appelé les parties en présence à s'entendre le 
plus rapidement possible et à fournir des garanties sur les 
conditions de sécurité de cette évacuation. 
    Samedi en fin d'après-midi, alors que la nuit et le froid 
commençaient à tomber sur Alep-Est, aucun bus n'était entré ni 
sorti de l'enclave autrefois tenue par les rebelles syriens.  
    L'évacuation entamée jeudi avait été interrompue le 
lendemain en raison de demandes de forces progouvernementales 
chiites qui exigeaient le départ de personnes assiégées par les 
insurgés à al Fouah et à Kefraya, dans la province d'Idlib. 
    Un responsable rebelle al Farouk Abou Bakr, qui s'exprimait 
d'Alep sur la chaîne de télévision Arabiya al Hadath, a d'abord 
annoncé qu'un accord avait été négocié. 
    Celui-ci prévoyait l'évacuation des deux villages chiites, 
l'évacuation des personnes blessées de Madaya et Zabadani, deux 
communes bloquées par les forces progouvernementales près de la 
frontière libanaise, et l'évacuation totale de la partie est 
d'Alep. 
    L'information a été confirmée dans l'entourage du 
gouvernement syrien. "Il a été décidé de reprendre les 
évacuations d'Alep-Est en parallèle avec l'évacuation des cas 
(médicaux) de Kefraya et al Foua et de certains cas de Zabadani 
et Madaya", a confirmé une personne faisant partie de l'équipe 
de négociations pour le gouvernement syrien. 
    Le Hezbollah, milice chiite soutenant le régime d'Assad, a 
alors annoncé que des autocars avaient quitté Alep pour 
rejoindre al Foua et Kefraya où ils seront utilisés pour 
acheminer les civils quittant ces deux localités. 
    Toutefois en milieu d'après-midi, Mounir al Sayal, chef de 
l'aile politique du groupe Ahrar al Cham participant aux 
négociations avec le régime syrien, a annoncé que l'Iran 
entravait le processus, mettant comme préalable l'évacuation 
d'al Foua et de Kefraya. 
    "La Russie ne parvient pas à maîtriser les milices chiites 
dans Alep pour mettre en oeuvre l'accord et Moscou devrait se 
tenir à ses engagements", a-t-il déploré, précisant que les 
conditions météorologiques difficiles rendaient ces évacuations 
urgentes. 
     
    APPEL DES ONG 
    A Genève, le Haut commissariat de l'Onu pour les réfugiés a 
demandé une sortie sans entrave des civils d'Alep-Est ainsi que 
l'arrêt immédiat du conflit afin d'empêcher de nouvelles pertes 
humaines ailleurs dans le pays. 
    "Il y a un risque important que ces déplacements (de 
populations) et que les souffrances ne s'arrêtent pas et 
qu'elles se répètent ailleurs. Le conflit en Syrie doit 
s'arrêter maintenant et sans délai pour la protection des 
civils", a déclaré Filippo Grandi, Haut commissaire du HCR. 
    De son côté, le Comité international de la Croix-Rouge 
(CICR) a exhorté les parties en guerre à s'accorder rapidement 
sur un plan d'évacuation et a réclamé des garanties "solides" de 
sécurité. 
    "Nous sommes prêts à reprendre les opérations d'évacuation 
suivant notre mandat humanitaire. Mais nous attendons de toutes 
les parties sur le terrain qu'elles nous fournissent des 
garanties solides afin que les opérations puissent se 
poursuivre", a déclaré Marianne Gasser dans un communiqué 
diffusé depuis Alep. 
    Le CICR précise que des milliers de personnes apeurées et 
prises dans le froid, y compris des femmes, des enfants, des 
malades et des blessés, sont dans l'attente de quitter les 
quartiers orientaux de la ville. 
    "Les gens attendent de nous que nous poursuivions 
l'évacuation. Il est important que les parties sur le terrain 
fassent tout leur possible pour mettre fin à ce chaos", a ajouté 
Marianne Gasser, précisant que pour l'instant le CICR avait 
réussi à évacuer environ 10.000 personnes dont beaucoup étaient 
dans un état de santé grave. 
    Selon un responsable du ministère russe de la Défense cité 
par les agences de presse locales, l'évacuation des rebelles 
d'Alep ouvre de nouvelles possibilités de cessez-le-feu dans 
d'autres parties de la Syrie. 
    La confusion dans laquelle se fait l'évacuation d'Alep-Est 
est le reflet de la complexité de la guerre civile en Syrie dans 
laquelle sont impliqués, de chaque côté, de très nombreux 
groupes et intérêts étrangers. 
     
 
 (Moustafa Hachem au Caire et Laïla Bassam à Alep; Danielle 
Rouquié pour le service français) 
 
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