L'Europe s'alarme de la situation des droits en Turquie

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    STRASBOURG, 14 avril (Reuters) - Le Parlement européen et le 
Commissaire aux droits de l'homme  du Conseil de l'Europe ont 
exprimé jeudi de vives inquiétudes sur le recul des droits et 
libertés en Turquie, pays avec lequel l'Union européenne vient 
de signer un accord de rapatriement des migrants illégalement 
entrés en Grèce. 
    L'Union européenne s'est engagée, en contrepartie, à ouvrir 
de nouveaux chapitres dans les négociations d'adhésion d'Ankara. 
    Le Parlement européen se dit "vivement préoccupé () par le 
ralentissement considérable du rythme global des réformes () et 
par la régression observée dans certains domaines essentiels 
tels que l'indépendance du pouvoir judiciaire, la liberté de 
réunion, la liberté d'expression et le respect des droits de 
l'homme et de l'état de droit". 
    Cette situation "éloigne de plus en plus la perspective de 
la réalisation des critères de Copenhague - les valeurs 
politiques de l'UE - que les pays candidats doivent respecter", 
ajoute-t-il dans une résolution adoptée à Strasbourg par 375 
voix contre 133 et 87 abstentions. 
    Les eurodéputés rappellent que la Turquie détient le record 
du nombre de journalistes emprisonnés. 
    Ils dénoncent la saisie "violente et illégale" de plusieurs 
journaux turcs d'opposition et déplorent que plus de 1.000 
universitaires ayant signé une pétition en faveur de la paix 
dans le sud-est du pays, ravagé par la guerre entre milices 
kurdes et armée régulière, "fassent l'objet d'intimidations et 
de poursuites". 
    Le Parlement "condamne" les propos du président turc, Recep 
Tayyip Erdogan, qui avait mis en cause le 11 mars la légitimité 
de la Cour constitutionnelle turque après que celle-ci eut fait 
libérer deux journalistes incarcérés pour avoir révélé des 
informations jugées contraires à la sécurité de l'Etat. 
    Le Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, 
organisation dont la Turquie est membre depuis 1950, a de son 
côté publié un communiqué au terme d'une visite de neuf jours 
dans le pays. 
    "Le respect des droits de l'homme s'est dégradé à un rythme 
alarmant au cours des dernier mois dans le contexte de la lutte 
que mène la Turquie contre le terrorisme", dit Nils Muizniecks. 
    Tout en reconnaissant le droit de la Turquie de combattre le 
terrorisme, le commissaire s'inquiète de la disproportion des 
moyens employés contre le PKK (Parti des travailleurs du 
Kurdistan) qui se traduisent par des dizaines de milliers de 
personnes déplacées et des destructions "innombrables". 
    Evoquant la situation de la presse, Nils Muizniecks estime 
que "l'intolérance du pouvoir exécutif et de la justice a un 
effet paralysant et provoque une autocensure qui réduit l'espace 
du débat démocratique dans le pays". 
    Au chapitre de la liberté d'expression, le commissaire cite 
encore les 1.845 procédures ouvertes en Turquie pour insulte au 
président de la République. "Je n'ai rencontré une application 
aussi abusive d'une telle disposition dans aucun des 46 autres 
membres du Conseil de l'Europe", affirme-t-il. 
 
 (Gilbert Reilhac, édité par Yves Clarisse) 
 
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  • sarestal il y a 8 mois

    L’Europe créée les situations et ensuite s'alarme de leurs conséquences.....Comme chez Culbuto

  • mlaure13 il y a 8 mois

    Nos "élites" européennes en sont à l’inquiétude...NOUS, citoyens lambda, il y a longtemps qu'on a compris...:-(((