L'Europe juge dangereux de prolonger l'état d'urgence en France

le
0
    STRASBOURG, 3 février (Reuters) - Le commissaire aux droits 
de l'homme du Conseil de l'Europe, Nils Muiznieks, met une 
nouvelle fois en garde la France contre une prolongation de 
l'état d'urgence qui constituerait selon lui un danger pour la 
cohésion sociale. 
    Nils Muiznieks s'exprime dans une tribune publiée mercredi 
par le journal Le Monde, le jour où le conseil des ministres 
français entérinait le projet de loi prolongeant au-delà du 26 
février cette mesure prise après les attentats du 13 novembre. 
    S'il est "compréhensible et justifié" que l'Etat se donne 
les moyens de protéger sa population face à "une menace 
terroriste qui reste réelle", pérenniser l'état d'urgence 
"aggraverait la polarisation de la société et affaiblirait 
l'Etat de droit", écrit-il. 
     "Un Etat démocratique doit s'opposer à la barbarie du 
terrorisme en évitant d'affaiblir l'Etat de droit et le respect 
des droits de l'homme. Ne pas réussir à trouver cet équilibre 
serait une victoire pour les terroristes», dit-il. 
    Cette prise de position reprend des critiques qu'il avait 
déjà exprimées lors d'une interview donnée à France Culture en 
janvier et fait écho au débat en France. 
    Elle intervient alors que la prolongation pour trois mois de 
l'état d'urgence décrété après les attentats du 13 novembre doit 
être débattue et votée le 9 février au Sénat, puis le 16 février 
à l'Assemblée nationale. 
    Le secrétaire général du Conseil de l'Europe, Thorbjorn 
Jagland, et l'assemblée parlementaire de l'organisation ont 
récemment fait état de leur préoccupation face au maintien de 
cette situation d'exception en France. 
    Le renforcement des pouvoirs accordés aux autorités 
administratives au détriment des autorités judiciaires a conduit 
à des "abus commis par les forces de police", dit Nils 
Muiznieks. 
    Il évoque des interventions violentes chez des particuliers 
sur la foi "d'informations incorrectes" et des assignations à 
résidence de personnes n'ayant aucun lien avec le terrorisme. 
   Soulignant qu'un très grand nombre des mesures mises en œuvre 
dans ce cadre ont visé des personnes de confession musulmane, il 
y voir un risque de "stigmatisation" accrue et de 
"marginalisation" susceptible de mettre "en danger la cohésion 
sociale". 
 
 (Gilbert Reilhac, édité par Yves Clarisse) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant