L'Europe entre inquiétude et espoir sur la dette grecque

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LA DETTE GRECQUE CONTINUE DE PRÉOCCUPER LA SPHÈRE POLITIQUE DE L'UE
LA DETTE GRECQUE CONTINUE DE PRÉOCCUPER LA SPHÈRE POLITIQUE DE L'UE

ATHENES/PARIS (Reuters) - La France est prête à voir le poids de la dette grecque allégé mais pas à annuler une partie de cette dette, a déclaré jeudi le ministre des Finances Michel Sapin, réaffirmant la position de Paris dans l'attente de l'ouverture directe du débat avec Athènes sur ce sujet qui préoccupe l'ensemble de la zone euro.

Alexis Tsipras, le nouveau Premier ministre grec, n'a pas encore clairement exposé ses intentions en la matière, affirmant simplement qu'il souhaitait négocier avec les partenaires européens d'Athènes pour trouver une solution qui profite à tous, en reconnaissant que cela nécessiterait du temps.

"Discuter de la dette, oui pour en alléger le fardeau. Annuler la dette, non car ce serait transférer le poids du contribuable grec vers le contribuable français et le ministre des Finances grec a dit que ça, il n'en voulait pas et moi non plus", a dit Michel Sapin lors de la séance des questions au gouvernement au Sénat.

La dette grecque, qui dépasse 320 milliards d'euros, soit 175% du produit intérieur brut (PIB), est détenue en majeure partie par les autres Etats de la zone euro et la Banque centrale européenne (BCE) depuis sa restructuration en 2012.

Alexis Tsipras a martelé mercredi sa volonté de négocier un allègement de la dette d'Athènes tout en revenant sur les mesures d'austérité imposées depuis 2010 à la population en échange d'une aide financière internationale.

Parmi ses premières décisions emblématiques de ce point de vue figure l'annulation de plusieurs privatisations, dont celle du port du Pirée, censé jusqu'à présent être cédé au groupe chinois Cosco. Pékin a d'ailleurs demandé jeudi à Athènes de "protéger les intérêts légitimes des entreprises chinoises en Grèce".

Avant de se rendre dimanche à Londres, lundi à Paris et mardi à Rome, le nouveau ministre grec des Finances Yanis Varoufakis recevra vendredi à Athènes le président de l'Eurogroupe, le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem.

Sans fermer la porte à la discussion, ce dernier a exprimé jeudi ses doutes sur la capacité du gouvernement Tsipras à tenir les rênes du budget. "En toute honnêteté, si vous additionnez toutes les promesses (de la campagne électorale), le budget grec va très vite échapper à tout contrôle", a-t-il dit à Amsterdam.

L'ALLEMAGNE "MOINS INQUIÈTE", DIT-ON À BERLIN

Et dans le cas d'un retour au déficit budgétaire, "alléger le fardeau de la dette ne sera d'aucune aide", a-t-il ajouté.

Jeudi, c'est le président du Parlement européen Martin Schulz qui a fait le déplacement dans la capitale grecque, où il s'est dit rassuré par ses premiers contacts avec le nouveau gouvernement.

"Je vais le dire très directement: dans le débat public en Europe, la peur mais aussi l'impression existent que Tsipras veut agir unilatéralement. Mais j'ai vu que le gouvernement Tsipras ne pense pas à agir seul, il veut faire des propositions et il veut que ces propositions soient discutées avec ses partenaires", a-t-il dit à la presse à l'issue de sa rencontre avec le nouveau Premier ministre.

"Je pense que c'est un très bon message."

Le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier a eu un entretien de vingt minutes dans l'après-midi avec son homologue grec en marge des discussions de Bruxelles et l'Allemagne "est désormais moins inquiète", a-t-on appris de source allemande autorisée.

Sur les marchés financiers, le soulagement semblait aussi de mise et la forte baisse subie depuis lundi par les valeurs grecques, banques en tête, a marqué une pause. La Bourse d'Athènes a rebondi de 3,16% au lendemain d'une chute de 9,2%. Et l'indice des valeurs bancaires a repris 12,9% après le plongeon de 27,7% subi la veille, qui a porté son recul à près de 40% en une semaine.

Les investisseurs craignent notamment une crise de liquidité dans le cas où l'incertitude politique inciterait les déposants à retirer massivement leurs avoirs des banques.

Sur le seul mois de décembre, avant même la convocation des élections anticipées, les dépôts bancaires ont diminué de quatre milliards d'euros à 160,3 milliards, selon les statistiques publiées jeudi.

Plus optimistes, les chiffres publiés par l'institut d'études économiques IOBE prédisent une croissance de 2,3% à l'économie grecque cette année après celle de 1,0% attendue pour 2014.

L'IOBE précise toutefois que ses prévisions ne prennent en compte ni les mesures promises par le nouveau gouvernement, ni l'issue des discussions à venir avec les créanciers internationaux.

(Jean-Baptiste Vey, avec Jean-Michel Bélot et Bertrand Boucey, René Wagner, Matthias Sobolewski, Stephen Brown et Alexandra Hudson à Berlin, Sudip Kar-Gupta à Londres, Marc Angrand pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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