"L'Europe dans le piège italien ?" - Le débat de la semaine avec le Cercle des économistes (Jean-Paul Betbèze)

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Les électeurs italiens ont rejeté la politique de modération salariale imposée au secteur privé. Elle est pourtant utile mais insuffisante sans réduction des dépenses publiques pour atténuer la pression fiscale et sans soutien de la BCE selon l'économiste Jean-Paul Betbèze.

Pour répondre, il faut d'abord se demander si l'Italie elle-même est prise dans un piège.

L'Italie est-elle prise au piège de sa politique dite d'austérité, ou bien a-t-elle décidé de mettre ses politiques devant leurs responsabilités ? Depuis le résultat des élections italiennes, qui conduit à un blocage, avec peut-être de nouvelles élections en juin, au milieu d'un pays en récession, avec un taux de chômage qui explose, on peut se demander qui joue à quoi.

Ce n'est pas une surprise : cela fait des années que l'Italie consolide peu à peu sa situation budgétaire, réduisant graduellement sa dette publique, mais en le payant par une croissance quasi nulle. C'est, en réalité, le secteur privé qui fait l'effort d'ajustement, avec des salaires qui stagnent, des PME qui souffrent et de grandes entreprises qui ne peuvent pas atteindre la taille mondiale. Au fond, l'Italie suit une longue médecine d'assainissement qui améliore peut-être ses comptes publics, mais au détriment de son secteur privé, ce qui pèsera un jour sur sa capacité même d'amélioration. Elle ne peut continuer ainsi.

C'est dans ce contexte que la politique menée par Mario Monti a tenté de forcer l'allure, en faisant une pression supérieure sur le secteur privé, pour en accroître la rentabilité, mais surtout en éclairant de manière crue la situation des dépenses publiques et ses blocages. C'est cette accélération côté privé - par la flexibilité salariale - qui a arrêté l'appui de la gauche et a conduit Silvio Berlusconi à revenir, tandis que c'est cet éclairage sur les dépenses publiques qui a alimenté les concurrents populistes. On peut dire que Mario Monti a fait de l'économie non politique, et que la politique s'est vengée. Sauf si sa démarche courageuse éclaire la réalité de la sortie de crise en Italie et en zone euro.

La modération salariale est nécessaire mais pas suffisante

La réduction des salaires ne peut évidemment suffire pour désendetter les entreprises et faire renaître les profits. Elle pèse en effet sur la demande interne, en faisant le pari que les gains à l'extérieur compenseront. Surtout, rien n'est possible sans une action déterminée de réduction de la dépense publique, pour réduire - dans le temps - les prélèvements fiscaux et sociaux. Mais cette double action ne peut se faire sans un double appui : de la BCE pour tenir les taux courts, des autres pays de la zone euro, pour empêcher une remontée des taux longs.

C'est ainsi que l'Europe est face à ses responsabilités.

Elle doit s'engager, par sa politique monétaire, à mener ses taux courts aussi bas que possible aussi longtemps que la croissance n'est pas repartie. S'engager, c'est le contraire de sa démarche traditionnelle où elle ne veut pas dire avec trop de clarté ce qu'elle fera demain. Dans la sortie de crise que nous vivons, si pénible, allonger le temps des opérateurs est indispensable. En même temps, pour réduire les tensions sur les taux longs, permettre la modernisation de l'Etat et soutenir la croissance, il faut des politiques de soutien macroéconomiques plus puissantes, plus globales, plus structurelles.

Le piège italien, et européen, serait de revenir sur la politique d'assainissement de la dépense publique, de la modération salariale et de la flexisécurité. L'obligation, c'est de renforcer la croissance structurelle en impliquant plus la politique monétaire.

Jean-Paul Betbèze



Actuellement créateur de Betbeze Conseil SAS, Jean-Paul Betbèze désire parler d'économie dans et pour les entreprises. Il est membre de la Commission Economique de la Nation, du Cercle des économistes et du Comité scientifique de la Fondation Robert Schumann. Il a été auparavant chef économiste de banque (notamment Chef économiste & Directeur des Etudes Economiques, Membre du Comité Exécutif de Crédit Agricole SA) et Professeur d'Université (Agrégé des Facultés, Professeur à Paris Panthéon).

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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  • M7026257 le mercredi 6 mar 2013 à 12:30

    L'Etat centralisateur a montré son impuissance à maitriser la complexité des enjeux modernes, l'Histoire est jonchée de preuves. Plus de démocratie directe, plus de fédéralisme, plus et mieux de décentralisation...sinon c'est la Révolution et la recherche de l'homme providentiel qui amène la Dictature.

  • M7026257 le mercredi 6 mar 2013 à 12:26

    Les pays qui se portent le mieux sont les pays où les citoyens ont la parole (regardez la Suisse) et où l'Etat, monstre froid, n'occupe pas tous les espaces de liberté mais se contente de s'assurer du respect de la concurrence et du bon fonctionnement de ses prérogatives régaliennes essentielles.Comment un Etat incapable d'équilibrer son budget et ses finances peut-il donner des leçons d'économie aux chefs d'entreprise et aux acteurs sociaux et pire intervenir dans leur activité à ce point?

  • M7026257 le mercredi 6 mar 2013 à 12:22

    les individus ne veulent pas de l'égalité, ils veulent de l'équité; ils ne veulent pas une fausse fraternité ils veulent une justice; ils ne veulent pas d'une trompeuse sécurité, mais la liberté de vivre sans peur et sans incertitude leur libre-arbitre.

  • M7026257 le mercredi 6 mar 2013 à 12:15

    ...qu'il y aura des hommes. L'insulte "populiste" est un badge d'honneur donné par des élites dépassées ( pouvoir politique et médiatique) par les enjeux et l'admission de leur incapacité à apporter une solution aux problèmes de société tant économiques que sociaux ou politiques.Si le populisme doit forcer les élites à se réformer dans leur reproduction et leur pérennité, vive le "populisme", et votons tous pour Beppe Grillo...

  • EuropeGa le mercredi 6 mar 2013 à 12:14

    .../... Peu de gens savent également que les US ont confié à l'Allemagne le centre de commandement des drones en Europe.

  • EuropeGa le mercredi 6 mar 2013 à 12:11

    .../... Il y a un accord tacite entre les US et l'Allemagne, accord non écrit, mais fondé sur des données historiques, et sur le fait que de nombreux américains ont des ancêtres d'origine allemande.

  • M7026257 le mercredi 6 mar 2013 à 12:11

    la réaction "populiste" en Italie est totalement légitime, appeler à la démocratie directe quand l'élite a fait la preuve de son incapacité à diriger et gérer un pays est légitime démocratiquement. šPlus le maitre est infâme plus l'esclave est vilšc'est un humaniste qui le disait.Soit le système de représentation est réformé ( mode de représentation, appel au référendum populaire...) soit le régime est renversé (guerre civile ou non)...ca s'est toujours passé comme cela et continuera tant...

  • M7026257 le mercredi 6 mar 2013 à 12:06

    Il faut un vrai choc d'offre, en réduisant les dépenses publiques de fonctionnement pour réduire le coût du travail et le poids des charges sociales pour les employeurs mais aussi les salariés...les mesures à mettre en place sont identifiées depuis longtemps; mais la vraie question c'est comment faire dans un pays dirigé par des fonctionnaires (gouvernement et poids de l'Administration), avec des fonctionnaires ( majorité des élus politiques) pour des fonctionnaires (25% population active)...??

  • EuropeGa le mercredi 6 mar 2013 à 12:04

    @nervall __ D'accord avec vous sur le Cheval de Troie. Souvenons nous que ce sont les US qui ont empêché Pétain d'occuper l'Allemagne en 1918 (offensive prévue le 18 novembre 1918) : les US ne voulaient pas affaiblir l'Allemagne. N'oublions pas non plus que beaucoup d'immigrants américains sont venus d'Allemagne (voir les noms américains dont beaucoup sont de consonnance germanique).

  • alai1712 le mardi 5 mar 2013 à 17:39

    A force d austerite on va l avoir notre guerre civile, ca monte partout en europe ! Alors stop au blabla europeiste et retour aux monnaies nationales et aux devaluations necessaire... Quand aux hommes politiques qui nous font crever a petits feux, ils auront bientot des comptes a rendre !!