L'Europe dans l'impasse face à la crise migratoire

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ACCORD A MINIMA À BRUXELLES SUR LA RÉPARTITION DES MIGRANTS
ACCORD A MINIMA À BRUXELLES SUR LA RÉPARTITION DES MIGRANTS

par Francesco Guarascio et Alastair Macdonald

BRUXELLES (Reuters) - Les ministres de l'Intérieur d'une Union européenne fortement divisée n'ont pas réussi à se mettre d'accord lundi à Bruxelles sur un système de répartition des réfugiés, tandis que certains pays rétablissaient le contrôle à leurs frontières.

A l'issue de six heures de réunion, les ministres ont trouvé un accord de principe a minima et à la majorité simple pour se répartir 120.000 demandeurs d'asile supplémentaires arrivés ces derniers mois en Italie, en Grèce et en Hongrie, comme l'a demandé mercredi dernier la Commission européenne, en plus des 40.000 acceptés en mai sur la base d'une répartition volontaire.

L'annonce a été faite sur Twitter par le Luxembourg, qui assure la présidence tournante de l'UE.

Mais l'adoption du détail de la répartition pays par pays a été renvoyé à la prochaine réunion des ministres de l'Intérieur, le 8 octobre. Plusieurs anciens pays communistes d'Europe centrale se sont montrés fermement opposés à un système de quotas contraignants pour organiser l'accueil des réfugiés.

Au contraire, la Hongrie, l'un des trois principaux pays d'accès à l'espace européen avec l'Italie et la Grèce, a fermé lundi l'un des principaux points de passage utilisés par les migrants entre la Serbie et le territoire hongrois, à quelques heures de l'entrée en vigueur de nouvelles règles restreignant le franchissement de sa frontière.

Et, dans la journée, l'Autriche et la Slovaquie, emboîtant le pas à l'Allemagne qui avait de même dimanche, ont annoncé le rétablissement des contrôles à leurs frontières.

"Nous n'avons pas trouvé l'accord que nous voulions", a déclaré à la presse le commissaire européen aux Affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos. "La majorité des Etats membres sont prêts à aller de l'avant, mais pas tous."

Les ministres se sont toutefois mis d'accord pour renforcer la protection des frontières extérieures de l'EU en hommes et en ressources ainsi que l'aide au Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), à la Turquie et aux autres Etats qui accueillent en priorité les réfugiés (quatre millions) ayant ont fui la guerre civile en Syrie.

Les ministres se sont également mis d'accord pour finaliser sous peu une liste de "pays sûrs" dont les ressortissants ne pourront en principe obtenir le droit d'asile, dans le but d'accélérer les retours de ces migrants dans leur pays d'origine.

LA TURQUIE, PAYS PAS "SÛR"

Mais, la présidence de l'UE a déclaré que la Turquie ne serait pas classée pour l'instant parmi les pays "sûrs" en raison de la reprise de ses actions militaires contre les combattants kurdes du PKK.

"Le monde nous regarde", a déclaré Avramopoulos. "Il est temps pour chacun de prendre ses responsabilités."

Le Premier ministre hongrois ultraconservateur, Viktor Orban, est l'opposant le plus visible à l'accueil des migrants.

Il refuse de participer à la répartition des 120.000 réfugiés supplémentaires proposés par la Commission européenne alors que Budapest aurait été bénéficiaire de cette dernière proposition qui l'aurait allégé de 54.000 demandeurs d'asile.

Depuis le début de l'année, 191.702 personnes ont été interpellées après être entrées illégalement sur le territoire hongrois, selon Budapest. Dans la seule journée de lundi, un record de 7.437 personnes a été enregistré.

Le ministre allemand Thomas de Maizière avait auparavant expliqué à la presse qu'en rétablissant provisoirement les contrôles à ses frontières, dimanche, l'Allemagne avait voulu montrer qu'elle n'acceptait pas que les migrants et réfugiés s'installent "de facto" sur son territoire.

La France a également prôné un renforcement du contrôle des frontières.

"Nous avons besoin d'un dispositif efficace et puissant de contrôle des frontières extérieures de l'UE", a déclaré le ministre français de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve.

"La France considère comme l'Allemagne qu'il n'y a pas de possibilité d'assurer l'accueil des réfugiés s'il n'y a pas un dispositif organisé, puissant, efficace de contrôle des frontières de l'Union européenne", a-t-il ajouté, en disant souhaiter une "montée en puissance" de Frontex, l'agence de contrôle des frontières de l'UE.

La libre circulation à l'intérieur des frontières des 26 pays signataires des accords de Schengen est l'un des piliers du projet européen, mais des contrôles peuvent être réintroduits à condition qu'ils soient temporaires, pendant une durée variant de dix jours à deux ans, dans les cas de figure exceptionnels.

Mais, devant l'afflux de réfugiés enregistré durant l'été, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a proposé mercredi dernier de répartir à travers l'UE de manière contraignante et selon des critères de taille, de population ou de poids économique 120.000 demandeurs d'asile supplémentaires arrivés ces derniers mois en Italie, en Grèce et en Hongrie.

"Le système des quotas n'est pas une solution", a déclaré le ministre slovaque de l'Intérieur, Robert Kalinak, à son arrivée à Bruxelles.

Donald Tusk, président du Conseil européen, a prévenu qu'en cas d'échec de la réunion des ministres de l'Intérieur, il convoquerait un sommet extraordinaire avant la fin du mois.

Certains pays membres s'interrogent cependant sur l'intérêt d'un tel sommet avant le prochain conseil "Justice et Affaires intérieures", le 8 octobre.

(Avec Grégory Blachier, Eric Faye, Jean-Stéphane Brosse et Danielle Rouquié pour le service français)

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