L'Eurogroupe étudie 3 options de sortie de l'aide à la Grèce

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par Jan Strupczewski BRUXELLES, 6 novembre (Reuters) - Les ministres des Finances de la zone euro étudieront jeudi trois solutions pour soutenir la Grèce après qu'elle en aura fini avec son programme d'aide internationale en fin d'année, tentant de concilier la nécessité de rassurer les investisseurs et les exigences de politique intérieure grecque. Le gouvernement grec joue sa survie sur l'éventualité de sortir de ce programme d'aide avec un an d'avance, perspective qui ne peut que plaire à une population mise à genoux par l'austérité imposée par le Fonds monétaire international (FMI) et l'Union européenne (UE), mais qui effraye les marchés comme l'a prouvé la forte remontée des rendements obligataires grecs. Le ministre des Finances grec Gikas Hardouvelis a dit mercredi à Reuters qu'il espérait que la Grèce bénéficie d'une période de transition d'un an au plus après la sortie du programme d'aide, durant laquelle elle serait toujours protégée par un "filet de sécurité" financier tout en n'étant plus "micro-managée" par ses bailleurs de fonds. Après deux programmes d'aide internationaux d'une valeur totale de 240 milliards d'euros mis en oeuvre depuis 2010, la Grèce veut à nouveau se financer sur les marchés l'an prochain. Le ministre des Finances français Michel Sapin a de fait déclaré jeudi, à son arrivée à la réunion de l'Eurogroupe, que la Grèce avait encore besoin de soutien, mais sous une forme différente. Les trois solutions ont toutes en commun l'emploi d'une somme de 11 milliards d'euros qui avait déjà été débloquée pour recapitaliser les banques grecques mais qu'il n'a pas été nécessaire d'employer. Cette somme correspond actuellement à des obligations du Fonds européen de stabilité financière (FESF). La première solution prévoit de restituer cette somme au FESF, la Grèce sollicitant alors une ligne de crédit dite "Enhanced Conditions Credit Line" (ECCL) auprès du Mécanisme européen de stabilité (MES), le successeur du FESF. La Grèce pourrait alors se prévaloir de ne plus être l'objet d'un programme d'aide et l'Eurogroupe pourrait augmenter le crédit au-delà de 11 milliards d'euros le cas échéant, crédit qui serait par ailleurs assorti de conditions d'exercice claires. Pour jouir de cette ECCL, la Grèce devrait toutefois signer un nouveau "protocole d'accord", sujet politiquement sensible en Grèce car les précédents définissaient les mesures d'austérité à mettre en oeuvre et étaient ressentis sur place comme une perte de souveraineté. Il faudrait au minimum cinq semaines pour mettre en place le crédit, lequel pourrait être annulé si la Grèce ne remplissait pas certains objectifs de réforme, au risque de devoir réclamer à nouveau un renflouement en bonne et due forme. La deuxième solution prendrait moins de temps, trois semaines environ. La somme de 11 milliards d'euros serait disponible au-delà de cette année et les fonds pourraient par exemple servir au service de la dette et non plus seulement à la recapitalisation du secteur bancaire. En revanche, elle ne pourrait pas être augmentée. Le FESF pourrait racheter ses obligations contre du cash si Athènes remplissait ses objectifs de réforme, et ce sans qu'il soit nécessaire de signer un nouveau protocole d'accord. Si la Grèce n'atteignait pas ses objectifs, elle n'aurait pas l'argent mais il resterait disponible une fois les objectifs réalisés, ce que la Commission européenne se chargerait de vérifier. La BCE de son côté devrait décider si cette solution est suffisante pour que la Grèce puisse bénéficier de son programme d'Opérations monétaire sur titres (OMT), tandis que dans ce cas de figure, le FMI, le troisième membre de la "troïka", n'aurait au mieux qu'un rôle d'observateur, ce qui, de l'avis de plusieurs pays de la zone euro, serait insuffisant. La troisième et dernière option consisterait à proroger le renflouement actuel de six à 15 mois, ce qui serait faisable dans les deux à trois semaines. Ce faisant, la Grèce disposerait de plus de temps pour remplir les critères de déblocage de la dernière tranche d'aide, de 1,8 milliard d'euros, du programme de renflouement en cours. Cette tranche sera perdue si elle n'est pas déboursée d'ici la fin de l'année. Dans ce cas, les 11 milliards d'euros pourraient être affectés à d'autres usages que la recapitalisation bancaire, une fois restitués au FESF en fin d'année, suivant une prorogation d'un an du programme de renflouement. Dans la mesure où l'argent serait restitué au FESF, le ratio de la dette au PIB serait immédiatement abaissé. Le rôle du FMI resterait à redéfinir mais il serait possible d'éviter de recourir à un protocole d'accord par le biais d'une "lettre d'intention". Mais, la Grèce resterait encore sous assistance financière internationale dans cette hypothèse. (Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Joanny)

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