L'Euro sans Benzema et Valbuena : quelles options pour Deschamps ?

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Didier Deschamps doit mettre à profit les deux matchs amicaux de mars pour préparer un Euro 2016 où les absences de Karim Benzema et de Mathieu Valbuena se précisent. Le sélectionneur ne manque pas de solutions de rechange. Revue de détail.

Didier Deschamps ne s’attendait pas à devoir retravailler son secteur offensif. Sauf que les circonstances vont l’y contraindre lors du rassemblement de mars, avec deux matchs amicaux au programme, contre les Pays-Bas (25 mars) puis la Russie (29 mars). Encore considérées comme provisoires en novembre dernier, les absences de Karim Benzema et Mathieu Valbuena pour l’Euro 2016 se précisent. Le premier reste mis en examen dans l’affaire de chantage à la sextape et est suspendu par la Fédération française de football, malgré la levée partielle de son contrôle judiciaire lui permettant désormais de rentrer en contact avec le milieu lyonnais. Ce dernier est actuellement à l’infirmerie, mais une convocation ne se justifiait pas sur ses performances sportives depuis le début de la saison. Avant de penser aux Bleus, l’ancien Marseillais doit d’abord se battre pour récupérer sa place à Lyon, qui a trouvé sa vitesse de croisière sans lui. Un défi de taille pour Valbuena.

Le sélectionneur de l’équipe de France doit désormais travailler dans l’hypothèse où l’Euro se ferait sans les deux hommes. Deschamps a expliqué qu’il alignerait deux équipes différentes sur les deux matchs amicaux, tout en faisant en sorte qu’elles soient aussi homogènes que possible. « J’ai envie de voir une grande partie des joueurs en situation de jeu, a expliqué le boss des Bleus lundi en conférence de presse. On va déjà penser au premier match, je réfléchirai après pour le deuxième. » Il a ensuite souligné qu’il voulait étoffer son panel de solutions pour l’avenir : « Je veux avoir anticipé et avoir en toutes circonstances un plan B, voire C. » Quels sont-ils ? Quelles solutions s’offrent à Deschamps pour reconstruire son attaque avec les joueurs présents ce mois-ci à Clairefontaine et qui pourraient à nouveau être de la liste pour l’Euro ? Revue de détail non exhaustive.

Solution 1 : Rester dans le même schéma avec les mêmes profils

Si l’affaire de la sextape n’était pas passée par là, les Bleus auraient certainement abordé l’Euro 2016 avec un trident offensif composé de Karim Benzema, Mathieu Valbuena et Antoine Griezmann. Les deux premiers quasiment hors-champ, il faut bâtir autour du troisième. La solution la plus évidente est de remplacer Benzema et Valbuena par deux joueurs évoluant dans le même registre. S’il n’a pas la même palette technique que l’attaquant du Real Madrid, Olivier Giroud présente des caractéristiques de pur avant-centre pour fixer les défenses qui ont toujours séduit Deschamps. Sa qualité de remise et sa capacité à évoluer dos au but donnent du relief à son jeu, lui donnant un léger avantage sur André-Pierre Gignac. Pour suppléer Valbuena, la candidature de Dimitri Payet sonne comme une évidence. Le milieu de West Ham aurait certainement été du rassemblement de novembre dernier s’il n’avait pas été blessé, parce qu’il est le remplaçant naturel de l’ancien du Dynamo Moscou. Il est le meilleur passeur des cinq grands championnats européens depuis deux saisons et a un profil de joueur de côté à même de se recentrer pour organiser le jeu dans une position plus axiale. Tout comme Valbuena se plaisait à le faire chez les Bleus depuis deux ans.

Solution 2 : Aligner Martial ou Griezmann dans l’axe

Au moment de composer sa liste pour le rassemblement de mars, Deschamps a conservé sa logique, à savoir doubler tous les postes du 4-3-3. Mais Giroud et Gignac ne sont pas les deux seuls joueurs de son groupe à évoluer régulièrement en pointe avec leur club cette saison. Griezmann a disputé vingt-huit matchs dans une position axiale avec l’Atlético Madrid, en avant-centre ou en attaquant de soutien. Anthony Martial a lui évolué à vingt-six reprises à la pointe d’un 4-3-3 avec Manchester United. Autant dire que Deschamps aurait tort de se priver de les tester dans une situation axiale durant les deux matchs à venir, ce qu’il n’avait pas fait en novembre où Gignac avait succédé à Giroud contre l’Allemagne et inversement en Angleterre. Griezmann et Martial pourraient même être associés à Payet dans un secteur offensif où les trois hommes pourraient alors permuter aux trois postes de devant pour semer le trouble dans les défenses adverses. Ils auraient la capacité à jouer dans les pieds autant qu’à prendre la profondeur, à combiner dans les petits espaces autant qu’à développer un jeu de contres. Un trio alléchant sur le papier, qui mériterait d’être vu sur une petite demi-heure lors d’un des deux prochains matchs.

Solution 3 : Tout miser sur la vitesse et sur la jeunesse

La valeur n’attend pas le nombre des années. Cette citation du Cid de Pierre Corneille, Didier Deschamps l’a fait sienne. « Je n'ai pas de problèmes avec la jeunesse, expliquait-il jeudi dernier. La qualité n'a pas d'âge. Un joueur de 20 ans peut être plus mature qu'un autre de 30 ans. Si j'estime qu’il peut être plus utile à l'équipe de France, je ne me pose pas de questions. Anthony (Martial) et Kingsley (Coman) sont à Manchester United et au Bayern Munich. L'exigence, elle est là à tous les matchs et à tous les entraînements. » Imaginer un trio Griezmann-Martial-Coman, trois joueurs nés dans les années 1990, ne relève pas du pur fantasme. Ils présentent l’avantage d’être actuellement en pleine bourre dans leur club respectif, d’apporter des qualités de profondeur et de percussion qu’aucune sélection européenne ne revendique. Ils pourraient mettre au supplice les défenses adverses, même si la question du replacement défensif se poserait, comme celle de leur complémentarité dans l’animation. A priori, cette configuration, où Nabil Fekir ou Hatem Ben Arfa pourraient s’épanouir, parait idéale dans une situation où les Bleus évolueraient en contre, face à une équipe supérieure dans la possession ou au cours d’une fin de match où ils mèneraient au score. Mais il n’est pas interdit que Deschamps tente le coup d’entrée dans un des deux matchs de mars.

Solution 4 : Faire exploser le 4-3-3 pour redistribuer les cartes

Il n’est pas dans la nature de Deschamps de partir dans l’inconnu. Il serait étonnant que le sélectionneur français opte pour une refonte totale de son système en l’absence de Karim Benzema et de Mathieu Valbuena. Mais puisqu’il faut explorer toutes les solutions à sa disposition, autant le faire à fond. Le 4-4-2 losange ? La solution avec Payet (ou Valbuena) dans le trident d’attaque y ressemble déjà fortement dans l’animation offensive. Le 4-2-3-1 ? Avec un Paul Pogba positionné en numéro 10, c’est possible. Là encore, le 4-3-3 y ressemble sur certaines séquences, la seule différence se situant dans l’inversion de la pointe, entre une basse (sentinelle devant la défense) et une haute (meneur derrière les attaquants). Un vrai chamboulement, ce serait une option à deux purs attaquants. Griezmann a l’habitude d’évoluer dans ce schéma avec l’Atlético et pourrait se régaler à côté d’Olivier Giroud. Sa prestation au Portugal début septembre, avec Benzema à l’époque, avait confirmé son bon comportement dans un tel système. Les autres joueurs du secteur offensif seraient alors en concurrence pour animer les couloirs. Le hic, c’est que ça casserait le milieu à trois composé de Lassana Diarra, Blaise Matuidi et Paul Pogba, qui apparaît comme la seule certitude du moment pour Deschamps. Difficile d’y croire en l’état actuel des choses.

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