L'euro chypriote risque de perdre de sa valeur

le
0
L'EURO CHYPRIOTE RISQUE DE PERDRE DE SA VALEUR
L'EURO CHYPRIOTE RISQUE DE PERDRE DE SA VALEUR

par Paul Carrel

FRANCFORT (Reuters) - Les mesures de contrôle des capitaux à Chypre pourraient mettre à l'épreuve les relations entre membres de l'Union monétaire en conférant de facto aux euros chypriotes une valeur différente de celle des euros des autres pays de la zone.

Nicosie envisagerait d'encadrer strictement les retraits bancaires et les transferts vers l'étranger pour éviter une fuite massive des capitaux à la réouverture, jeudi, des banques de l'île fermées depuis le 16 mars.

Il s'agirait, selon les autorités chypriotes, d'une mesure de prudence après l'annonce de la taxation des comptes de dépôts dont le solde est supérieur à 100.000 euros dans le cadre du plan de sauvetage européen.

Le ministre chypriote des Finances a assuré que ce contrôle ne s'appliquerait que pendant "quelques semaines", mais l'exemple d'autres pays confrontés par le passé à cette situation, comme l'Islande, laisse penser qu'il pourrait rester en vigueur plus longtemps.

L'impact de ces mesures sur l'économie chypriote dépendra de plusieurs facteurs, dont leur durée et leur nature exacte.

Si Chypre impose un plafonnement des paiements, cela aura en revanche une conséquence immédiate sur le fonctionnement du marché unique, puisque les euros détenus dans les banques chypriotes ne pourront plus servir à acheter des biens ou des services dans les autres pays de la zone euro.

Les euros chypriotes deviendraient de facto moins liquides que les euros allemands et français et auraient donc moins de valeur.

"Si des restrictions devaient être imposées aux transferts de capitaux et aux paiements, alors économiquement parlant, l'euro chypriote deviendrait une monnaie différente d'un euro non chypriote", souligne Kai Schaffelhuber, associé du cabinet d'avocats Allen & Overy à Francfort.

"Il faudrait acheter des euros non chypriotes pour pouvoir payer des biens ou des services dans d'autres pays. Compte tenu de la loi de l'offre et de la demande, l'euro chypriote pourrait se retrouver avec un taux de change différent."

Si les mesures de contrôle sont limitées dans le temps, les choses reviendront rapidement à la normale. Mais si les limites devaient durer, la place de Chypre dans la zone euro se poserait inévitablement, ajoute-t-il.

UNE PREMIÈRE POUR LA ZONE EURO

Avec une fuite massive de capitaux comme seule alternative, Nicosie n'a cependant pas le choix.

Sur 46 économistes interrogés cette semaine par Reuters, 38 jugent d'ailleurs que les mesures de contrôle sont une réponse adaptée. Ils sont 30 à penser que les limitations vont se mesurer en mois, 13 en semaines et trois en années.

"Chypre ne peut pas rester dans le flou sur le contrôle des capitaux", prévient Sassan Ghahramani, directeur général du cabinet américain SGH Macro Advisors, qui conseille les fonds d'investissement spéculatifs. "Je pense que c'est une question de semaines, au maximum. Mais si ça dure des mois, cela va être problématique."

Le Commissaire européen pour le Marché intérieur et les Services, Michel Barnier, en est conscient et a souhaité lundi que les contrôles ne durent que quelques jours.

Si le Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne interdit les restrictions de transferts de capitaux et de paiements entre Etats membres, il laisse à ces derniers suffisamment de marge de manoeuvre pour prendre "des mesures justifiées par des raisons de politique publique et de sécurité nationale".

Reste que Chypre crée un précédent, aucun des 17 pays de la zone euro n'ayant jamais eu à prendre une telle initiative.

"Nous avons un système monétaire et bancaire qui n'est pas censé imposer de contrôle des capitaux. Ils (les Chypriotes) créent un sous-ensemble de règles qui revient à créer un nouvel espace économique, ce qui n'est jamais arrivé", relève David Brown, économiste chez New View Economics.

Les entreprises chypriotes trouveront sans doute quantité de moyens de contourner les restrictions, au prix de montages financiers plus ou moins compliqués.

Selon le journal grec Kathimerini, elles seront en outre autorisées à payer sans restriction les produits importés, à condition de fournir les documents requis.

Les conséquences pour Chypre ne devraient donc pas être trop sévères si les restrictions sont limitées dans le temps.

"Mais plus cela dure, plus cela va affecter l'économie et plus les entreprises risquent de se retrouver à court de liquidités et de devoir déposer le bilan", met en garde Christian Schultz, économiste de la banque Berenberg. "La situation sera alors vraiment grave."

Tangi Salaün pour le service français, édité par Gilles Trequesser

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant