L'étiquetage halal défendu par Sarkozy, une mission quasi impossible

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Depuis 2010, plusieurs propositions de loi sur l'étiquetage des viandes en fonction de la méthode d'abattage ont été retirées, sous la pression du gouvernement et de l'industrie agroalimentaire.

Halal ou pas halal. Depuis la polémique lancée par Marine Le Pen, devant les pièces de viande, la question se pose. En réponse, Nicolas Sarkozy souhaite une distinction claire entre l'abattage classique, c'est-à-dire après étourdissement de l'animal, et l'abattage selon le rituel musulman ou juif, soit sans étourdissement. «Reconnaissons à chacun le droit de savoir ce qu'il mange, halal ou non. Je souhaite donc l'étiquetage des viandes en fonction de la méthode d'abattage», a déclaré le chef de l'État ce samedi lors de son meeting à Bordeaux.

Une annonce du président candidat qui a de quoi surprendre: il y a seulement une semaine, le gouvernement a fait retirer une proposition de loi (avec en chef de file Françoise Hostalier, députée UMP du Nord) allant très précisément dans ce sens. Récemment, aussi, le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire rappelait qu'il ne fallait pas «stigmatiser» les communautés concernées, confortant les positions -très puissantes- des religieux et de l'industrie agroalimentaire, qui craint que de telles étiquettes ne bouleversent le marché de la viande. En 2010, un autre député Nicolas Dhuicq, de l'UMP aussi, a essuyé le même revers, toujours sous la pression du gouvernement.

Un étiquetage improbable

Aujourd'hui, l'étiquetage des produits halal n'est pas obligatoire. La mention «Halal» apparaît en évidence sur des milliers de produits, et s'avère être une excellente stratégie marketing. Néanmoins, elle n'a rien de réglementaire. Autrement dit, on peut manger un produit estampillé «halal» sans qu'il le soit vraiment. Et on peut aussi consommer un produit qui n'est pas tamponné «halal», mais qu'il l'est pourtant.

Étiqueter les produits pour mieux les distinguer, la solution semble simple. Mais en théorie seulement, car en pratique, le cadre réglementaire ne le permet pas. Il faudrait pour cela, de la même manière que pour le logo AB apposé aux produits issus de l'agriculture biologique, que l'Europe donne son feu vert. Pour que l'étiquetage devienne obligatoire, il faudrait que la proposition «obtienne la majorité qualifiée de la Commission européenne et du Parlement», assure-t-on au ministère de l'Agriculture.

Mais l'Europe a déjà dit non: en 2009, le débat sur les conditions d'abattage avait alors été ouvert, puis en 2011, sur l'information du consommateur, «mais cela n'a pas été retenu, alors que plusieurs États de l'Union européenne n'en voyaient pas la nécessité», poursuit-on au cabinet du ministère, même si la pression des industriels et des représentants des communautés juives et musulmanes est par ailleurs dénoncée. Si l'Espagne et la Lituanie ont défendu un tel projet, d'autres pays sont braqués. En Suède et en Autriche, par exemple, l'abattage sous sa forme rituelle est même interdit, ces pays important tous leurs produits halal ou casher.

Un risque de prix en hausse

Ainsi, si l'étiquetage indiquant la méthode d'abattage devenait obligatoire, un b½uf tué sans étourdissement serait catalogué «halal» ou «casher» de la tête aux pieds. Or par exemple, selon les traditions juives, seul le «haut» de la bête peut être consommé. Le reste - l'arrière - passe dans le circuit classique. Ainsi, un onglet ou une bavette, que les juifs ne consomment pas, étiquetés «sans étourdissement» pourraient rester sur les étalages. Les bouchers s'inquiètent de devoir brader ces pièces. Et de compenser ces pertes par des hausses de prix ailleurs.

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