L'Ethical Fashion Show, des progrès à confirmer

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Par définition dédiée à la protection de l'environnement, la mode éthique poursuit son essor.
Par définition dédiée à la protection de l'environnement, la mode éthique poursuit son essor.

La deuxième édition de l'année s'est achevée hier.


Organisateur de l'événement, Messe Frankfurt n'a pas choisi ce week-end au hasard. Le deuxième Ethical Fashion Show (EFS) de l'année s'est en effet tenu en même temps que le salon Maison et Objet au Parc des Expositions de Villepinte (Seine-Saint-Denis).


Le premier avait pour cadre l'Espace Pierre Cardin, à deux pas de l'avenue des Champs-Élysées et de la place de la Concorde (VIIIe arrondissement). Celui-ci s'est déroulé au Carrousel du Louvre (Ier arrondissement), plus vaste et déjà hôte de l'édition 2011. Il a surtout rassemblé environ soixante-dix exposants pour lesquels respect de l'Homme et protection de l'environnement ne sont pas choses vaines.


Des exposants qui doivent se conformer à une charte et qui, rappelons-le, respectent à la lettre l'ensemble des standards du développement durable et du commerce équitable. Manifestation-phare de la mode éthique, l'EFS leur offre une belle fenêtre de tir. Plus largement, il sert aussi à promouvoir une façon de faire et de penser « verte » encore trop confidentielle, même si de grands noms de l'habillement pressés par les ONG de défense de la nature, Greenpeace en tête, ont élaboré des processus de fabrication moins dévastateurs pour la planète.


Une concurrence que la fondatrice et directrice artistique de l'EFS Isabelle Quéhé, interviewée dans ces colonnes il y a quelques mois, ne craint pas, au contraire. « C'est parce que nous tenons à soutenir ce mouvement, mais également pour répondre à la demande du marché, que nous vous présentons désormais deux éditions par an », précise-t-elle dans l'édito du dossier de présentation. Il est vrai que le créneau est différent, l'essence même du Salon étant « de faire co-exister toutes les modes car chacune d'elles, du nord au sud et de l'ouest à l'est, détient sa particularité propre qui enchante notre quotidien ».


Soutien fidèle de l'EFS depuis quatre ans, Tencel, leader mondial des fibres de cellulose qui compte huit mille employés partout dans le monde, peut se prévaloir de fabriquer des produits estampillés Ecolabel. L'un de ses représentants au Salon est toutefois circonspect quant au positionnement de la manifestation.


« Il aurait peut-être été plus judicieux de la placer en même temps qu'un salon du prêt-à-porter comme le Who's Next », estime-t-il. Et de regretter, d'une façon générale, un « manque de communication » des entreprises concernées. « L'intérêt est de plus en plus prononcé », tempère-t-il néanmoins, tout en étant pleinement conscient de la grande marge de progression de la mode éthique et de l'EFS en particulier.




« On travaille avec des gens, pas avec des machines »


Responsable managériale du groupe Saraye, fondé par un Américain en 1996 et qui a d'abord travaillé sur le rotin, Irene Chuon évoque quant à elle, un brin intimidée, « tout un savoir-faire traditionnel ». « Un savoir-faire ancestral » même, mais quelque peu négligé, ajoute-t-elle, soulignant « la forte concurrence à l'échelle mondiale dans le secteur de la vannerie ».


Durement touchée par la crise aux États-Unis à compter de 2006, l'entreprise s'est ensuite progressivement tournée vers l'Europe. Esthétiques et résistants, ses sacs sont conçus à partir de jonc d'eau douce, matière naturelle « disponible à l'état naturel sur les plaines inondées du Mékong. Le jonc est récolté, sélectionné rigoureusement, teinté à l'aide de colorants non-toxiques puis tressé sur des métiers à tisser traditionnels », décrypte le site Internet de Saraye.


« Nous avons une équipe d'artisans (NDLR : Ils sont aujourd'hui environ cent-vingt) qui a un oeil qualitatif. Nous voulons aussi créer un produit qui soit à la fois beau, solide et durable, valoriser un savoir-faire tout en étant créatif », résume Mme Chuon, rappelant également une évidence que d'aucuns ont tendance à facilement oublier : « On travaille avec des gens, pas avec des machines ».


« Nous ne sommes pas moralisateurs, nous n'avons pas la prétention de se poser en saveurs de la planète. Il ne faut pas non plus tomber dans l'excès », poursuit, lucide, cette ancienne étudiante en anthropologie et authentique globe-trotteuse, passée notamment par l'Australie, le Cambodge, les États-Unis et Singapour.


Des voyages qui lui ont ouvert grand les yeux et permis de se forger une autre vision du monde. Moins idéaliste et plus froide sans doute, mais au total plus pragmatique, plus réaliste, bref plus juste.


De son point de vue aussi, l'EFS est une saga qui n'en est encore qu'à ses balbutiements et ne cible pour l'heure qu'une petite niche de consommateurs. C'est également ce qui fait son charme.


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