L'Etat pressé d'agir après un nouveau meurtre en Corse

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NOUVEAU MEURTRE EN CORSE
NOUVEAU MEURTRE EN CORSE

AJACCIO (Reuters) - Les élus corses pressent l'Etat de passer des paroles aux actes au lendemain du 17e assassinat commis dans l'île depuis le début de l'année, qui a obligé les ministres français de l'Intérieur et de la Justice à se rendre en urgence jeudi en Corse.

Arrivés quelques heures après l'assassinat de Jacques Nacer, Manuel Valls et Christiane Taubira ont anticipé, à la demande de Jean-Marc Ayrault, le déplacement qu'ils doivent effectuer dans l'île à la fin du mois et qui est maintenu.

Le ministre de l'Intérieur en a appelé à un "sursaut conjoint de l'Etat et de la société corse" pour "desserrer le carcan que les groupes criminels cherchent en permanence à faire peser", dénonçant une forme de loi du silence.

"En Corse, on connaît les commanditaires. On sait, mais on ne parle pas", a-t-il dit lors d'une conférence de presse.

"Je lance un appel pressant à la société corse, souvent désespérée, éprouvant un sentiment d'impuissance. Nous avons besoin de la mobilisation de tous les Corses", a-t-il ajouté.

Le gouvernement veut montrer qu'il se mobilise face à une nouvelle vague de violence alors que les mesures contre le crime organisé annoncées le 22 octobre - notamment la lutte contre le blanchiment d'argent - nécessitent des délais de mise en oeuvre.

Le président de la Chambre de commerce de Corse-du-Sud, Jacques Nacer, 59 ans, a été abattu mercredi dans son magasin en plein centre d'Ajaccio, un mois après l'avocat nationaliste Antoine Sollacaro, une figure de l'île.

En déplacement à Berlin, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a exprimé "sa grande préoccupation" et "sa grande indignation", excluant de "faiblir un seul instant".

"Ça veut dire que la mafia est à l'oeuvre en Corse et l'argent s'est emparé de tout. Il faut absolument appliquer les mesures que le gouvernement a prises il y a quelques semaines", a-t-il dit aux journalistes.

"COUPS DE MENTON"

"L'Etat ne recule pas, l'Etat ne capitule pas", a assuré pour sa part Christiane Taubira lors de son déplacement sur l'île, assurant que tout était mis en oeuvre dans l'immédiat "pour que chaque crime soit élucidé".

Aux yeux de la classe politique corse, le plan gouvernemental ne fait que prolonger le dispositif déjà mis en oeuvre - sans succès - par le précédent gouvernement et n'est en rien comparable à celui mis en place récemment à Marseille.

"Il faudra passer des paroles aux actes", a déclaré le député UMP de Corse-du-sud Laurent Marcangeli, parlant lui aussi d'un "cancer mafieux" et soulignant que les violences étaient le fait d'une "minorité" et "non de la Corse toute entière."

Le président communiste de l'Assemblée de Corse Dominique Bucchini a exhorté lui aussi le gouvernement à agir, estimant que les "coups de menton" de l'Etat n'avaient pas toujours été suivis d'effet.

"Je pense que l'Etat doit s'attaquer une fois pour toutes - dans le passé ça n'a malheureusement pas été le cas - aux racines du mal: le fric", a-t-il dit à la presse.

"Le milieu corse veut s'emparer du littoral. On a tué des hommes, des femmes, on a tiré sur des enfants, ce n'est plus possible. Il faut obligatoirement que les lois de la République s'appliquent en Corse", a-t-il ajouté.

Le dirigeant de l'UMP Jean-François Copé a refusé comme d'autres responsables de droite de critiquer la majorité de gauche en appelant à l'unité nationale sur ce dossier, tout en réclamant une action forte.

IMBROGLIO AUTOUR DE LA CCI

Se disant "choqué, scandalisé, indigné par l'étalage de cette chronique mortuaire", Manuel Valls a assuré que le plan gouvernemental pour l'île visait à répondre à la fois au court et au long terme.

Il a également promis que le dispositif - qui sera dévoilé plus en détail ultérieurement - prévoyait des renforts conséquents, contrairement aux craintes des syndicats de police.

"La Corse, c'est la France. La Corse, c'est la République. La Corse, ce n'est pas un territoire à part où l'on accepterait la violence", a-t-il répété, jugeant que les insulaires avaient droit à une action efficace de l'Etat.

Jacques Nacer a été abattu par un homme seul cagoulé, qui a tiré plusieurs balles et semble avoir pris la fuite à pied mais pourrait ensuite avoir été emmené en scooter par un complice, dit-on de source policière.

Manuel Valls a souligné le "sang-froid" du tueur.

Il n'est fait état dans l'immédiat d'aucune piste privilégiée mais la chambre de commerce de la ville est depuis de longs mois au centre d'un imbroglio judiciaire jalonné de cadavres, sur fond de nationalisme corse.

Jacques Nacer, de sensibilité nationaliste, présidait la Chambre de commerce de Corse-du-Sud depuis 2007, année où il avait succédé à Raymond Ceccaldi, condamné depuis dans le procès des marchés publics truqués accordés à la SMS (Société méditerranéenne de sécurité).

Le patron de cette dernière, Antoine Nivaggioni, est mort assassiné par balles en 2010 tandis qu'Antoine Sollacaro défendait certains protagonistes de l'affaire SMS-Chambre de commerce.

Tous étaient proches dans le passé d'Alain Orsoni, figure du nationalisme local et président du club de football de L1 Athletic Club Ajaccio (ACA), qui a lui-même échappé à une tentative de meurtre. Jacques Nacer était aussi secrétaire général de l'ACA.

Roger Nicoli, Thierry Lévêque, et Gérard Bon

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