L'Etat islamique tente de prendre pied en Asie du Sud

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par Hameedullah Khan et Saud Mehsud PESHAWAR/DERA ISMAIL KHAN, Pakistan, 7 septembre (Reuters) - D es tracts et des drapeaux de l'Etat islamique sont apparus dans certaines parties du Pakistan et de l'Inde, signes parmi d'autres que le groupe djihadiste implanté en Irak et en Syrie gagne de l'influence jusque dans les fiefs des taliban et d'Al Qaïda. Groupe dissident des taliban pakistanais, Jamat-ul Ahrar, a d'ores et déjà déclaré son soutien aux combattants sunnites de l'Etat islamique (EI) et à sa stratégie d'établissement d'un califat sur les territoires qu'il contrôle en Syrie et en Irak. "L'EI est une organisation islamique djihadiste pour la mise en oeuvre du système islamique et la création d'un califat. Nous les respectons. S'il nous demandent de l'aide, nous examinerons la question et déciderons", déclare le chef de Jamat-ul Ahrar, Ehsanullah Ehsan, joint par téléphone. Divers groupes islamistes sont implantés dans les zones reculées et pauvres d'Asie du Sud, mais l'EI, avec ses conquêtes rapides de territoires et ses exécutions de masse, commence à trouver un écho chez les combattants les plus jeunes de la région. Les dirigeants vieillissants d'Al Qaïda, qui se sont pratiquement tous réfugiés dans la région montagneuse le long de la frontière entre le Pakistan et l'Afghanistan, sont de plus en plus considérés comme fatigués et inefficaces sur les réseaux sociaux suivis par les candidats potentiels au "djihad". Selon les spécialistes des questions de sécurité, l'attrait croissant de l'EI pourrait être à l'origine de la décision du chef d'Al Qaïda, Ayman al Zaouahri, d'annoncer la création d'une nouvelle branche de son réseau en Inde, où vivent 400 millions de musulmans. ID:nL5N0R45A1 Cherchant à développer son influence dans la région pakistano-afghane, une cellule ayant fait allégeance à l'EI a distribué ces dernières semaines des brochures dans la ville pakistanaise de Peshawar et dans l'est de l'Afghanistan, indiquent des habitants. Le document de 12 pages, intitulé "Fatah" (victoire), est publié en pachtou et dari, les langues pratiquées en Afghanistan. Il est surtout distribué dans les camps de réfugiés afghans de la banlieue de Peshawar. Le logo figurant sur la brochure représente une kalachnikov et appelle les habitants à soutenir l'EI. Des voitures portant des autocollants de l'EI ont également été repérées autour de Peshawar. DES DRAPEAUX DE L'ETAT ISLAMIQUE AU CACHEMIRE Sameeulah Hanifi, un directeur de prière dans un quartier de Peshawar peuplé principalement d'Afghans, explique que les brochures ont été distribuées par un groupe local peu connu appelé Islami Khalifat, qui soutient ouvertement l'EI. "Je connais des gens qui ont reçu des exemplaires de ce document soit par des amis, soit à la mosquée, où il leur a été donné par des gens qui travaillent pour l'EI", explique-t-il à Reuters. Selon un responsable de la sécurité pakistanaise, les brochures viennent de la province voisine de Kunar en Afghanistan où un groupe de combattants taliban a été vu en train de les distribuer. "Nous sommes tombés sur eux il y a 22 jours et nous sommes au courant de leur présence ici", dit ce responsable. "Les services de sécurité pakistanais travaillent à la frontière pakistano-afghane et ont arrêté un certain nombre de combattants taliban. Ils ont récupéré des CD, des cartes, de la littérature en persan, pachtou et dari." "Nous ne leur permettrons pas de travailler dans notre pays. Toute personne qui sera impliquée sera écrasée par le gouvernement." Des signes de l'influence de l'Etat islamique sont également constatés au Cachemire, région revendiquée à la fois par l'Inde et le Pakistan et théâtre depuis plusieurs décennies d'une insurrection contre le pouvoir indien. Au sein de la police et des services de renseignements à New Delhi et dans le Cachemire, on signale que des drapeaux de l'EI sont apparus pour la première fois le 27 juin à Srinagar, la capitale de l'Etat, et ensuite en juillet lors de la fête de l'Aïd el Fitr, qui marque la fin du jeûne du ramadan, dans la seule région indienne à majorité musulmane. Certains graffitis de l'EI sont aussi apparus sur des murs de bâtiments à Srinagar. Selon un policier, des jeunes portant les drapeaux de l'EI lors de rassemblements anti-indiens ont été identifiés, mais ils n'ont pas été interpellés. Un autre policier, chargé d'interroger les personnes interpellées lors de manifestations contre le pouvoir indien, essentiellement des adolescents, explique que la plupart ne s'intéressent qu'à la question de l'indépendance vis-à-vis de l'Inde. DES JEUNES DIFFICILES À REPÉRER "La plupart d'entre eux n'ont pas de dispositions religieuses", dit-il. "Certains d'entre eux, moins d'un pour cent, sont bien sûr religieux et radicalisés et finissent par rejoindre les rangs des activistes. Ils sont influencés par Al Qaïda, les taliban, l'Etat islamique." L'EI tente aussi d'attirer des musulmans en Inde. Il y a là la troisième population musulmane au monde, restée jusqu'à présent largement indifférente aux appels répétés d'Al Qaïda à se rendre au combat à l'étranger. Mi-juillet, une vidéo de recrutement de l'EI a fait son apparition sur internet avec des sous-titres dans diverses langues indiennes (hindi, tamoul et ourdou). On peut y entendre un homme se disant canadien, vêtu d'un uniforme et flanqué d'un drapeau noir, appeler les musulmans à participer à un djihad mondial. Quelques semaines plus tôt, quatre familles d'un faubourg de Bombay ont signalé à la police indienne la disparition de leurs fils, l'un d'eux ayant laissé une note proclamant son désir de défendre l'islam par les armes. Il est rapidement apparu que ces hommes s'étaient rendus à Bagdad au sein d'un groupe de pèlerins, qu'ils ont quitté une fois sur place. Les services de renseignement indiens pensent qu'ils ont fini à Mossoul, grande ville du nord de l'Irak prise en juin par l'EI, et que l'un d'eux pourrait avoir péri dans l'explosion d'une bombe. La semaine dernière, le Times of India a rapporté que quatre jeunes hommes, dont deux étudiants en ingénierie, avaient été arrêtés à Calcutta, dans l'est de l'Inde, alors qu'ils tentaient de gagner le Bangladesh pour y rejoindre un recruteur de l'Etat islamique installé dans ce pays. "Il n'y a pas que ces quatre là, nos investigations nous ont permis de découvrir qu'il pourrait y avoir davantage de jeunes gens en contact avec des intermédiaires de l'EI et cela dans des proportions assez inquiétantes", a dit un responsable interrogé par le journal. Un responsable des services de renseignement indiens à New Delhi a déclaré à Reuters: "Le problème est que nous en savons très peu sur ce réseau et sur ceux qui agissent pour son compte ici. "Nous savons à peu près qui sont les soutiens du Lashkar-e-Taiba, des Moudjahidine indiens, où ils nouent des contacts. Mais là il s'agit d'un défi d'une autre nature. Des jeunes qui se radicalisent chez eux sur internet, sur des forums de discussion et via Facebook ne sont pas faciles à repérer." (Avec Asim Tanveer, Hameed Ullah, Maria Golovnina,; Fayaz Bukhari, Sanjeev Miglani; Danielle Rouquié pour le service français, édité par Bertrand Boucey)

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  • M1535195 le dimanche 7 sept 2014 à 08:54

    Hilary Clinton a reconnu que cet Etat Islamique était une émanation de la CIA. Cherchez sur google et informez vous sur les ratés des manipulations américaines en Irak